À Chateldon, une association contre le projet de micro-centrale

Depuis 2018, l’Association de Sauvegarde de la Credogne et de ses Affluents conteste un projet de centrale hydroélectrique sur la rivière qui se situe entre Châteldon et Saint-Victor-Montvianeix. Une pétition a été lancée et des actions sont régulièrement organisées.

Nous sommes début 2010. Des terrains sont rachetés par un entrepreneur à Saint-Victor Montvianeix et Châteldon. Huit ans plus tard, ce dernier y lance un projet de centrale hydroélectrique, sur la Credogne, rivière qui passe par les deux communes. Pour contrer l’initiative, l’Association de Sauvegarde de la Credogne et de ses Affluents se forme.

Énergie renouvelable

Le projet consiste à créer de l’énergie électrique grâce à la force motrice de l’eau de la rivière. La centrale doit s’établir au niveau de la cascade du Saut Tavagnat, à Saint-Victor-Montvianeix. Les poissons ne devraient pas courir de risques car la captation de l’eau doit permettre de les bloquer avant qu’ils n’atteignent les turbines. L’eau est quant à elle captée par une conduite forcée qui passe sous terre, jusqu’à un local technique qui comprend la turbine avant d’être rejetée en aval. L’énergie produite est ensuite envoyée sur le réseau.

Les raisons de la colère

Pour l’association, le projet représente un risque fort pour le lieu où il doit s’établir. En effet, l’endroit est aux abords d’une zone Natura 2000 et la rivière est considérée comme « cours d’eau à remettre en bon état » par le Schéma Régional d’Aménagement de Développement Durable et d’Égalité des Territoires. Surtout, le président de l’association, Hubert Constancias tient à rappeler que le site est classé Zone d’intérêt écologique faunistique et floristique pour la Valée de la Credogne, les Bois noirs et les Monts de la Madeleine.  Selon les contestataires, les travaux de la centrale pourraient également nuire à la zone humide sur lesquels ils pourraient avoir lieu, notamment la conduite forcée qui serait enterrée à cet endroit.

« Déjà, c’est un lieu très touristique, toute l’année, surtout l’été. Il y a des touristes mais aussi des professionnels qui viennent faire de la photo. Ensuite, l’État continue de nier l’existence d’une zone humide en amont alors que leurs services sont venus sur place avec nous début août. La conduite enterrée représente de gros risques pour cette zone. L’entrepreneur a aussi sous-évalué le coût des travaux et la rentabilité réelle du projet. Il faut beaucoup creuser, ça a un coût. », explique Hubert Constancias.

Un débit qui inquiète

La principale source d’inquiétude des membres de l’association réside dans le débit de l’eau. Ces derniers reprochent à l’entrepreneur des mesures trop floues et réalisées sans protocole fiable. Surtout, le débit de la Credogne décroit ces dernières années et le barrage de la Muratte, en amont, a déjà fortement réduit son débit. « Le débit de la Credogne a été surévalué donc il prétend pouvoir alimenter trop de foyers. Surtout, les études ont été faites entre 2007 et 2017 or, c’est ces quatre dernières années que nous avons subi trois canicules. La baisse de la Credogne, ce n’est pas qu’à partir du 15 juillet », dénonce Hubert Constancias. En effet, l’entrepreneur assure que la centrale ne fonctionnera pas entre la mi-juin et la mi-septembre.

  • Ci-dessous, la Credogne en 2005 et en 2019.
Un projet aux multiples impacts

Si pour l’entrepreneur Jacques Fiat, le projet est totalement transparent, l’association qui se bat contre sa réalisation n’est pas du même avis. Pour elle, l’eau est menacée ainsi que les sols et les bois alentours. Ces derniers mois, un pisciculteur expliquait également dans la presse avoir peur que le système de captage de l’eau puisse ralentir son mouvement et donc, la réchauffer. Un phénomène qui pourrait réduire l’oxygène des poissons et donc impacter son activité. « Si on recouvre la toiture du supermarché de Thiers, on produit 5 à 6 fois plus d’énergie que ce qui peut être produit par la microcentrale mais là, sans rien détruire. », détaille Hubert Constancias.

Des zones de flou

 De façon générale, l’ASCA reproche à Jacques Fiat de nombreuses zones de flou dans l’étude du projet ainsi qu’un manque de concertation avec les habitants. Pourtant, la cascade est un lieu touristique important des alentours. Une étude de la Mission régionale d’autorité environnementale a également, fin 2019, pointé certains risques et des imprécisions dans le projet. 

Des études qui font la navette

Une première étude a officiellement été déposée en 2019. Déjà à cette époque, les communes de Châteldon et Saint-Victor-Montvianeix ainsi que le Parc Naturel Régional du Livradois Forez se sont positionnés contre le projet. Le service Environnement de la Préfecture rejetait alors l’initiative. Depuis, l’étude a été modifiée. Une nouvelle enquête publique s’est ensuite ouverte entre le 8 mars et le 8 avril 2022.

Une forte mobilisation

Le 30, après la fin de cette enquête publique, l’association organisait un pique-nique sur le site de la cascade. L’objectif : dénoncer le projet de centrale et de sensibiliser un maximum de personnes. Un autre a eu lieu le 17 août.

