« Café Brun », rencontre avec les collégiens de Gerzat.

Ce matin, deux classes de 3eme assistaient à la représentation théâtrale de Café Brun, une libre interprétation de Matin Brun de Pavlov, par la compagnie ChambOule TOuthéâtre.

9H30, les collégiens arrivent, les yeux embués de sommeil au théâtre Cornillon de Gerzat. Sophia, de la compagnie, leur demande de se placer alternant fille et garçon. A 14 ans, ce simple exercice n’est pas simple et nous fait entendre quelques soupirs.

Très vite, le spectacle commence. Un théâtre de papier. Sophia aux commandes fait parler des marionnettes qui vivent dans un régime totalitaire ou seuls les animaux bruns sont autorisés à exister.

Censure et propagande

Dans le café, les habitués discutent, écoutent la radio, apprennent les arrestations, et comprennent la censure. Comment chaque protagoniste se positionne face à la dictature qui se met en place, par le biais des médias et de la parole gouvernementale.

Avec beaucoup d’habileté, la comédienne met en scène ses personnages de papiers, réalisés par une marionnettiste d’Ariège qui utilise l’aquarelle. Elle manie les différentes voix et se déplace en silence pour activer chacun des rôles.

La compagnie a mis une année entière pour mettre en place ce spectacle. « Il est encore en cours. N’hésitez pas à me faire vos retours. » Explique l’artiste aux deux classes de 3eme devant elle. « J’étais en résidence ici toute la semaine et nous avons fait des finitions jusqu’à minuit. Alors ne soyez pas spectateurs, ne soyez pas élèves, soyez metteurs en scène. Faites des remarques. »

Théâtre de marionnettes

Les élèves hésitent et préfèrent poser des questions à la fin du spectacle. Techniques souvent. « Mais vous étiez seule pour toutes les marionnettes ? Comment vous vous déplacez ? Et la bande-son ? Pourquoi avoir choisi ce texte ? »

Sophia répond tour à tour, en remerciant la régie-son portée par Pierre-Marie. « J’ai choisi ce texte qui a été écrit en 2003 après les élections de 2002 et Jean-Marie Lepen qui accédait au second tour. ce texte m’avait marquée, mais il m’a fallu du temps. La pandémie m’a questionnée et j’ai pris conscience que peu de choses étaient faites pour les collégiens. L’aventure a pu commencer. »

Débat mouvant

Au tour des élèves de devenir acteurs, lors d’un débat mouvant.

Au sol, deux pancartes : « Tout à fait d’accord » ou « Pas du tout d’accord ». Il s’agit de se positionner face à des affirmations telles que : « Les personnages sont des héros. » Et certains ados de répondre : « Non, ils n’ont rien fait pour lutter, ils n’ont sauvé personne. »

« Flore a raison de manifester. » A l’unanimité, les élèves se déplacent vers « Tout à fait d’accord ». Puis, un d’entre eux se détache : « En fait, elle a eu tort, elle s’est faite arrêter et ça n’a rien changé. »

Désobéissance et lois injustes

Quelques affirmations plus tard, les élèves réfléchissent, remettent en question la démocratie et les lois justes ou injustes.

Puis, le débat se termine sur la question de la responsabilité des médias. « Tous les médias ne sont pas à la botte du pouvoir. » Mais, pour la plupart : « Les médias influencent la population. »

« Les vaccins covid nous ont servi de leçon »

Cette génération, qui a été « obligée de se faire vacciner pour pouvoir faire du sport », semble consciente « que tout peut aller vite, et que si on ne manifeste pas dès le début, les choses s’installent. »

« Il faut parfois des actions directes, des désobéissances civiles, signer des pétitions. » Explique une jeune adolescente, intimidée de prendre la parole devant ses camarades. Camarades de classe, et ce matin, camarades de lutte.

rhdr

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