Évacuation et interpellations hier soir lors de l’ouverture d’un nouveau lieu d’accueil pour les mineurs isolés

Alors que le « 5 étoiles », lieu d’accueil pour mineurs étrangers isolés était évacué l’été dernier, militantes et militants des droits humains ont organisé l’ouverture d’un nouveau lieu à Clermont. Mais l’opération d’hier soir s’est soldée par un échec après la venue des autorités pour empêcher par la force toute installation.

2 août 2023. Clap de fin pour le « 5 étoiles », ce squat devenu une grande maison aux activités variées et qui aurait pu être un centre d’hébergement d’urgence. Les forces de l’ordre procédaient à l’époque à l’évacuation d’un lieu né 6 ans auparavant et qui a vu passer plus de 300 jeunes.

Mais si le squat n’est plus, les galères des mineurs isolés, elles, sont encore bien présentes. Elles s’intensifient même alors que l’hiver commence à s’installer. Après un parcours depuis leur pays d’origine déjà semé d’embûches et d’horreurs, ces jeunes sont soumis à des interrogatoires répétés de la part de l’ANRAS, association à laquelle le Département délègue sa mission de reconnaissance de minorité.

Surtout, l’ANRAS est accusée de ne pas reconnaître la minorité des jeunes dans une grande majorité de cas. Entre janvier et octobre 2024, 84% des jeunes ont finalement été reconnus mineurs par le juge pour enfant après une décision contraire de l’ANRAS. Lorsqu’un jeune est déclaré majeur, ce dernier ne peut plus compter sur l’Aide Sociale à l’Enfance, sa scolarisation est retardée et sa vie dans la rue le confronte à de nombreux dangers.

Alors pour combler cette absence de réaction des pouvoirs publics, des militantes et militants ont décidé de prendre les choses en main.

Nouvelle adresse

« Puisque les pouvoirs publics n’assurent pas leur prise en charge, que le projet d’un nouveau lieu négocié avec eux n’a pas abouti, que le « 5 étoiles » a été évacué l’été dernier et que les températures chutent, un autre lieu d’hébergement vient d’ouvrir pour mettre à l’abri les jeunes nouvellement arrivés. Au-delà d’un toit, ce lieu de vie sera un espace d’accompagnement et d’émancipation construit avec les mineurs », expliquent dans un communiqué de nombreux signataires dont des associations, des partis politiques et des syndicats.

Tout commence par un message que l’on reçoit. Il indique qu’un nouveau lieu va ouvrir. L’endroit est tenu secret pour que l’opération soit un succès. Ce sera jeudi soir, le 23 novembre. Il faut être discrets pour que les jeunes puissent investir le logement vacant que les militants ont trouvé après des semaines de recherche.

Le rendez-vous est fixé à 18 heures. Une cinquantaine de personnes attendent, discutent, se serrent la main ou s’embrassent. Il fait froid. Après un moment, on se met en route. 15 minutes de trajet puis une grande ligne droite. La maison est au bout.

Alors que nous ne sommes plus qu’à 50 mètres, les reflets des gyrophares teintent les habitations du quartier de bleu. La sirène hurle, une première voiture passe, vite rattrapée par une seconde.

Evacuation et interpellations

Les militants décident d’entrer dans le jardin et de se regrouper pour être plus solides. L’un d’eux met son pied sur la pelouse mais il est évacué avec force, trainé au sol par un policier. La première réaction de la police paraît déjà complètement disproportionnée pour les militants présents. D’autres se décident tout de même à investir la cour. Une quinzaine. Des contrôles d’identité ont lieu. Quelques minutes plus tard, le rassemblement pacifique est chassé à coup de gaz lacrymogène. Des participants tombent sous le poids des ruées de la police. Les militants évacuent et se regroupent devant la maison, dans la rue cette fois, dans l’espace public. Des larmes coules, autour, ça tousse, ça éternue. Nous faisons aussi les frais de la lacrymo.

Le voisinage afflue sur le palier, surpris. C’est la guerre des nerfs qui commence. Trois policiers bloquent l’entrée, armée d’un casque, d’une matraque et d’un bouclier. « Libérez nos camarades », chantent les participants.  « La prochaine étape, c’est de nous évacuer nous. », nous dit une dame venue en soutien.

Parmi les forces de l’ordre, certains en civil, d’autre pas. Plusieurs agents bloquent maintenant un côté de la rue. Derrière eux, dans une autre ruelle un peu plus sur la gauche, 7 militants sont interpellés et conduits au commissariat. Ils sont actuellement encore en garde à vue.

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