Étudiants dans la galère ? Certains plus que d’autres !

Pas facile d’être un étudiant parfois. Surtout pendant et après la période de crise sanitaire. Pour beaucoup d’étudiants étrangers, les difficultés sont encore plus nombreuses entre galères administratives et stress lié à leur situation.

Ce n’est pas toujours le cas mais être étudiant, c’est souvent devoir jongler à la fin du mois. Parfois même au début. C’est partager les repas, faire gaffe mais quand même savoir s’amuser. Économiser toute la semaine pour se lâcher un peu le jeudi soir.

Mais il faut le dire, certains n’ont pas la chance de mener cette vie un peu bohème. Pour beaucoup, c’est la galère, la vraie. Ça l’était déjà avant mais ça l’est encore plus et pour plus de gens après 2020.

Et pour les étudiants étrangers, la galère, on ne peut même plus dire de quand elle date. « Moi-même, étudiant de 89 à 94 pour préparer mon doctorat, j’ai connu ça. », explique Samir. Mais il avoue voir la situation s’empirer. « Ça devient de pire en pire. Nous, au moins, on avait une personne physique qui nous recevait à la préfecture. On pouvait discuter. », poursuit ce dernier.

 Lui et d’autres ont fondé le collectif antiraciste et de défense des droits Nous Aussi 63. Mardi 07 février, les membres sont allés à la rencontre des étudiants étrangers au Crous Dolet afin de leur apporter leur soutien face aux retards et refus de la préfecture. Des situations qui impactent fortement la vie professionnelle et universitaire de tous ces jeunes, causant stress et précarité.

Université pas vraiment universelle

Ces dernières années, la préfecture a durci le ton. Pour les adultes mais aussi envers les étudiants et les enfants. Sur le site de Mediacoop, depuis un an, des dizaines d’articles sur des OQTF s’entassent. Des étudiants en droit, dans les lycées pros ou dans différentes écoles. La Cimade, association d’aide aux personnes réfugiées et en situation de migration le constate également. On parle parfois d’erreurs de la part de l’institution, de retards, d’incompétence. D’autres fois, c’est plus grave et des jeunes, des familles, sont priées de quitter le territoire.

« Pour les étudiants, c’est une galère administrative. C’est très dur de trouver un rendez-vous. Ça commence dans leur pays d’origine pour avoir le visa. Il faut payer, il manque toujours un papier. Mais c’est parti pour une autre galère lorsqu’ils arrivent ici. », indique Samir.

Pas les mêmes chances

Les papiers bloquent tout. L’étudiant se retrouve privé de son droit d’étudier dans les meilleures conditions. Le nombre d’étudiants de l’UCA qui ont ces problèmes augmente. Les inscriptions, la girouette entre rendez-vous physique ou virtuel, les retards ou l’absence de nouvelles… Certains attendent depuis plus d’un an. « Au lieu de faire ses études comme tout le monde, on doit prendre une voire deux journées pour s’occuper de ça. », déplore le fondateur de Nous Aussi.  

Cette impossibilité de travailler liée à l’absence de papiers en règle est une source de grande précarité chez les étudiants. Comment étudier le ventre vide ? Ou la tête pleine, de stress et de peur ? Deux d’entre eux nous racontent leur quotidien.

Abdoulaye

Abdoulaye vient de Guinée. Il est arrivé en France en 2017 pour étudier. Visa étudiant en poche, il s’est inscrit dans une formation de Sciences Pour l’Ingénieur. Ça se passe aux Cézeaux. Son titre valable un an est renouvelable. Jusqu’ici, tout va bien.

 Après plusieurs renouvellements de son titre de séjour, Abdoulaye aimerait opérer un changement de statut auprès de la préfecture. Ce dernier est atteint d’une pathologie de la cornée qui l’empêche de voir correctement. Il doit valider ses années en deux fois. « J’ai fait ça pour avoir une tranquillité au niveau de la préfecture. », nous explique-t-il. En effet, si la préfecture a haussé le ton ces dernières années, le moindre échec universitaire est un moyen pour elle de justifier un refus de délivrance de titre de séjour. Le jeune homme instruit la procédure en 2019. Elle ne commencera qu’en 2020.

Pour effectuer son changement de statut, Abdoulaye doit aller à Lyon. Mais ce jour-là, à la même heure, l’étudiant a un partiel. Il prévient tout le monde et passe son examen. Il n’a aucune réponse de l’institution. Pour se couvrir, ce dernier fait une demande de récépissé car son titre de séjour prend fin. C’est accepté. Il est couvert pour 6 mois.

Entre temps, son changement de statut n’est pas réglé. Tellement pas que les 6 mois passent. L’incompétence et le retard de la préfecture font qu’Abdoulaye n’est plus vraiment couvert. Un mois plus tard, il reçoit une OQTF. Avec l’aide d’un avocat, il lance un recours. Cela fait plus d’un an et demi que l’affaire est en suspens.

