Instits : quand réussir le concours ne suffit plus

Cela fait déjà plusieurs mois que les résultats du concours de recrutement des professeurs des écoles sont tombés. Mais comme chaque année, c’est le même problème. Enfin, c’est même pire cette fois-ci… Une bonne partie des lauréats restent sur le carreau et n’auront pas de poste dans l’académie. 

On vous explique : une fois le concours passé et réussi, les lauréats sont répartis en deux listes selon leurs notes. Une principale et une complémentaire. Cette année, 96 postes à pourvoir ont été comblés par les étudiants de la liste principale. Mais pour les 35 personnes sur liste complémentaire, c’est plus compliqué. Octobre a pointé le bout de son nez et amène avec lui la fin des mouvements sur la liste. Pourtant, rien n’a bougé. 

Une question de budget

Depuis les résultats, une seule personne de la liste complémentaire a été contactée pour un remplacement dans l’Allier. Pourquoi seulement une sur 35 ? Parce que le rectorat préfère recourir à des contractuels. « Ça coute moins cher d’embaucher un contractuel que de créer un poste. Même pour un remplacement, on les prend et on les jette au bout d’un an ou plus. On n’a pas besoin de les titulariser alors que nous, on veut un emploi pérenne », explique Christine*. Avec sa camarade Agathe*, elles sont toutes les deux inscrites sur la liste complémentaire.

Selon l’usage, elles peuvent être contactées pour des postes vacants et pour des désistements de lauréats en liste principale. Mais pour le moment, c’est l’attente. Le choix du rectorat est assumé. Selon l’institution, le recours aux listes complémentaires ne dépend pas d’elle et le budget est insuffisant. « Ça les arrange car on est payés plus que les contractuels et lorsqu’on devient titulaire, c’est à vie », ajoute Christine. 

De contradictions en aberrations

Sur cette affaire, le rectorat compte son lot d’aberrations. D’abord parce que les membres de la liste complémentaire se retrouvent dans l’attente et voient leur objectif de vie s’éloigner peu à peu. Une situation psychologiquement et économiquement difficile après l’obtention d’un concours chronophage et éprouvant. Surtout, un sentiment d’injustice prime lorsque l’on sait que parmi les contractuels, certains ont échoué. 

Aberrant également, 35 personnes sur le bord de la route alors que des classes ont fermé à la rentrée et que des postes manquent dans toute l’académie. « Les contractuels le voient tous les jours, certains élèves restent sans enseignants des journées complètes. Ce n’est pas aux autres de garder une classe supplémentaire », lance Christine. 

Face aux citoyens de demain

Tout simplement, ce fonctionnement va à l’encontre de la loi du 1er août 1990 dont l’article 8 stipule : « Le jury établit une liste complémentaire de candidats afin de permettre le remplacement des candidats inscrits sur la liste principale qui ne peuvent pas être nommés ou, éventuellement, de pourvoir des vacances d’emplois survenant dans l’intervalle de deux concours ». 

Le recours récurrent aux contractuels est un problème de fond. Dans tous les sens du terme. Le fonctionnement laisse primer des questions budgétaires sur la mission de service public que doit être l’école. « On est là pour soutenir les collègues. On ne peut pas laisser les citoyens de demain en classe face à des gens pas formés », nous confiait une jeune femme présente devant les grilles du rectorat. 

Pas formés ? En effet. Les contractuels ne le sont pas systématiquement, même pour faire classe à des enfants, travail qui ne s’improvise pas. « On nous dit que les contractuels sont formés mais c’est faux, ils ont quelques jours de formation, ce n’est rien. Nous, on a eu le concours et l’année qui suit, quand on est embauchés, on est encore en alternance à l’INSPE », précise Christine. 

Enfin, la détresse est palpable lorsque les deux femmes nous expliquent que sans poste cette année, elles risquent de perdre leur concours. « Notre concours ne sera validé que si nous avons un poste de fonctionnaire titulaire alors que le concours est très difficile, surtout dans notre académie », désespère cette dernière. Une aberration que doivent subir de nombreuses personnes dans ce cas chaque année, obligées de repasser l’épreuve une seconde fois. 

Le découragement

Déléguée syndicale depuis trois ans, une institutrice admet qu’elle n’a encore jamais vu si peu de personnes appelées sur la liste complémentaire. Une inquiétude appuyée par un nouveau changement des modalités de concours l’année prochaine. Ce dernier se passera à nouveau à la fin de la deuxième année de master et non plus à la fin de la première. 

Pour les jeunes instituteurs, c’est souvent le découragement face à un rêve qui passe devant leurs yeux. Devant le rectorat, Agathe explique que les 35 membres de la liste ont signé une pétition à l’intention du rectorat. Cet après-midi, moins d’une dizaine sont présents. « Beaucoup sont découragés et d’autres ont un travail parce qu’on ne peut pas attendre les bras croisés, on a besoin de vivre », se résigne la jeune femme. 

Le découragement, on le comprend. Les lauréats de la liste complémentaire ont eu de très bons résultats. La différence est souvent de quelques centièmes. Mais la différence est énorme et prend beaucoup de place dans un quotidien. « Cette reconversion, c’est toute ma vie. J’ai donné deux ans de ma vie pour ce concours. Je tombe de très haut à l’âge que j’ai et avec une famille. Pour l’instant, je suis AESH mais ça ne gagne pas beaucoup », explique Christine qui enseignait la musique dans un conservatoire jusqu’alors. 

Fin de non-recevoir

Ce 20 octobre, les membres de la liste complémentaire et des syndicats de l’Éducation nationale étaient mobilisés devant le rectorat avant d’être reçus à 15 heures. Un rendez-vous qui n’a finalement pas eu lieu après l’annulation par l’institution. « Le rectorat avait déjà reçu les syndicats mais sans résultat. Il souhaitait nous recevoir et puis comme à chaque fois, ça a été repoussé », annonce Christine, dépitée.  « Nous, on veut juste qu’on nous laisse exercer notre métier, qu’on nous donne le droit de l’exercer. On mérite un emploi ». nous dit-elle pour terminer. 

*Par soucis de confidentialité, les prénoms de ces personnes ont été modifiés.

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