Week-end de sensibilisation sur le réemploi textile par le Collectif Fringant

A l’occasion de la semaine européenne du développement durable, le collectif fringant réunissant différentes associations, créateur-trice-s, friperies et citoyen-ne-s organise un week-end sur la question de la consommation vestimentaire. Nous avons rencontré Christine pour l’association Flax et Remi de recycl’art.

Le café-tricot nous emmitoufle dans le sourire de Christine, la tenancière des lieux. Un bon café alors que dehors, le gris se met à peindre la ville. Rémi, connu pour ses actions dans le Street art se pose dans l’un des canapés moelleux. Venus présenter leur week-end abordant la thématique de notre façon de s’habiller de façon durable, ils (Christine et Remi) racontent surtout leur passion pour le recyclage, le ré-emploi et l’absolue nécessité de mettre de l’art dans tout ça. « L’idée de créer un événement afin de conscientiser les gens ne date pas d’hier, mais notre projet a été freiné par le Covid. Peu importe. Cela nous a permis de mûrir le projet. »

Le projet est en fait un amas d’idées toutes bonnes à prendre. Du côté de Christine, l’important était de participer à la Fashion Revolution, lancée après l’effondrement au Bangladesh d’immeubles entiers réservés à la confection d’habits pour les marques consuméristes telles que Zara ou Mango. Le drame avait causé de nombreux morts et surtout avait fait prendre conscience au monde entier des conditions de travail des femmes et enfants qui cousaient nos fringues jetables. « Je crois qu’il est important de comprendre d’où vient mon habit, qui l’a fait, le chemin qu’il a parcouru, pour qu’il ait un sens, pour que l’on crée un lien affectif avec l’objet. » déclare Christine.

Du côté de recycl’art, on aime à travestir de vieux habits en réelles pièces de mode, en les customisant. « Il faut prendre conscience qu’un trou, une tâche, ne signe pas l’arrêt de mort d’un vêtement, mais lui offre une seconde vie. » Explique Rémi qui, en plus de pratiquer le graf, customise notamment les vestes en jean, alors que son acolyte Ink Us Bolivato fera peau neuve à vos vieilles Stan Smith.

Et, ils ne sont pas les seuls. D’ailleurs, ils ont voulu rassembler dans un guide, « Le guide des acteurs(trices) du textile alternatif » tous les lieux clermontois et alentours qui proposent une façon de se vêtir durablement. Les friperies mais aussi de nombreux artisans y sont alors énumérés. « Il est important pour nous de mettre la lumière sur les initiatives locales. »

Il faut savoir que l’industrie du textile est l’une des productions les plus polluantes au monde. Plus de 100 milliards de vêtements sont vendus dans le monde. la production a doublé entre 2000 et 2014. La mode émet 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. C’est plus que les vols internationaux et le trafic maritime réunis ! Autre information et pas des moindres, pour fabriquer un tee-shirt, il faut l’équivalent de 70 douches, pour produire un jean, c’est 285 douches. 4 % de l’eau potable disponible dans le monde est utilisée pour produire nos vêtements. Les vêtements synthétiques relâchent lors de leur lavage plus de 500 mille tonnes de micro-particules de plastiques dans l’océan, chaque année, soit l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique ! Aujourd’hui seulement 1 % des tissus de nos vêtements sont recyclés pour en faire de nouveaux. Bref, il reste du chemin à parcourir !

Un collectif d’ engagés pour le produit local, le recyclage, et le réemploi a donc vu le jour à Clermont sous l’appellation « le collectif fringant ». De simples citoyens en font partie et y côtoient artistes et associations.

Mais en plus de tout ça, il fallait bien marquer le coup. Ce sera chose faite dès ce week-end avec un grand troc à la Goguette, Samedi, de 11H30 à 16H30. Et Dimanche, toute une journée sera consacrée, à la maison du peuple, au concept de s’habiller autrement..Débats, ateliers, customisation, création, réparation, réemploi, rien ne sera oublié pour conscientiser les visiteurs à la cause ! Vous pouvez débarquer avec vos habits à retaper ou vos chaussures à requinquer…

« Le but est de pérenniser cet événement. Nous avons conscience que tout débute par soi-même. Chez soi. Ca ne sert à rien d’être moralisateur. Mais montrer que ça existe, que l’on peut prolonger le cycle de vie d’un vêtement, qu’il peut servir autrement, qu’on peut le transformer ou servir à quelqu’un d’autre, c’est vraiment important je trouve…Ca commence à venir, on compte 7 friperies à Clermont, c’est pas rien. On se rend compte que les jeunes notamment réfléchisse à consommer autrement. Alors oui, parfois c’est une question d’argent, mais pas seulement ça devient un effet de mode, et une revendication très claire.  » Explique Remi qui n’hésite pas à vider les poubelles jaunes pour dénicher des morceaux de carton afin d’en faire des œuvres.

L’objectif de cet événement est bien sûr de faire connaître les acteurs du réemploi textile, mais aussi de faire se rencontrer les acteurs locaux et de créer des ateliers ensemble.

« Cet événement est un test, on verra bien, avec la période que l’on traverse rien n’est simple. Mais on voit bien que les gens veulent du concret, et moins de blabla. On voit bien que tout ça est nécessaire. » Il y a la politique et les actes politiques. Assurément, nos fringues, notre façon de les consommer, de les utiliser, de les acheter deviennent des actions politiques. Quand celles-ci sont, en plus, customisées, et que l’art s’en mêle. Nul doute qu’une bonne paire de Stan Smith vaut tous les plus beaux discours !

Pour plus d’informations allez sur les pages Facebook et Insta @collectif.fringant ou envoyez un mail à lecollectiffringant@gmail.com

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À propos de cet article

Publié le 24 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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