Manque d’AESH : des familles dans la galère

Il y a quelques semaines, on évoquait le manque d’AESH en France. Si le sous-effectif rend leur travail difficile, les élèves en situation de handicap et leurs familles font aussi face à de nombreuses difficultés. Aujourd’hui, on vous parle du petit Oscar, 9 ans.

En France, les Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap manquent cruellement. Si leurs conditions de travail sont déjà compliquées, ce sous-effectif empêche la scolarisation de nombreux enfants et les familles sont contraintes de s’adapter tant bien que mal. Le constat est frappant. En septembre, plus de 430.000 élèves en situation de handicap ont fait leur rentrée en France. D’un autre côté, le nombre d’AESH recrutés par l’Éducation nationale a atteint 125.000 l’an dernier. Un chiffre grimpe, l’autre pas. Conséquence : de plus en plus d’enfants en situation de handicap se voient être mal accompagnés ou dans l’impossibilité de suivre une scolarité.

C’est pour lutter contre cette situation qu’Éléonor a fondé Handi-Cap vers le droit à l’école il y a quelques années, après avoir subi cette situation avec son fils. Aujourd’hui, l’association se bat pour 422 enfants dans le territoire. C’est par ce biais que Stéphanie, une maman dont le fils est en partie déscolarisé, nous a ensuite contacté pour expliquer son quotidien.

S’adapter

Stéphanie vit à Clermont depuis deux ans. Séparée, elle est la maman de Louison et Romane. Elles ont 5 et 7 ans. Leur grand frère, Oscar, en a 9. En août 2021, ce dernier tombe dans le coma. Aux urgences, les médecins découvrent un diabète de Type 1. L’enfant a aussi fait un AVC. À son réveil, une lente reconstruction commence. Oscar est suivi au Centre Médical Infantile de Romagnat et au CHU.   La vie de toute la famille a basculé. Son quotidien change complètement mais il faut s’adapter coûte que coûte.

« Il n’y a plus de budget »

Oscar est droitier mais après son AVC, il ne peut plus se servir de sa main et de son bras de ce côté. « Porter un sac à dos, fermer un zip, sortir un cahier, l’ouvrir à la bonne page, écrire… Ce sont des choses qui sont devenues très compliquées dans la vie de tous les jours. », explique sa maman.

Les professionnels de santé pensent qu’une AESH-i (individuelle) est essentielle. C’est aussi dans ce sens que va la MDPH en notifiant cette aide. Pourtant, en janvier 2022, on prévient la famille que c’est une AESH-m (mutualisée) qui s’occupera d’Oscar et donc, d’autres enfants. « Ça ne correspond pas à ses besoins. Ça crée une incapacité à le scolariser. Il ne peut plus faire ses lacets ou suivre ses copains. », raconte Stéphanie.

De toute façon, avant même qu’une aide soit mise en place, Stéphanie reçoit une autre réponse :

« Compte tenu de la date tardive de cette décision, la mise en place de cet accompagnement pourrait prendre quelques semaines. »

« On ne choisit pas quand on fait un AVC. », ironise cette dernière, amèrement. Et puis la décision tombe. On annonce aux parents d’Oscar qu’il n’y a plus de budget. « Il n’y a plus de budget, c’est une phrase très courte mais qui en dit long et qui détermine l’avenir d’un enfant de manière brutale. », lance Stéphanie.

Isolement social

Oscar n’a pas d’AESH. Les institutions concernées ne font pas le nécessaire. Pourtant, l’enfant a un handicap avéré. Pour lui, la récupération est la plus importante dans les premiers mois après l’accident. « Là, les institutions ont tout fait à l’envers. Ce qui me saute aux yeux, c’est qu’Oscar n’a pas eu d’AESH au moment où c’était crucial. », se désole Stéphanie.

Dans son école, une accompagnante est déjà en place. Elle accepte de donner un peu de son temps à Oscar. Par conséquent, elle en accorde moins aux autres. Il faut bricoler. Donner un peu à chacun. Oscar peut aller à l’école mais seulement les mardis matin et jeudis matin. « Pour lui, c’était une façon de retrouver les copains, de se sociabiliser mais ça le mettait à l’écart quand même. On est moins dans la vie de l’école, de la récré. Il s’est senti isolé. ».

Mais la vie se complique aussi pour tout le reste de la famille. Les décisions du corps médical et de l’administration sont prises à la semaine. Il faut sans cesse s’adapter. « Pour l’école, où nous a dit non et qu’on aurait quelqu’un l’année prochaine. On a eu aucune marche à suivre. », explique la mère de famille. Cette dernière, ostéopathe, a été contrainte d’arrêter son métier pour s’occuper de son fils non scolarisé. « Au départ, j’ai vraiment fait confiance au système mais maintenant, je pars du principe que toutes ces aides, si elles sont là, tant mieux, mais on va surtout essayer d’accompagner notre enfant et lui faire confiance. ».  

Galère administrative

Si le quotidien est déjà chamboulé depuis l’accident, une véritable galère administrative se met en place. Stéphanie et sa famille obtiennent des aides financières mais pour les 5 mois où elle n’a pas travaillé, cette dernière est sommée de rembourser les allocations journalières de présence parentale. « C’est de la maltraitance institutionnelle et administrative. Ça nous retombe dessus en tant que parents. », dénonce-t-elle.

Des éclaircies dans les nuages

À la rentrée de septembre, Oscar est retourné à l’école mais toujours pas à temps plein. Il n’a pas non plus d’AESH indivualisée. La famille a essuyé un second refus.  « Mais avec les AESH mutualisées, il a beaucoup progressé. Oscar est plein de ressources. On a bien réussi notre challenge. il se sent de mieux en mieux. », confie Stéphanie.

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