« Marre que tout le monde se renvoie la balle »

Aujourd'hui, 25 janvier, journée de lutte contre le sexisme, doit avoir lieu le spectacle de Seb Mellia à la maison de la culture de Clermont-Ferrand. Un homme accusé par une trentaine de femmes de violences sexuelles. Un affront pour le Collectif "Collage féministe Clermont-Ferrand" qui appelle à un rassemblement ce soir à 19H30.

Les colleurs et colleuses ont sévi en pleine nuit et ont réussi à décorer la ville du nom d’un nouvel agresseur. Après Depardieu ou Darmanin, Seb Mellia, humoriste relativement confidentiel se voit afficher par les féministes et militantes contre les violences sexistes et sexuelles.

Parce que, ce soir, le comédien repéré au Djamel Comedy Club, devrait présenter son spectacle à la maison de la Culture. Pourtant, de nombreux témoignages affluent pour dénoncer les comportements agressifs et sexistes de celui qui en 2014 faisait les premières parties de Gad Elmaleh.

En début de semaine, il niait en bloc toutes les accusations qui pèsent contre lui. Pourtant, plusieurs plaintes ont été déposées, et une trentaine de témoignages ont été récoltées par une journaliste et une comédienne. Et pas n’importe laquelle.

Florence Mendez est devenue en quelques années une des figures de proue du combat contre les violences sexuelles et sexistes. Elle avait interpellé Gérald Darmanin en le traitant de Violeur. Cela lui avait valu son éviction de l’émission Piquantes sur M6, dont elle était pourtant la fondatrice.

Cette jeune humoriste belge se fera connaître en France notamment grâce à ses chroniques sur France Inter, dans la Bande Originale, aux côtés de Nagui. Elle refusera de jouer dans les salles qui accueillent Ary Abittan, accusé de viol.

A Clermont-Ferrand, la venue, le jour de la journée de lutte contre le sexisme, de cet humoriste ne fait donc pas rire les militant-e-s qui ont appelé à un rassemblement.

Ophélie, militante à Osez Le Féminisme n’en revient pas : « Cet homme est accusé d’agressions sexuelles, de viol et stealthing (NDLR :lorsque l’homme enlève le préservatif sans le consentement de sa ou son partenaire) mais il peut quand même produire son spectacle. Pour nous, il est important de sensibiliser les spectateurs et de les prévenir des agissements de l’homme qui se présente sur scène. Les sensibiliser au fait qu’ils paient pour voir le spectacle d’un accusé d’agressions sexuelles et viols. »

Informer les spectateurs mais pas seulement

Pour le collectif 8 mars qui rassemble des associations, syndicats ou organisations politiques, c’est une façon de rappeler que si la présomption d’innocence existe, il ne faut pas oublier « la présomption de sincérité » des victimes. Dans son communiqué, d’ailleurs, le collectif 8 mars rappelle que des dispositions ont pourtant été prises en matière de prévention des violences sexuelles dans le secteur du spectacle vivant.

Le collectif « Collage féministe » à l’initiative du rassemblement de ce soir, a envoyé une quarantaine de mails à la Maison de la Culture afin de leur demander l’annulation du spectacle. Mais les militants n’ont reçu qu’une réponse par mail. « Ils nous ont écrit que seul le producteur était responsable de la programmation et que la Maison de la culture ne faisait que louer la salle à ce producteur. » Un peu agacé, le collectif estime « que les institutions ont un rôle à jouer dans la protection des victimes. Surtout quand on sait que seulement 1% des agresseurs sont condamnés, 70 % des plaintes sont sans suite, alors même que seules 2 à 6 % de ces plaintes sont mensongères. » explique un(e) militant(e)-colleur-se. Afin de rajouter « C’est moins que la fraude à l’assurance ! »

Aurélie, militante à Attac 63, association du collectif, n’en démord pas. « On a appelé à l’annulation mais chacun se renvoie la balle. La Mairie, la salle de spectacle, les organisateurs. Personne ne peut prendre la décision. Résultat, c’est la faute de personne, la responsabilité d’aucun. Et le comédien va pouvoir être sur scène ce soir. Quel est le message pour les victimes ? Et le pire, c’est que tout ça lui fait de la pub. »

A Nancy ou Bruxelles, son spectacle a été interrompu par la venue de groupes féministes luttant contre les violences sexuelles.

Le spectacle, n’a, à l’heure de l’écriture de cet article, toujours pas fait l’objet d’une interdiction ou d’une annulation de la part des organisateurs.

A 19H30, un rassemblement de féministes et militants contre les violences sexuelles devraient avoir lieu devant la maison de la culture. « On va rappeler aux gens qui est le comédien sur scène. Le but n’est pas la confrontation mais bien la médiation » Rappelle le collectif « Collages féministes. »

Au même moment, au 25 rue Gisèle Halimi, un moment convivial est proposé par le Planning Familial 63 et Osez le féminisme 63 afin de discuter des violences faites aux femmes.

Deux actions qui se rejoignent dans la thématique, car comme le rappelle Ophélie « Un rapport vient de conclure à l’augmentation du sexisme chez les jeunes. Et dans un autre temps, on se rend compte malgré tout que la population est sensible à ces questions. Il faut qu’on continue à ne rien laisser passer. »

Merci au collectif « Collages féministes » pour les photos !

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1 réflexion sur “« Marre que tout le monde se renvoie la balle »”

  1. Ce qui me dérange dans cet article est le ton qui se veut non seulement accusateur mais surtout définitif. 2 personnes faisant métier d’humoriste, sont désignées comme des violeurs. C’est normal d’informer sur ces comportements agressifs qui mènent logiquement aux tribunaux. Mais s’agissant d’un média qui ne veut pas faire dans l’approximation, quelles sont les sources judiciaires qui attestent, soit que des plaintes sont en cours d’instruction, soit que des condamnations ont bien eu lieu, après procès. Les associations de défense des droits des femmes font leur boulot et à leur façon. Les citoyens se font une idée et peuvent tout à fait ne pas aller voir ces humoristes, ou revoir des films dans lesquels ils étaient acteurs. Mais dire la vérité en dehors de la procédure juridique chargée de l’établir est un peu délicat.
    Ensuite, l’affiche du planning familial : je ne la comprends pas le sens du propos. IL est marqué  » venez discuter autour de la violence des femmes » et un peu plus haut, il est question de discuter des violences faites aux femmes. Ce n’est pas le même débat ?

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