Depuis, le projet de centrale a bien été validé par les services de l’État. L’accord a été obtenu cet été. « Le préfet a donné un avis favorable le 09 août. Nous, on lâche rien, ce n’est pas pour ça qu’on abandonne. », assure Hubert Constancias. Lui et l’association sont actuellement en train de monter un dossier de recours gracieux. Ils sont prêts à faire un recours devant le tribunal administratif s’ils n’obtiennent aucune réponse. En attendant, une nouvelle pétition a été lancée en ligne. L’association enchaine les réunions publiques dans les communes qui entourent le lieu destiné au projet.

Nous ne sommes pas parvenus à joindre l’entrepreneur souhaitant réaliser le projet de centrale mais. Ce dernier a souvent pris la parole dans la presse pour défendre son projet.

https://www.leslignesbougent.org/petitions/sauvons-la-cascade-du-saut-tavagnat-non-a-la-micro-centrale-sur-la-credogne-9425/

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1 réflexion sur “À Chateldon, une association contre le projet de micro-centrale”

  1. les micro centrales hydro-électriques posent un autre problème que ceux défendus par l’association. Pour être un peu non consensuel, je dirais que la transition écologique et nos besoins d’énergie vont changer nos paysages. Quand cette production était presque entièrement garantie par des réacteurs nucléaires, l’impact sur le biotope était restreint.40 lieux en France étaient concernés par ces changements paysagers. Mais la transition et ses énergies renouvelables ne plaisent pas à ceux qui sont maintenant concernés par ces installations. avoir une éolienne, un panneau solaire, une micro centrale sont autant de techniques qui ont un impact sur le biotope. Il faut non seulement le savoir mais avoir le sens aussi de la transition. Comment en effet satisfaire nos besoins sans ces techniques délocalisées, multiples. Avoir un sens des réalités ! on ne pourra pas repousser sine die ce dont on a besoin mais qu’on ne veut pas chez soi pour des raisons tout à fait entendables d’ailleurs. Les réacteurs nucléaires ne semblaient déranger personne mais on se rend compte, trente ans après les alertes d’association comme Green Peace, les Amis de la Terre que c’est une impasse. Danger du stockage des déchets radioactifs pendant 100 000 ans ; durée de démantèlement d’une centrale estimée à au moins 40 années par l’IRSN ; charge financière transférée à des dizaines de générations. Bref l’impasse et le risque d’accident majeur est toujours à craindre et là, le biotope et les humains le partageant seraient « radiés » de la carte.
    Le 2 ème problème est l’effet d’aubaine. alors que les collectivités locales pourraient prendre les choses en main en matière de production d’énergie, le champ est libre. Donc des particuliers ou des investisseurs vont s’engouffrer dans le créneau de la fabrication d’Énergie renouvelable ( ENR) comme les grands groupes Effage, Général ELectric, etc. Parce que les contrats passés avec le ministère des finances est plutôt avantageux pour les opérateurs. La production de kw est devenue rentable et dans le mot il y a rente. Ces contrats commencent à être revus à la baisse mais la preuve en est avec cette micro centrale que le capital engagé rapporte dès la 6 ème année. Donc, après, ce sont les profits pendant 20 ans dont on parle beaucoup en ce moment.
    La motivation financière est ce qui anime tous ces petits opérateurs particuliers que nous pouvons devenir en acceptant les offres d’installation de panneaux solaires sur les toitures ( là pas d’association pour dénoncer l’impact sur le paysage!). Tout ce système est conçu pour mobiliser des capitaux et profiter du cout exorbitant du prix d’achat des kw/h que les consommateurs finissent pas payer au bout de la chaine. Ces petites installations ne sont pas du tout rentables par contre sur le plan énergétique. La micro centrale va produire 900 KW/H de quoi alimenter une vingtaine de foyers au moment de la préparation d’un repas. Une toiture de panneaux solaires permet de faire fonctionner l’éclairage d’une maison toute l’année mais seulement l’éclairage. On est vraiment loin de la réalité de nos besoins qui ne seront satisfaits que si les responsables politiques s’emparent du sujet. Et hélas sur nos territoires, le projet départemental d’installations de panneaux solaires sur les battements publics est navrant voire inefficace. On verra dans quelques années les rapports de la cour régionale des comptes en faire la critique.
    Cette inertie politique s’aggrave par l’acceptation de tous ces projets qui colorent l’action politique de vert ou de transition mais on y est pas du tout. Aucun programme sérieux, viable, prometteur : l’intervention du député Chassaigne sur le granulés de bois est intéressante mais c’est la filière qu’il faut développer car la matière première existe et de nombreux foyers sont équipés de ce mode de chauffage ( le poêle à granulés).
    Donc ces micro centrales ne rapportent rien en terme d’apports énergétiques, les dossiers sont bien ficelés comme les études d’impact mais le seul interet en jeu ce n’est pas la transition énergétique mais le profit de celui qui investit ses économies sans aucun risque de faillite puisque le ministère paye le kw/h très cher et ensuite il met en place un bouclier tarifaire car le citoyen ne peut pas suivre.

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