À Châteaugay, la mairie renouvelle le contrat de fortage sur le plateau de Lachaud

Lundi soir, en conseil municipal, un vote a acté le renouvellement du contrat de fortage sur la carrière du plateau de Lachaud, non loin de Châteauguay. Si la municipalité a balayé d’un revers de main les arguments de l’association « Préservons le plateau de Lachaud », ses membres ne s’avouent pas vaincus.

Le projet n’est pas nouveau. Le combat qui oppose d’un côté la mairie de Châteaugay et l’entreprise Jalicot à l’association « Préservons le plateau de Lachaud et Châteauguay » non plus. C’est en 2017 que la possibilité d’une nouvelle carrière sur le plateau de Lachaud commence à être discutée alors que le filon en activité depuis des décennies arrive à épuisement. En 2018, la commune rachète 30 hectares de terres et, tout en restant propriétaire, les concède à l’entreprise Jalicot, spécialisée dans la vente de sables, cailloux, granulat et dans l’exploitation de carrières. Le Conseil municipal donne son feu vert pour lancer le processus. En 2022, Le lancement d’une procédure de mise en compatibilité du plan local d’urbanisme de la ville de Châteauguay est discuté lors d’un Conseil Métropolitain. Celle-ci doit permettre l’ouverture de la carrière de basalte. Après délibération, la décision est acceptée.

Association citoyenne

« Préservons le plateau de Lachaud » compte plus de 500 membres. Pour eux, les inquiétudes sont nombreuses. D’abord, la gestion de l’eau questionne. Le plateau de Lachaud abriterait 150 à 180 millions de mètres cube. Selon l’association, les risques d’assèchement, de perturbation et pollution sont trop élevés. Côté environnement, le site abrite des espèces protégées comme la laineuse du prunellier (un petit papillon) ou l’écrevisse à patte blanche. Il se situe à moins d’un kilomètre et demi de la zone UNESCO de la chaîne des puys et faille le Limagne. Enfin, les poussières de silice provoquées par l’activité sont classées parmi la liste des agents CMR c’est-à-dire ayant des effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

Jouer la montre

Toutes ces craintes ont été documentées par l’association et les informations transmises au Conseil municipal. Malgré tout, le maire n’en a pas tenu compte. Lors du conseil du 23 octobre dernier, le renouvellement du contrat de fortage arrivant à échéance était à l’ordre du jour. Nous avons peiné à entrer dans la salle afin de suivre les échanges, le maire invoquant le contexte des récents attentats pour nous interdire l’accès. Nous sommes malgré tout parvenus à suivre la réunion.

Le maire demandait alors des précisions et des preuves sur les chiffres des opposants. En effet, pour ces derniers, un meilleur contrat aurait pu être passé et le bénéfice de l’opération ne vaut absolument pas les dégâts qu’elle causerait. Sur l’emploi, « J’vais pas m’étendre là-dessus, c’est possible, j’en sais rien. », répond le maire. Sur l’environnement : « Il y a des études en cours, on n’a jamais dit qu’il n’y avait pas de nuisances donc je ne vais pas m’étendre là-dessus non plus ».

Pourtant, suite à un contrôle inopiné, la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) a conclu à une non-conformité des activités de la carrière actuelle gérée par la même entreprise qui voudrait exploiter la nouvelle. Le document est disponible ici.

Au bout du compte, le maire demande un report. Le vote n’a pas eu lieu ce soir-là. Pourtant, tous les chiffres demandés par l’édile ont déjà été fournis en 2019 à l’ensemble du conseil municipal par le président de l’association de l’époque. Les opposants les ont même publiés sur leur site mais ont dû les retirer après un courrier d’avocat. « Ils nous demandent des chiffres qu’ils ont déjà et si on les publie, ils nous obligent à les supprimer. », déplorait alors Frédéric, secrétaire adjoint de l’association.

Nouveau chapitre

Depuis le 23 octobre, une conférence sur la géologie et l’hydrographie du site a eu lieu et France 3 Auvergne a tenté de faire un reportage, en vain, face au silence de Jalicot et de la mairie. L’association à renvoyé les informations demandées par courrier.

