Gaza, indomptable société

Le 21 janvier, l'AFPS-BDSF 63 a reçu Mutasem Eleiwa, Pierre Stambul et Sarah Katz, trois acteurs importants de la lutte contre l’occupation en Palestine. L’occasion pour nous de les rencontrer avant une conférence-débat à la Maison du Peuple.

Des acteurs de la résistance en Palestine, il y en a beaucoup. Mais lorsque qu’on a l’occasion de les rencontrer, c’est toujours une leçon de vie. C’était encore une fois le cas vendredi 21 janvier avec Mutasem Eleiwa, représentant du centre Ibn Sina de Gaza qui fait une tournée en France accompagné de Pierre Stambul de l’Union Juive Française pour la Paix et Sarah Katz d’International Solidarity Movement. Tous trois étaient là pour présenter différentes actions réalisées sur le terrain face au blocus de Gaza et grâce au soutien des associations.

Une cage à ciel fermé

Un peu avant le début de la conférence, nous prenons le temps de discuter avec les trois invités de l’AFPS. Ces derniers sont venus présenter plusieurs initiatives mais aussi marteler un message on ne peut plus simple : « il est urgent d’agir ». En Palestine, les habitants vivent sous le poids de l’occupation et des discriminations. Le quotidien devient de plus en plus difficile face à un blocus qui dure depuis des années. Pourtant, pour Pierre Stambul, « derrière la barbarie de ce qui se passe là-bas, il y a une énorme mystification de l’histoire ». De quoi étouffer la réalité de la situation Palestinienne, notamment dans l’opinion publique mondiale. Mais « cette guerre est coloniale », rappelle ce dernier.

Actuellement, Gaza est une cage à ciel fermé. Une technologie de pointe Israélienne permet de tracer tout objet aérien s’élevant au-dessus de la Bande alors que plus bas, les bombardements engagés par l’état hébreu en mai 2021 ont laissé place à une violence et une misère extrême.   

L’engagement d’une vie

Si la situation est catastrophique, eux n’ont pas attendu pour s’engager corps et âme dans la lutte. Sarah Katz « un nom juif d’Europe centrale » précise cette dernière, est socio-démographe à la retraite. Pour elle, c’est l’engagement d’une vie. Enfant durant les dernières affres de la Guerre d’Algérie, elle a toujours vu ses parents battre le pavé dans les manifs. Elle commence par des séjours en Cisjordanie puis tisse des liens avec des habitants avant de s’installer à Gaza plusieurs mois et d’y retourner très souvent.

C’est là-bas qu’elle rencontre Pierre Stambul. Lui est issu d’une famille juive venue des anciennes Moldavie et Ukraine. Son père, membre du Groupe Manouchian est déporté à Buchenwald. Il adhère à l’UJFP et commence à faire des conférences en 2002, au moment de la Seconde Intifada. « Gaza, personne de l’UJFP n’y avait été jusqu’à 2013, ça a été un cran supplémentaire », précise-t-il.

Avec Mutasem dit Abu Amir, le courant est tout de suite bien passé. « On a appris ensemble ce que c’est d’être solidaire. Il a une capacité de travail extraordinaire. C’est lui qui fait avancer les choses qui semblent impossibles », expliquent les deux militants.

Gaza terre solidaire

En effet, Abu Amir possède une détermination à toute épreuve. Alors que les derniers bombardements sont à l’origine d’une situation cauchemardesque, ce dernier est venu présenter vendredi plusieurs initiatives réalisées sur le terrain.  D’abord, la construction en 2016 d’un château d’eau coordonné par l’UJFP pour préserver les ressources en eau des agriculteurs et habitants de Khuza’a. Un travail colossal dans un contexte où tout est compliqué et où les ressources se font rares. Au total, ce sont près de 800 personnes qui ont pu en bénéficier directement ou indirectement.

Pour les paysans de Khuza’a et Abasan, ces mêmes acteurs ont développé Les graines de l’avenir, un projet de pépinière permettant l’auto-organisation des producteurs et une meilleure défense contre les lobbys. Un moyen aussi de nourrir la population face au blocus subi dans la région. Enfin, une collecte a été organisée pour soutenir les actions d’Urgence Déplacés créées pour faire face aux derniers bombardements. Des journées médicales gratuites, des tests optométriques, une tournée de clowns pour redonner le sourire aux enfants et des moments réservées aux femmes sont par exemple organisés.

« On a peu mais on partage »

« Gaza, c’est une société totalement normale dans une situation totalement anormale. », expliquait Pierre Stambul durant la conférence. Un peu plus tôt, ce dernier nous faisait part de l’incroyable solidarité des habitants entre eux.  « C’est une société terriblement attachante, à Gaza, on a peu mais on partage », précise-t-il. Là-bas, 95% des 21 000 diplômés sont au chômage.  « Mais ces jeunes sont absolument prêts à donner la main. En 2016, à l’hôpital de Chifa, il y avait une seule psychologue alors qu’il régnait une tension terrible. Sur Facebook, elle a mis une annonce et une centaine de diplômés étaient prêts à travailler gratuitement« , explique Sarah Katz.

Une sensibilisation primordiale

En 2021, les participations à une caisse de solidarité pour GAZA ont été nombreuses. Les dons se sont traduits concrètement dans des actions coordonnées sur place par Mutasem. À la Maison du Peuple, une exposition photos a retracé ces actions avant que le Gazaoui ne les présente lui-même. Une conférence riche suivie d’un débat tout aussi passionnant. Durant 1h30, les questions se sont succédées, posées par des jeunes et moins jeunes.

« Ce sont les conditions qui nous obligent à faire tout ça. Si nous étions seuls, on ne pourrait pas le faire. Notre rôle, c’est plutôt de diagnostiquer, ensuite, les gens de l’extérieur peuvent nous aider à financer. Il faut que la société française sache ce qu’il se passe à Gaza. Les gouvernements européens soutiennent Israël donc il faut s’adresser plutôt au peuple car c’est lui qui fait bouger les gouvernements. Jeudi, nous étions dans un lycée de l’Héraut, et je me suis aperçu que les jeunes ne savent rien sur la Palestine. Après la projection du film Le char et l’olivier, leur curiosité s’est éveillée. Ce genre d’activités font la différence alors que les gouvernements essaient d’empêcher l’accès à ces informations. Notre rôle, c’est de montrer ça ». a conclu Abu Amir.

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