les salariés du Crous en grève au niveau national

Lundi 22 mars, quarante personnes se sont réunies devant le siège du Crous de Clermont-Ferrand pour afficher leur piquet de grève et leurs revendications concernant leurs conditions de travail.

Devant le parvis du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) , la température extérieure est froide, mais les militants ont installé une buvette pour se réchauffer à l’aide d’un café. La plupart des salariés présents ont une véritable carrière au sein du Crous, comme Éric, qui y travaille depuis 32 ans. Pour eux, la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver leurs conditions de travail qui étaient déjà dégradées.

Une revalorisation par la titularisation et la création de postes

Les salariés du Crous se plaignent donc d’un manque de reconnaissance et de valorisation de leur travail. « Ça fait 35 ans qu’on se bat pour être titulaires de la fonction publique. En 2017, on a signé un protocole avec les ministères où l’on nous proposait l’ouverture de 2 000 postes de titulaires, sur concours ITRF (Ingénieur Technicien de Recherche et de Formation). Sauf que depuis, les suppressions de postes s’accélèrent sans remplacement et 399 postes sur 2 000 n’ont pas été pourvus » expose Nadia, de la CGT Crous. Pour les employés du Crous, le but est que l’organisme n’embauche que des fonctionnaires titularisés à l’avenir et non plus des contractuels. Mais d’après la CGT Crous, le service public des étudiants ne le fait que très peu.

« J’ai passé le concours ITRF il y a deux ans et je suis toujours en plonge alors que j’espérais passer commis. Je suis payé 1300 euros par mois alors que je travaille 38h par semaine depuis 32 ans. je ne trouve pas que cela soit assez par rapport au travail que je fournis depuis des années. Personne ne voudra me payer 1700 euros par mois, donc il me reste entre 12 et 14 ans à faire. J’ai 50 ans » explique Éric, qui semble vivre son travail comme un nombre d’années de prison à compter. Ça ne l’empêche pas de garder la forme et de continuer d’avoir de l’humour : « J’ai donc le statut d’Ingénieur Technicien de Recherche et de Formation en étant à la plonge. Tout ça pour ne pas dire que je suis agent d’entretien quoi » s’exclame-t-il en riant. Éric aurait préféré qu’on valorise son salaire plutôt que le dénominatif de son statut.

Pour la CGT Crous, il faut donc encore ouvrir des postes au concours ITRF et embaucher du personnel face à la surcharge de travail que représente la crise sanitaire. « Depuis la mise en place des repas à 1 euro, beaucoup plus d’étudiants précaires mangent au Crous. Les salariés font donc le double de leur travail et il n’y a pas d’embauche. »
explique Paco de l’Unef (Union nationale des étudiants de France). « Pire, le Crous commence à externaliser ses services. L’organisme fait appel à des entreprises privées pour entretenir les bâtiments. C’est l’assassinat de notre service public » poursuit Nadia.

Un service public dégradé et un code du travail non respecté.

Les étudiants se plaignent aussi de la quantité et de la qualité des repas du Crous, qui doit faire face à des pertes financières depuis la mise en place des repas à un euro. L’UNEF demande donc à l’État de combler ces pertes financières dues à la crise sanitaire. Mais le service public du Crous se détériore aussi de part les conditions de travail de ses salariés. « Certains directeurs d’établissements Crous abusent de leurs pouvoir en envoyant leurs salariés travailler en collège, lycée ou même en Ehpad. Ils n’ont rien à faire dans ce genre d’établissements, encore moins pendant la Covid. On nous demande de boucher les trous » dénonce Nadia. « On a été en première ligne durant la crise, on nous a surchargés de travail par la polyvalence, tout en accélérant les suppressions d’emplois. Et maintenant on n’a droit à aucune reconnaissance pour les risques pris par rapport à la crise sanitaire mais aussi notre épuisement. » La CGT demande donc un aménagement et une réduction des horaires de travail pour les salariés du Crous. Au lieu de faire 38h par semaine comme Éric, la CGT Crous demande une réduction des horaires à 32h par semaine. Le syndicat demande aussi une valorisation des salaires, à hauteur de 200 euros par mois mais aussi avec l’augmentation des primes.

Les salariés de l’organisme demandent aussi la mise à jour des DAPOOUS (Dispositions Applicables Aux Personnels Ouvriers des Œuvres Universitaires et Scolaires). « Les DAPOOUS c’est la bible du personnel ouvrier du Crous, des contractuels. Que ce soit pour la restauration, le logement, l’entretien, ces dispositions sont comme notre code du travail » explique Nadia. D’après les salariés, les DAPOOUS sont bloquées depuis des années. Même les personnels ouvriers qui ont passé le concours ITRF se basent encore sur ces dispositions. Ce qui pose un certains nombre de problèmes : « On doit faire sept ou huit astreintes par an, payées normalement 80 euros net la semaine. On intervient donc en dehors de nos horaires de travail si il y a une urgence. J’ai des collègues qui sont effectivement passés au statut de fonctionnaire mais dont on ne paye plus les astreintes. » explique David, agent d’installation et de maintenance au sein des logements Crous. La CGT Crous demande donc d’ajuster ces disfonctionnements et d’accélérer les requalifications au statut de fonctionnaire.

Avec 28 Crous en grève au niveau national, les salariés de l’organisme attendent les instructions de leur secrétaire national pour reconduire ou non la grève.



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