Conseil Départemental 63 : Qu’en est-il de la protection de l’enfance?

Cette question, les salariés du Centre De l'Enfance et de la Famille basé à Chamalières, se la posent tous les jours. Ils dénoncent un manque de moyens humains et matériel, locaux vétustes et infestés de cafards, une surpopulation des enfants pris en charge, et une mise en danger, sans équivoque des salariés et enfants placés. La protection de l'enfance fait partie des responsabilités des départements.

Elle est arrivée, enceinte. Mais plus aucune place pour elle, pendant 15 jours, elle a dormi dans un lit de camp, au milieu d’un couloir. Ils étaient 49 bébés dans la pouponnière cet été, alors que la structure ne peut en recevoir que 28.

30 arrêts de travail dus aux violences

200 salariés, mais 400 fiches de paie chaque mois, à cause des arrêts maladies, des remplacements, des contractuels. 80 enfants attendent leur placement mais restent dans des familles maltraitantes, faute de place, et malgré l’ordonnance du juge, datant de plusieurs mois. La situation sur le département du Puy-De-Dôme est catastrophique.

80 enfants en attente de placement sur le département

Les salariés du CDEF de Chamalières, se sont rassemblés ce matin, pour accueillir avec pancartes et banderoles, les membres du Conseil d’Administration qui se réunissaient sur le site. Depuis des années, ils alertent, mais la situation devient désormais intenable.

D’abord, on entre et on sort du centre, comme on le veut. Pas de digicode, portail ouvert. Tous les enfants peuvent alors fuguer à leur guise. « Et on se rend compte d’ailleurs qu’ils préfèrent fuguer pour retourner dans leur famille maltraitante ou défaillante que rester ici, car ici, ils subissent une autre maltraitance. » Effectivement, des lits, les uns sur les autres, aucune place et intimité pour les enfants. Des traces de départ de feu sur les murs, des vitres cassées, des cafards dans la pouponnière. (NDLR : La pouponnière accueille les enfants de 0 à 3 ans).

49 bébés dans une structure qui ne peut en recevoir que 28

A la base, le CDEF est un hébergement d’urgence, qui accueille, évalue et réoriente soit en famille d’accueil soit en hébergements spécialisés. Mais, il est devenu un hébergement, tout court. Parfois, les enfants restent là, 3 ans, alors qu’ils ne pourraient devoir excéder les 6 mois.

« Et là, c’est structurel. Seulement 6 places en pédopsychiatrie à Sainte Marie, de moins en moins de familles d’accueil car elles sont tellement peu suivies qu’elles se retrouvent en difficulté. Tant que la protection de l’enfance ne sera pas une priorité, on n’avancera pas.  »

« Des enfants qui ont besoin d’attention »

Pourtant des solutions existent. D’ailleurs une a fait ses preuves sur le département. Une villa avec jardin a été ouverte pour accueillir seulement 6 jeunes.

« Eh bien ça marche, quand ils ne sont pas en surnombre, quand nous sommes deux éducateurs pour le groupe, on réussit à canaliser les crises, même s’il y en a deux en même temps. Et on désamorce, on discute, on part faire une partie de foot. Et on n’assiste pas à la dégringolade que vivent ici nos collègues. Ici, il y a tellement de jeunes, que lorsque l’un d’eux fait une crise, les autres alimentent, et donc on est obligés de sortir le jeune, le laissant seul face à ses angoisses. »

A la villa, la réorientation se fait dans les six mois. « Et pourtant, nous plaçons ici les jeunes les plus compliqués, mais quand on a le temps de les gérer, ça marche. »

Le CDEF est un hébergement d’urgence mais les enfants restent…

Le CDEF ne peut refuser l’accueil de personne. « S’il n’est pas accepté ici, il n’est accepté nulle part. » Expliquent les salariés. « Les bâtiments ne peuvent excéder 7 enfants, selon les recommandations de l’ANESM et de la DGCS, mais nos lieux de vie sont saturés. Dans la maison parentale qui accueille des familles, on a transformé un salon télé en chambre. »

Manque de personnel, on recrute des baby sitters

S’ajoute à cela le manque de personnel. « Ben quand tu vas voir tes potes et que tu leur dis qu’ils peuvent venir bosser au CDEF, ils te rient au nez. La réputation du lieu se suffit à elle-même pour ne pas réussir à embaucher. » Ainsi, de nombreuses personnes non qualifiés en éducation spécialisée sont recrutés. « Une jeune a été recrutée ici car sur son CV, elle a notifié qu’elle avait fait du baby-sitting. » Le turn over est donc de rigueur. Plus de 30 arrêts de travail pour violences sur le personnel ont été enregistrés ces dernières semaines.

« On est là pour les enlever d’une situation maltraitante, mais ici, on les maltraite à nouveau »

Le foyer petite enfance qui ne devrait accueillir que 13 bambins de 3 à 7 ans explose. « Nous sommes à 19 petits, qui tous ont été arrachés à leur famille pour des raisons de violence. Mais, si la PMI vient faire un tour ici, qu’elle voit l’état des chambres, la violence à laquelle ils doivent faire face, elle va les placer, en disant qu’ils sont victimes de maltraitance dans notre structure. Personne ne tolérerait qu’un parent, qu’une famille d’accueil reçoive un enfant dans de telles conditions, et nous, on nous oblige à le faire. On est sensés les protéger, ces enfants. »

des revendications claires

Les syndicats demandent dans un premier temps la multiplications des maisons délocalisées pour réduire les effets de groupe et limiter le sureffectif, la construction d’une nouvelle pouponnière, le renforcement de l’équipe d’encadrement, la diminution de la capacité d’accueil sur chaque unité à 7 enfants maximum, et un encadrement à 8 éducateurs et deux maîtresses de maison par unité.

La responsabilité du Conseil départemental

« Mais ce qu’il faut surtout c’est que la maltraitance de ces enfants dans nos murs soit entendue. Que notre maltraitance à nous le soit aussi. Car puisque nos dirigeants ne pensent qu’à l’argent, il faut aussi se rendre à l’évidence, si ces jeunes étaient bien suivis, et réinsérés, ils coûteraient, sur le long terme, bien moins cher. Mais pour cela il faut investir, dans leur bien-être, dans de bonnes conditions d’accueil et de suivi. Mais, ils se fichent du long terme, les échéances électorales ne durent que 5 ans. » Termine un salarié. « Alors, la maltraitance d’accueil et de manque de place, on est quand même en droit d’interroger la responsabilité du Conseil départemental non ? » renchérit son collègue.

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