Florent Chabrier : une vie sur la route

En le croisant dans la rue, on ne pourrait pas deviner qu’il a déjà parcouru la moitié de la planète, souvent dans des conditions extrêmes. Un matin, le téléphone sonne. « Je connais un mec qui a fait des trucs de fou ». D’habitude, on est plutôt calés luttes sociales, actu politique ou sujets culture. Mais on a bien fait de s’intéresser à Florent dont les récits prennent des allures d’aller simple vers des contrées lointaines. En une dizaine d’années, ce dernier a traversé des dizaines de frontières, parcouru des milliers de kilomètres, risqué sa vie à de nombreuses reprises pour en faire une découverte perpétuelle et devenir le témoin des changements du monde.

L’appel du monde

Florent Chabrier a grandi à Clermont. Si ses parents vivent plutôt entre Durtol et Chamalières, lui à l’habitude de trainer dans le centre-ville. « Je suis quand même un gros citadin à la base. », explique ce dernier. Niveau étude, rien de très particulier. Fin du lycée, une année à la fac pas très concluante. « Je ne me plaisais plus dans le système scolaire. », résume Florent. Un peu d’électricité puis de carrosserie mais pas de coup de cœur. « Je ne me voyais pas continuer la fac, je ne savais pas quoi faire ».

À côté de ça, le jeune Auvergnat a toujours cultivé un amour du voyage. « Mes parents nous ont toujours emmenés voyager, on a fait pas mal de camping, de road trip, jusqu’en Grèce, en Croatie par exemple. On ne savait pas où on dormait le soir même souvent. C’est ce que je connais donc c’est comme ça que j’ai voulu voyager moi aussi. ».  

À 20 ans, il obtient un Working Holiday Visa. C’est le grand départ. Florent s’envole pour l’Australie et commence un tour du pays d’un an en van enchaînant les visites et les petits boulots. « C’était vraiment pour moi le premier voyage en solo. Ça m’a vraiment ouvert les yeux sur le voyage, les rencontres… ». Dix ans plus tard, l’expérience s’est répétée des dizaines de fois, sans jamais se ressembler.

La tête ailleurs

Le 24 décembre, Florent aura trente ans. Depuis son premier départ, il n’a jamais arrêté de voyager. Même lorsqu’il est en France, sa tête est ailleurs. Après l’Australie, le baroudeur saute dans le Transsibérien de Saint-Petersbourg à Moscou jusqu’à la frontière Mongole. Puis la traversée du Lac Baïkal. Ensuite, Florent découvre la Norvège à travers des raids dans les Fjords puis passe six mois en Nouvelle-Zélande.

De la Malaisie au Vietnam

Au fil du temps, les voyages deviennent de plus en plus longs, reculés, risqués. « Je suis parti six mois en Asie. J’ai traversé Java et Sumatra, j’ai remonté la Malaisie, la Thaïlande puis je suis ensuite parti au Vietnam. ». Là-bas, il rachète une moto à un couple de Hollandais. Il part pour un tour du Cambodge, remonte le Laos jusqu’à la frontière Chinoise puis retourne au Vietnam. Florent attrape la Dengue. Une forme hémorragique dont le taux de mortalité dépasse les 20%. Autrement dit, il a une chance sur cinq de mourir.

Les hôpitaux miteux s’enchainent. Florent perd 10 kilos. « J’ai visité la moitié des hôpitaux du Cambodge et du Laos. Je n’ai plus le droit de retourner dans ces pays car la maladie s’aggrave à chaque fois qu’elle est contractée. », s’amuse l’explorateur.

Aussitôt remis, Florent participe au Tour des Anapurnas, Trek de plus de deux semaines au centre de l’Himalaya et du Népal. Il découvre ensuite le Japon durant un mois, d’Hiroshima à Tokyo à coup de stop et de marche à pied. « Tout ça, c’était juste des expériences pour de vraies expéditions. », annonce le jeune homme. Nous sommes en 2017. Pour lui, il est temps de voyager autrement.

Passer à vitesse supérieure

« Je voulais vraiment visiter l’Iran et j’avais depuis longtemps envie de traverser un désert. ». Pour Florent, la prochaine destination est toute trouvée. « J’ai contacté des gens plutôt opposés à l’Etat religieux et qui cherche à ouvrir leur pays. Ils m’ont fait venir mais ça a été très compliqué d’avoir une moto en Iran. Mon contact m’en a trouvé une avec pour motif qu’il devait aller voir de la famille à Bandarabas. ». Puis c’est le grand départ. « À chaque checkpoint, les militaires hallucinaient de me voir. J’ai mis plus d’un mois à faire l’Iran du Nord au Sud, tout par les pistes et les villages. ».