Autre retournement, c’est ce lundi qu’avait lieu le dernier conseil municipal de l’année. Aux abords de la mairie, les gendarmes sont là, comme la dernière fois. Le maire a décidé que seules 10 personnes seraient autorisées à monter dans la salle. Devant l’édifice, une cinquantaine de militants sont là, pancartes à la main, malgré le froid. « On ne s’attend pas à grand-chose ce soir. », explique une membre de l’association pour qui le vote sera surement favorable à l’entreprise. « On n’a envoyé les précisions mais on a pas eu de réponse. », indique cette dernière.

Au premier étage, le Conseil commence. Il se déroule sans problème. Les conseillers sont disciplinés. Vient la question du contrat de fortage. Le maire monte vite au créneau. Il admet avoir eu une réunion avec l’entreprise Jalicot récemment. Ça se remarque. Sa défense est bien préparée. Le maire semble beaucoup plus à l’aise que le 23 octobre.

« Compte tenu que nous n’avons pas eu de précisions de l’association du plateau de Lachaud, nous avons donc invité la société Jalicot pour répondre à vos questions. », indique-t-il, en précisant que les échanges seraient tous notés au procès-verbal. Selon le maire, la différence de bénéfices entre le nouveau contrat et un ancien ne sont pas comparables car le premier contrat ne comprenait pas l’autorisation d’exploitation déjà accordée et le prix des études. « On est encore loin du compte. C’est 90.000€ par an pour la commune, c’est très bien mais il faut le comparer à la possibilité de beaucoup plus. », relativise Frédéric. « On va nous présenter 12 hectares au départ mais la zone étudiée c’est 110 hectares. On nous en présente 12 mais avec le jeu des demandes de prolongation et extension, on va terminer avec beaucoup plus. », ajoute ce dernier sur le point de l’espace utilisé par l’entreprise.

Pour les non-conformités mises en lumière par l’association. « Elles ont été qualifiés de gravissime et cetera par l’association, elles existent, ne sont pas à remettre en cause mais sont mineures. Les gens aguerris se reporteront aux conclusions et comprendront de quoi il s’agit. », minimise le maire avant de présenter les observations d’un nouveau contrôle effectué le 14 novembre. Selon cette dernère visite, aucun problème de pollution, de contrôle, de retombées de poussières ou de gestion des matériaux n’est à souligner. « Y’a pas un mot sur ce qui les dérange et sur les arguments que nous, on peut contester. Sur les emplois, le budget que ça va rapporter à la commune. C’est une absence totale de débat et rien n’est porté par le maire, tout par Jalicot. Il a plein d’infos, il avait dit qu’il partagerait avec l’association mais il n’y a eu aucune réunion publique. Il ne tient pas sa parole car il sait que ses arguments seraient mis à mal. », conteste Frédéric.

Vote secret

Avant le vote, des chuchotements se font entendre. Le maire réprimande une membre de l’association et l’invite à se taire. Les conseillers n’ont pas de questions. « Il nous a pris à partie pendant la réunion. Ça met mal à l’aise. Il nous dit aussi qu’on n’a pas mis le rapport du contrôle sur notre site alors que le contrôle a eu lieu le 14 et notre publication le 8. Et puis c’est un contrôle dans le cadre de leur demande de prolongation donc forcément, ils étaient préparés. ». indique le secrétaire adjoint.

Il est demandé de voter à bulletin secret. 19 votants. 11 pour, 4 contre, 4 abstentions. Pour les membres de l’association, c’est la déception mais ces derniers relativisent et soulignent la diminution du nombre de personnes favorables au projet. « 8 contre 11 alors qu’en 2018, le « pour » avait l’unanimité. On a su convaincre, y’a des gens qui se rendent compte que ce n’est pas forcément un projet porteur. ». Ces derniers comptent adresser un courrier de réponse et attendent désormais l’enquête publique qui précède les autorisations ainsi que le Plan Local d’Urbanisme avec lequel le projet doit être compatible.

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