Le 10 février dernier, Abdoulaye a été interpellé par la police et emmené directement à la Police aux Frontières. Après les examens de biométrie, les policiers le relâchent car son affaire est en cours. Ces derniers disent avoir transféré ses informations à la préfecture. Abdoulaye reçoit une confirmation de sa première OQTF, une assignation à résidence de 45 jours et une Interdiction de Retour sur le Territoire Français. Chaque lundi, mercredi et vendredi, il doit pointer à 10h30 à la gendarmerie. Il n’a pas le droit de sortir de chez lui entre 6h et 9h du matin tous les jours. Il n’a pas le droit de quitter le Puy-de-Dôme.

Actuellement, l’étudiant ne sait pas où en est son affaire. Mais ce dernier a perdu ses droits aux APL, à l’allocation adulte handicapé et à la prestation de compensation du handicap. Une fois par semaine, il doit se rendre aux Restos du cœur. « Heureusement, j’ai une famille qui me donne 40€ par mois pour compléter mes courses. J’ai un prêt bancaire que je ne peux pas rembourser. J’ai des dettes de partout. Je ne peux pas travailler et je suis fiché Banque de France. Même pour internet, j’ai dû utiliser le nom d’un ami. ».

Ibrahima

L’histoire d’Ibrahima ressemble à celle de son camarade. Il fait un peu froid dehors. Ils me racontent leur parcours depuis le hall d’un IUT, sur le campus des Cézeaux. Ibrahima est lui arrivé en 2020, également avec un visa étudiant en poche. Il entre en licence de mathématiques et informatique appliqués.

 Au début, tout se passe bien. 1er semestre validé. Ibrahima prend un travail. Il est livreur. Mais un soir, un accident lors d’une livraison lui fracture la cheville. Il est opéré sur le champ. Il ne peut plus aller en classe. Il prévient la fac. Pour eux, c’est normal. Son cursus est aménagé. On lui propose un redoublement thérapeutique. Il a très peu de chances de valider son 2ème semestre. Mais Ibrahima refuse et parvient à rattraper tous ses cours en un peu plus d’un mois. Il valide son année. La performance est remarquée. « J’ai vraiment bossé comme un malade. », explique le jeune homme.

Comme son visa touche à sa fin, Ibrahima anticipe sa demande de renouvellement et joint un courrier expliquant sa situation. Nous sommes en juillet. En décembre, il obtient un rendez-vous à Lyon. On lui demande de remplir un dossier médical. Sans qu’il ne soit au courant, la préfecture a en fait lancé une procédure de changement de statut. Lorsqu’il le découvre, on incite fortement l’étudiant à terminer la procédure.

Face à la lenteur administrative qu’il subit, l’étudiant demande un récépissé qu’il obtient pour 6 mois. Sa deuxième année est compliquée. Ibrahima peine à se soigner. Il redouble mais vient de valider son troisième semestre.  

C’est maintenant son récépissé qui s’achève. Un jour, Ibrahima se rend à Lyon pour des soins. Il apprend qu’il est atteint d’une paralysie du nerf. Il ne retrouvera jamais la mobilité initiale de sa jambe à cause de son accident. Le soir-même, chez lui, une OQTF l’attend dans la boite-aux-lettres. Ce dernier n’a aujourd’hui pas de nouvelles de son recours.

« On se sent impuissants »

Ces situations pèsent en permanence sur les étudiants qui les vivent. « Parfois, je suis en examen et je me mets à penser à tout ça. Je n’arrive plus à me concentrer. », explique Ibrahima. « Quand ma mère m’appelle et me demande quand est-ce que je reviens pour les vacances, je ne sais pas quoi lui dire. », poursuit Abdoulaye. Actuellement, les deux jeunes hommes ne peuvent pas postuler pour un master, ni pour un stage.

« On se sent impuissants car on a tout essayé. Je ne mérite tout simplement pas ça. Il faut que moi je subisse toutes ces erreurs ? Que je vive avec ça ? », demande Ibrahima.

Les étudiants étrangers dans cette situation sont nombreux. « On a un groupe WhatsApp où on est 50. », ironise Abdoulaye. Ce dernier explique que beaucoup d’autres ont peur de témoigner car ils craignent que cela ne devienne un moyen pour la préfecture de justifier des refus. Nos interlocuteurs, eux, sont prêts à faire entendre leurs voix.  

Écouter et rassurer

Ces situations, Samir et les membres du collectif les connaissent. « On avait une membre très active de Nous Aussi qui est rentrée chez elle il y a deux jours, elle a baissé les bras », se désole ce dernier.

Face à cette réalité, le collectif a décidé d’organiser une rencontre avec les étudiants étrangers au Crous Dolet pour pouvoir échanger avec eux. « On va les voir, les écouter. Ils ont vu qu’il y a des personnes qui sont là, des français qui leur ressemble. ». L’objectif : les rassurer. « Je leur ai dit d’aller voir dans les bibliothèques universitaires pour se rendre compte que sur les thèses, figurent 70% de noms étrangers. », conclut Samir.

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