Mais en Iran, la délation à destination de la police islamique est monnaie courante. Florent est dénoncé à plusieurs reprises. En général, après vérification de son motif et de ses papiers, les choses rentrent dans l’ordre. « Une fois, alors que je dormais dans le désert, je me suis fait réveiller par une kalachnikov sur la tempe ». Une des expérience les plus marquante que ce dernier a vécues. Mais si les choses ont toujours bien tourné, Florent connaît quand même quelques déboires. « Je suis remonté en moto par la frontière irakienne. Au moment de rendre la moto, je me suis fait voler mon passeport, et tout mon argent. J’ai passé deux jours au commissariat. J’avais une semaine pour quitter le pays. ». Au lieu de ça, il décide de poursuivre son chemin et rejoint la Turquie puis Istanbul en stop. Pour achever son voyage, Florent prend le train de nuit et rejoint de la famille en Serbie puis retourne en France. Dans sa tête, un objectif bien précis se dessine. Il veut encore franchir une étape.

Cap au Nord

« J’ai choppé un contact pour aller bosser au nord de la Norvège. Je voulais absolument aller en Arctique à Alta, une des villes les plus au nord d’Europe. ». Florent rencontre un Musher. « Il m’a nourri et logé et je m’occupais de ses chiens en échange de son apprentissage. ». Florent découvre le grand froid et tombe amoureux du milieu polaire. Il est aujourd’hui guide professionnel. Grâce à son bagage manuel, le touche à tout rentre en France pour travailler et mettre de l’argent de côté. « On ne vit pas à 100% de ça. Je mets de l’argent de côté et je repars. ».

Aux premières loges des bouleversements

Depuis quatre ans, Florent passe ses hivers sur la frontière entre la Suède et la Finlande. Il y crée ses propres expéditions pour sensibiliser les gens. En quatre ans, il a eu le temps de voir changer les paysages. « Le réchauffement climatique, on le voit. Déjà, il neige beaucoup plus mais comme normalement, les températures sont négatives, peu de neige tombe mais là, il fait plus chaud donc il y a plus de précipitations. J’ai un pote qui est éleveur de rennes. C’est avec les animaux qu’on le voit le plus. Ils ont décalé leur migration et il a plus de mal à trouver à manger donc accuse beaucoup plus de pertes qu’avant ». Face à ce phénomène, Florent s’impose comme un témoin privilégié, aux premières loges des bouleversements.

La course au climat

Cet hiver, Florent a parcouru 450km en ski, dans l’est, sur le fleuve de Torne entre la Suède et la Finlande afin de redescendre jusqu’à la mer Baltique. Ce périple, il l’a fait aux côtés de Christophe Santini, sportif de haut niveau. 70kg de matériel sur la luge et en autonomie complète. Un effort de 28km par jour en moyenne. « En 3 semaines, on a perdu 5 kilos alors qu’on mangeait 4500 calories par jour. », explique l’explorateur. Cette aventure, Christophe Santini l’a proposée à Florent dans le cadre de La Course au Climat qui consiste à se rendre dans les endroits les plus extrêmes de la planète pour être témoins des changements climatiques et parler aux gens qui en souffrent.

D’autres initiatives du genre sont en projet. En octobre, Florent et Christophe prévoient de traverser l’Australie du nord au sud, en vélo. Florent sera en charge de toute la logistique pour son voyage avec l’athlète de l’extrême. Ensuite, les deux aventuriers devraient faire cap au nord du Canada puis en Norvège pour deux parcours de 500 km.

Le projet d’une vie

Mais vous commencez à le comprendre, plus les aventures de Florent sont extrêmes, plus l’extrême l’appelle. Pour lui, chaque kilomètre franchi n’est qu’une expérience de plus pour un prochain départ encore plus fou. Florent veut tenter l’expérience de l’Antarctique et du Pôle Sud. 1200 km en skis avec 100 kilos dans les pulkas. Avec Christophe, ils évolueront entre 2000 et 3000 mètres d’altitude. Une traversée de 53 jours. Le voyage devrait avoir lieu en 2023 ou 2024. Jusqu’à présent, un seul Français est parvenu à atteindre le Pôle Sud.

« Ça m’aurait aidé qu’on me dise qu’on peut vivre de sa passion »

Il a le feu dans la voix. Ses mots s’enchainent avec peu de répit. De notre côté, on boit ses paroles. Florent, pour sûr, pourrait parler de ses voyages pendant des heures. En revanche, ses financements sont un sujet sensible. Plutôt, il n’en a quasiment aucun. Pour ses prochaines expéditions, l’explorateur cherche des sponsors pour pouvoir les mener à bien. « Je déteste parler d’argent. Certaines de mes expéditions sont tombées à l’eau à cause de cet aspect-là. Pourtant, j’en ai besoin, surtout pour continuer à être un témoin des changements climatiques et en parler. Il y a 4 ans, j’ai descendu le Danube en canoé avec mon chien. 2852km et 10 pays traversés. Je n’ai pas pollué une seule seconde. Je suis plus fier de parler de ça car il y a un fond écologique ».

Florent achève la conversation avec un mot pour les plus jeunes. « Je fais ça aussi pour eux. Si quelqu’un était venu me parler de voyage à l’école, ça m’aurait aidé, qu’on me dise qu’on peut vivre de sa passion. C’est pour ça que je fais ça à mon tour ».

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