Ce jour-là, nous parlions de problèmes de société et d’actualité, quand, tout à coup, une élève perd connaissance. L’enseignante suit un protocole rodé et revient en classe, tremblante mais efficace. Elle le dira elle-même : « Dans notre métier désormais, nous avons appris à prendre en considération la fragilité de nos élèves. Pas une heure de cours sans qu’un élève ait besoin de sortir pour échapper à sa crise d’angoisse. »
Dans un autre établissement, une élève se met à trembler, en larmes et à suffoquer. Elle panique. Son professeur l’accompagne pour qu’elle puisse prendre l’air. Elle passera l’heure à l’infirmerie. « Elle paniquait juste à l’idée de passer à l’oral. »
Crise d’angoisse à répétition
Enseignants et enseignantes s’accordent toutes et tous à dire que leur métier a changé en quelques années. « Nous devons prendre en considération le bien-être des jeunes qui ont une fragilité psychologique. »
Parfois, ce sont des drames qui traversent les classes. Dans un établissement où nous intervenons, une jeune fille souffrant d’anorexie, s’est suicidée pendant les vacances scolaires. « Il faut retourner en classe, regarder la chaise vide et se demander ce que la société, nous, l’école ont mal fait. » se confie la professeure, encore émue.
Pourquoi alors, nos collégiens, lycéens, souffrent-ils autant ?
Système éducatif, cyberharcèlement et actualité
Dans une étude parue le 14 mars dernier, le mal-être des jeunes reposeraient sur 3 raisons.
D’abord, le système éducatif est un des plus punitifs et restrictifs d’Europe, avec des notes et des évaluations permanentes. Le contrôle continu est une source d’angoisse cumulée sur l’année. De plus, les cours toute la journée empêchent les jeunes d’avoir des activités pour extérioriser les peurs, comme le sport peut le faire.
Deuxièmement, le cyberharcèlement touche un élève sur 5 en France. Ce fléau implique de nombreuses périodes de stress et un malaise permanent.
Enfin, l’actualité et l’information continue les poussent à se poser des questions existentielles sur une éventuelle future guerre, ou la fin du monde due au changement climatique. Très souvent, en tant que journalistes, nous nous rendons compte qu’ils sont très inquiets quant à leur avenir et l’avenir du monde.
La dépression représente ainsi la première cause de morbidité et de handicap chez les jeunes.
Le suicide, 3eme cause de mortalité chez les 15/29 ans
Le 14 mars dernier, le baromètre du moral chez les adolescents réalisé par Notre avenir à tous, montrait qu’ en France, un jeune sur deux souffrait de troubles anxieux. 40 % présentent des signes de la dépression, et 31 % font des crises d’angoisse. Le suicide reste la 3eme cause de décès chez les 15/29 ans.
On peut voir une accélération du mal-être mental chez les jeunes si on regarde les chiffres de plus près. En 2017, 11,7 % d’entre eux souffraient de dépression. En 2021? ils étaient 21 %. Le Covid a-t-il été un déclencheur ?
En 2024, 55 % des jeunes interrogés ont déjà rencontré des problèmes psychologiques. Mais un tiers des 18/24 ans estime ne pas prendre soin de leur santé mentale. Plusieurs raisons à cela : le prix d’une consultation, la difficulté à se confier et la peur du regard de l’entourage.
Dans le monde, on estime qu’un jeune sur 7 souffre de troubles mentaux.
Dispositif gratuit d’accompagnement
En France, le dispositif « Mon soutien psy » a été mis en place pour une accession à un suivi de 12 séances d’accompagnement pris en charge intégralement. Il est pour l’instant peu connu. Mais il permet de pouvoir avoir des rendez-vous avec des professionnels listés. Cependant, dans le cadre de notre enquête, nous avons voulu tester et aucun professionnel n’est disponible avant 4 mois sur notre territoire proche.
La santé mentale des jeunes est confrontée comme toutes les personnes en situation de handicap mental au manque de moyens donnés à la psychiatrie en France.
Un numéro a aussi été mis en place, « Fil santé jeunes » : 0800235236
Le 3114 est la plateforme de prévention au suicide.
1 réflexion sur “Santé mentale des jeunes, un constat inquiétant.”
La réussite scolaire à quel prix !
Parmi les 3 causes anxiogènes, il y en a 2 qui sont liées à l’usage des réseaux sociaux. Informations en continu, répétitive, aliénante et qui crée une dépendance, harcèlements. Le collégien ne peut plus se passer de cette pulsion à absorber des infos et c’est sa perception du monde qui est altérée.
Et si l’éducation a pour objectif de transmettre des savoirs, la pédagogie utilisée ne permet pas de vérifier si l’objectif est atteint. Tous les cours devraient se terminer par un temps consacré à l’assimilation. Par exemple un questionnaire QCM de 10 mn pour voir ce qu’il reste du cours qui devrait durer 30 mn pas plus. Ce n’est pas fait et l’élève rentre chez lui avec encore des devoirs, des leçons ce qui augmentent inutilement son temps d’apprentissage et a des effets toxiques sur sa santé mentale. Aucun salarié n’accepterait de telles conditions de travail.
Si ces principes étaient mis en œuvre, la fin des cours serait réellement la fin des cours et l’élève aurait alors du temps pour lui.