Hubert Constancias est un éternel engagé. Nous le rencontrions pour la première fois il y a deux ans alors que ce dernier dénonçait avec son association un projet de centrale hydro-électrique sur la Credogne, au niveau de Chateldon et Saint-Victor-Montvianeix. Cette fois, c’est un autre combat qu’il porte. Un long périple qu’il a nommé « Marche des lumières ».
Cette marche de près de 1000 kilomètres doit relier son village du Puy-de-Dôme à La Haye, aux Pays-Bas. À la Cour Pénale Internationale plus exactement où il compte sommer le procureur d’enquêter sur le rôle des États et gouvernements européens dans le drame des personnes en situation de migration qui perdent la vie en mer. Un voyage pour rappeler cette situation aux gens et porter un contre discours aux médias mainstream, à l’extrême-droite et aux politiques.
Hommes, femmes et enfants
Depuis 2014, 27.000 personnes, hommes, femmes et enfants se sont noyées en Méditerrané ou dans la Manche pour atteindre l’Angleterre. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, le nombre de personnes déplacées de force dans le monde est de 117,3 millions. « C’est dramatique. Je suis écœuré de ce qu’il se passe. On ne se rend pas compte mais un bateau s’est encore échoué il y a quelques jours. S’ils partent, c’est qu’ils n’ont pas d’autre choix », nous confiait Hubert Constancias au début du mois de juillet, peu avant son départ. C’est par la voie du droit que le marcheur a choisi d’agir.
Mettre en accusation
À La Haye, Hubert Constancias demandera la mise en accusation de tous les chefs d’États ou de gouvernements de la Communauté Européenne et du Royaume-Uni pour crime contre l’Humanité. Selon lui, s’ils ne sont pas seuls responsables, ils ont tout de même une lourde responsabilité que la Cour Pénale devra déterminer. « Il y a une non volonté de résoudre le problème. On pourrait le faire, il faut que nos États se donnent les moyens. Mon objectif, c’est d’être reçu par le procureur de la Cour Pénale Internationale et lui demander d’enquêter sérieusement », explique celui qui devrait également être reçu par des députés de gauche fin juillet à l’Assemblée Nationale
850 kilomètres et 46 étapes
Le départ a eu lieu le mardi 9 juillet à 11 heures devant la mairie de Saint-Victor-Montvianeix. Hubert devait initialement prendre la route le dimanche mais a choisi de retarder son départ face à l’actualité politique. Dans ses baskets, plein de courage et sur sa grande bannière jaune et bleue, « Humanisme-Tolérance-Solidarité » inscrit en grosses lettres. Cette marche des lumières rend hommage au siècle des lumières. Hubert n’a pas peur des mots. Des kilomètres non plus. L’homme de 72 ans s’est préparé pendant plusieurs mois. Il va à son rythme. Actuellement, il a déjà parcouru 283 km.

« Je suis parti avec une dizaine de personnes du point de départ. Ma nièce m’a accompagné lors d’une étape avant Nevers et des amis m’ont ensuite rejoint. Un homme assis vers Vichy a aussi décidé de faire quelques kilomètres avec moi », se réjouit le marcheur, lorsque nous l’avons au téléphone cet après-midi.
Quelqu’un est en charge d’envoyer pour lui des courriers aux mairies des communes dans lesquelles il fait étape. Parfois, il est reçu en grandes pompes. D’autres fois, ça ne donne rien. Faute de chambre, il plante la tente là où il peut. « Un camping ça permet de me laver, sinon c’est ce que je trouve », confirme le messager.

Il devrait arriver en Belgique à la première dizaine d’août. « J’ose espérer que cette marche permettra d’apporter un autre regard que celui qu’ont les citoyens sur ces personnes qui ne demandent qu’à vivre avec nous », indique-t-il, alors qu’il se réjouit pour le moment de l’accueil que donne les citoyens rencontrés à son message.
Avant La Haye le 26 août, Hubert écrit des comptes rendus qu’il publie sur ce site internet pour que tout le monde puisse suivre son aventure.