« Un pays qui se tient sage » : un film qui rétablit la démocratie.

Depuis 2014, la France n’est plus classée comme une démocratie dite complète au yeux des Nations-Unies. Dans un contexte où elle est jugée comme une démocratie en cours, ne respectant pas tous les droits de l’Homme, « Un pays qui se tient sage » est un documentaire qui analyse, avec le point de vue d’acteurs bien différents, les images amateurs des méthodes du maintien de l’ordre en manifestation. David Dufresne, journaliste, écrivain et réalisateur de ce film a récolté ces images entre novembre 2018 et juin 2020.


Le film s’axe autour de la définition suivante de Max Weber : « L’État détient le monopole de l’usage légitime de la violence ». En quoi l’État est légitime ? Pourquoi ? Avec qui se dispute-t-il ce monopole ? Composé de vidéos amateurs filmées avec des smartphones, le documentaire analyse ces images avec le regard des victimes des violences filmées, de proches, de journalistes, de sociologues, d’avocats, d’historiens mais aussi de policiers. Une analyse nécessaire pour comprendre le sens de ces actions, de ces violences. Ce qui a certainement manqué à ces images, diffusées en masse mais aussi avec confusion sur internet. Le film incite aussi flics et banlieusards, historiens et sociologues, avocats et enquêteurs à confronter leurs idées sur ces scènes violentes, les obligeant ainsi à rétablir le dialogue.

Quelles sont les aspirations de chacun derrière ces images ? L’État utilise la violence des manifestants pour légitimer sa propre violence. Il utilise le contrat social dans lequel le citoyen permet que l’État puisse utiliser la violence sur d’autres citoyens ou lui-même en échange de sa sécurité. Mais dans quelle mesure ? Ce contrat est-il aujourd’hui encore respecté ? L’État assure-t-il toujours cette sécurité promise ? Quelle est la limite entre la légalité et la légitimité ? Et d’où vient la violence à la fois des manifestants et des forces de l’ordre ? Est-ce un choix politique? Quel « ordre » protège les forces de l’ordre, qui doivent-elles protéger ? Qui, au final, a la légitimité statutaire pour dire qui est ou n’est pas violent ?

Ce sont les questions auxquelles chaque acteur de ce documentaire tente de répondre, en se remémorant les principes de la démocratie et de la république. Face aux vidéos de leur agression, les victimes ont des témoignages réfléchis et touchants sur leur manière de voir l’État, la police ou comment ils se sentent perçus par les institutions de leur pays. Les sociologues, philosophes et historiens prennent plus de recul et tentent de décortiquer ces violences. Pour eux, la citation de l’archevêque Don Helder Camara définit au mieux les évènements actuels avec trois types de violences distinctes : la violence institutionnelle, la violence révolutionnaire et la violence répressive. Ils reprennent donc l’idée de l’archevêque en la contextualisant. Les unes ne vont pas sans les autres. Quant aux forces de police, beaucoup ont refusé ou n’ont pas eu l’autorisation de participer à ce film, comme la directrice de l’Inspection Générale de la Police Nationale, Brigitte Julien. Ceux présents ont exprimé leurs convictions et sentiments liés à leur travail mais aussi aux institutions de la république et de l’État. Une grosse part de l’analyse sert aussi à rappeler ce qu’est la démocratie, qu’elle n’est pas le consensus, mais au contraire, qu’elle est l’incarnation même du dissensus. Sans désaccord, il n’y a pas de démocratie.

Les images de ce documentaire restent horrifiantes, violentes voire écoeurantes mais nécessaires à l’analyse de notre histoire contemporaine. Un film rempli d’émotions fortes : colère, tristesse, oppositions, pardons, espoirs … un film démocratique.

Diffusé par les productions Le Bureau et Jour2Fête.
Encore cinq séances disponibles au cinéma Le Rio :

  • 24/10 à 17h10
  • 26/10 à 14h
  • 27/10 à 18h15

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Publié le 21 octobre 2020
Écrit par Laura Massip

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