Depuis la rentrée de septembre, de nombreux tags racistes et haineux pullulent sur nos bâtiments. De nouveaux apparaissent chaque semaine. La plupart du temps, on les découvre avec horreur sur les murs des universités, lieus de savoir et d’avenir. Ces inscriptions sont racistes, haineuses, discriminantes et donc, hors la loi. À plusieurs reprises, elles sont même des appels au meurtre. C’est le cas de la dernière en date « Mort aux putes à nègres » qui a sali les locaux de Polytech sur le site des Cézeaux.
Le jour même, un rassemblement était organisé à Aubière pour dénoncer. La réponse des étudiants en école d’ingénieur ne s’est pas fait attendre non plus. Ces derniers ont posé en masse devant le mur où les propos avaient été effacés en soutien à leurs camarades visés.
Unis pour la même cause
Le jeune collectif Nous Aussi 63 a lui aussi directement condamné la dégradation. Crée en mai 2020 pour lutter contre toutes les formes de discrimination et pour défendre les Droits de l’Homme et le vivre ensemble, il regroupe plusieurs associations dont Mosaïc ou encore Afrik’Horizons. Ensemble, ces dernières ont appelé au rassemblement samedi 19 février place de Jaude à 14h30.
La diversité n’est pas une option, le racisme n’est pas une opinion
Lorsque l’on arrive ce jour-là, on aperçoit de loin une foule homogène recouvrir toute la place. Impressionnant. Pas un nuage à l’horizon et le soleil reflète fort la blancheur du sol. On s’approche. Il y a beaucoup d’associations, des syndicats, des antifas, des partis politiques et de simples citoyens. Mais on remarque aussi que le rassemblement n’est pas si homogène que ça. Juste à côté, le rassemblement des anti-pass bat son plein. On le sait, ces réunions du samedi sont souvent l’occasion de rendez-vous entre militants d’extrême-droite qui aiment y faire régner la confusion.

Samir El Bakkali, le président du collectif Nous Aussi prend la parole : « Nous sommes scandalisés par ces tags racistes sur les universités, un lieu de savoir ! Il faut mettre en avant ceux et celles qui sont souvent écartés des médias, des décisions et débats alors que ce sont les principaux visés ». À leur tour, les différentes associations se passent le micro. Dans la foule, les pancartes flottent au-dessus des têtes.



« Le père d’un ami nous a expliqué la situation et ce n’est pas normal qu’en 2022 il y ait encore du racisme surtout qu’on fait partie des étudiants de ces facs-là », nous expliquent quelques jeunes étudiants de la Rotonde présents. « Je pense que ça ne va pas faire bouger les choses, ce n’est pas suffisant vis-à-vis de ce qui se passe alors que si c’était d’autres personnes touchées, ça aurait été différent », poursuit l’un d’entre eux, l’air résigné.

Non à la banalisation du discours d’extrême-droite
Un ennemi commun ce jour-là : la banalisation. À l’heure où la campagne présidentielle tourne en boucle sur les questions identitaires, sécuritaires et migratoires, il apparaît comme primordial de stopper la montée de l’extrême droite dans le débat public. « C’est la concurrence de qui va être plus raciste que l’autre pour certains candidats », dénonce Samir. « Il faut montrer qu’il y a des choses qui se passent qui sont graves et qu’il faut faire front. Le discours actuel ne doit pas se limiter à cette violence. On passe complètement à côté de l’espoir de construction. C’est une mauvaise image de la politique », abonde à son tour un participant.
Alors que les discours s’enchainent, des heurts se font entendre près de l’arrêt de tram de Jaude. La foule se retourne. Des militants antifascistes sont agressés par une demi-douzaine de militants d’extrême-droite, notamment du groupe Clermont-Ferrand Nationaliste. Ces derniers étaient postés en marge du rassemblement depuis près d’une demi-heure et ont attaqué lorsque les militants antifa rejoignaient le rassemblement. Une question s’impose alors : que fait la police ? Aucune présence policière n’est visible ni n’encadre le rassemblement pourtant déclaré en préfecture. Un manque total au devoir de protéger les citoyens et associations.

Surtout, au-delà des agresseurs, plusieurs groupes de militants d’extrême-droite occupent la place de Jaude et ses alentours. Parmi eux, Action Française, Civitas, les Patriotes et un vendeur du Rivarol, hebdomadaire d’extrême-droite.
« On n’a pas peur »
Alors que l’agression est en court, au micro, un membre d’association lance « Voilà le parfait exemple. On n’a pas peur, on n’a pas peur ! ». Très vite, de nombreux membres du rassemblement interviennent et mettent en fuite les agresseurs. Deux militants sont blessés. On reste sans voix face à une telle violence contre un rassemblement social et progressiste. Une seconde question se pose : Est-il normal de ne pas se sentir en sécurité lors d’une manifestation, dans un cortège, dans un rassemblement où bien dans la rue, une pancarte à la main ? La lutte populaire et unitaire paraît plus que jamais nécessaire face au retour de la menace fasciste et néo-nazi, face à la recrudescence des injures, inscriptions racistes et agressions. Et que dire de ces mouvements extrémistes lorsqu’ils prennent la forme de syndicats étudiants comme La Cocarde ?
La menace est bien de retour à Clermont-Ferrand. Médiacoop a toujours lutté contre. Le journal était déjà de la bataille contre le bastion social. Il le sera encore aujourd’hui demain et après-demain. En tant que journal antifasciste, Médiacoop témoigne son soutien aux militants agressés et à tous ceux qui luttent contre le fascisme et l’obscurantisme.
Partout où il y aura des discriminations
Les esprits se calment. Le rassemblement va prendre fin. Les organisateurs le rappellent, ils seront partout où le racisme frappera. Avant de se séparer, un cercle géant de participants, main dans la main s’écarte sur toute une moitié de la place. « Non au racisme » tonnent les centaines de voix. Nous Aussi organisera un événement culturel tout public le 26 février 2022 de 16h à 20h30 à l’espace Nelson Mandela de Clermont-Ferrand.

1 réflexion sur “Clermont antiraciste et antifasciste !”
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