« Plus jamais un Mexique sans nous »

Dans le cadre de la tournée européenne d’une délégation zapatiste, trois membres du congrès national indigène du Mexique sont venus présenter leurs luttes à la Maison des Paysans de Lempdes. L’occasion de comprendre le fonctionnement de leur organisation et les enjeux qui frappent leurs territoires.

Des personnes comme ça, on en rencontre pas tous les jours. En plus de défendre leurs terres, elles défendent la Terre avec un grand T dans un soucis de respect de l’environnement et de l’humain. Une délégation zapatiste a invité pour son voyage en Europe des membres du CNI (Congrès National Indigène du Mexique). Ces derniers profitent de la tournée d’environ un mois pour comparer les luttes et les moyens de résistance à l’œuvre dans d’autres pays. Le CNI est fondé en 1996 à la suite d’un appel de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale à tous les peuples indigènes. Avec pour objectif d’unir tous les peuples indigènes autour de réflexions et de luttes communes, il possède ses propres formes d’organisations, de représentations et de prise de décisions. 

Convergence des luttes

En France la semaine dernière, les militants ont souhaité transmettre leur expérience et comprendre quels enjeux notre continent pouvait partager avec le leur. Car pour eux, le capitalisme assassin, l’accaparement des ressources ou la pollution de la nature sont des problématiques universelles. Trois membres ont été reçus à la Maison des Paysans de Lempdes par le collectif Eau Bien Commun 63.

Marichuy, porte-parole du CNI et ancienne candidate aux élections au Mexique, Angel Sulub, délégué Maya et Maribel Cervantes, déléguée Populuca sont dans la petite salle commune pour mener la présentation. Ils parlent de leurs différents territoires. Ensuite, des luttes menées, de leur organisation et surtout, de leurs différents ennemis : l’Etat corrompu, les multinationales et les mégas-projets.  

Un engagement total

« C’est une lutte pour la vie », commence par dire Marichuy, guérisseuse Nahua et première femme issue d’un peuple autochtone à se présenter à une élection présidentielle mexicaine, en 2018. Si l’engagement du CNI est très large, toutes les luttes ont à voir avec des attaques contre l’identité culturelle indigène et des spoliations de territoires. D’ailleurs, l’eau est souvent le point de convergence. « L’idée pour nous et pour eux, c’est d’arriver à se rassembler, notamment contre l’ennemi qu’est le capitalisme qui détruit les ressources et le vivant », explique Laurent Campos-Hugueney, porte-parole du collectif Eau Bien Commun. 

Les trois militants nous parlent de combats qui font tout de suite comprendre l’ampleur du problème. EDF et ses champs d’éoliennes qui saccagent les terres sacrées. Monsanto et ses pesticides. Une usine de production de viande porcine à destination de la Chine et des Etats-Unis qui ravage les sols : les multinationales polluent les terres et détériorent les nappes phréatiques avec leurs déchets. Par conséquent, c’est un véritable cercle vicieux qui s’abat sur les communautés. 

Le problème Danone

Lempdes, ce n’est pas très loin de Volvic. Danone, qui possède la marque d’eau y est accusée de vider les nappes. À 9000 kilomètres d’ici, même problème. Au centre du Mexique, Danone, par le biais de l’usine Bonafont rachetée dans les années 1990 assèche complètement les terres. Au total, 1 400 000 litres d’eau sont embouteillés chaque jour. Vertigineux. Mais les paysans et autres habitants dépendent de l’eau pour cultiver leurs terres et vivre. Les puits ont été transformés en puits de rejet et les cratères s’accumulent. « On nous tue à mort lente », lancent les militants. « Ils permettent aux multinationales de violer les droits au sein des communautés », ajoute Marichuy. « Ils », c’est le gouvernement qui exerce une répression acharnée sur les militants. 

Maribel nous montre l’état de l’eau prélevée dans plusieurs fleuves et rivières
Pressions, disparitions et assassinats

Le nom de Betty Carino, directrice d’une organisation de communautés indigènes assassinée en 2010 résonne. 43 étudiants d’Ayotzinapa qui se rendaient à une commémoration ont disparu il y a presque dix ans. Les enlèvements et les pressions se multiplient. Le discours des militants fait froid dans le dos. 

Souvent, les pressions sont aussi plus insidieuses. « C’est difficile de convaincre les gens de notre peuple qui suivent les médias officiels », selon Angel qui explique que le gouvernement tient d’une main de fer de nombreux canaux d’information. La désinformation et la manipulation de l’opinion sont ses armes principales. « La stratégie, c’est la division. Ils nous appellent les opposants, les conservateurs, les antimodernes. On a même dit que nous étions l’extrême-droite », s’alarme le militant. 

Depuis l’élection du président actuel, rien n’a changé. « AMLO a fait une cérémonie à la Terre quand il a été élu, c’est de l’hypocrisie », dénonce Marichuy. Elle et ses camarades profitent de leur tournée européenne pour partager les luttes, développer l’union et sensibiliser sur les combats des peuples indigènes. Pour les trois militants, le train de la résistance s’arrêtera bientôt au Pays Basque en Italie et en Allemagne. Si l’occasion se présente, ces derniers aimeraient dans l’avenir sillonner les cinq continents. 

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