Hier, nous avons passé l’après-midi au tribunal, notamment pour une affaire de violences conjugales dont on avait été prévenus par les témoins et victime. Alors que les comparutions immédiates se sont enchaînées, nous avons pu assister à 4 affaires très différentes dont deux pour le jugement d’hommes violents envers leur compagne.
La sonnerie du tribunal nous fait mettre debout. Le juge assorti des autres magistrats en longue robe dépose ses lourds dossiers devant lui. A sa gauche, 4 prévenus, en comparution immédiate. Ils ont passé leur week-end enfermés. Ca se remarque, ils sentent l’emprisonnement et leurs yeux sont délavés. Ils baissent la tête. Dans cette magnifique pièce du tribunal, on dénoue la misère sociale et la » violence ordinaire « . On sent comme une lassitude, même du côté des avocats de la défense, qui enchaînent les affaires. La première est trop rapide pour être réelle. L’homme, SDF, demande sa mise en détention. Il veut un toit, et la paix. Il pense qu’il la trouvera en prison. C’est d’ailleurs lui qui s’est dénoncé tout seul après avoir » profité » de deux nuits à l’hôtel sans payer, et ne pas avoir rendu la voiture qu’on lui avait prêtée. l’homme est poursuivi pour » escroquerie, filouterie, contrefaçon de chèques et abus de confiance. » Un art de vivre pour celui qui estime avoir perdu pied depuis 1997, année d’un grave accident de la route qui tua sa femme et le plongea dans le coma pendant 6 mois. Depuis, l’homme erre de filouterie en filouterie, et ne supporte pas la vie sédentaire, à tel point qu’en 2014, alors qu’il est incarcéré une première fois, il s’évade. L’homme dans le box sourit à l’écoute de ses multiples voyages. Son jugement devient politique quand son avocate explique qu’à sa sortie de prison, il s’est retrouvé sans rien, ni argent, ni lieu, ni profession, malgré les qualifications professionnelles acquises en prison, et son 136 de QI. Elle demande alors l’incarcération, puisque son client la veut, mais surtout un suivi pour sa réinsertion à sa sortie. Puisque finalement, » cet homme est un mystère, intouchable et indomptable. Mais, avouons-le, la société comme telle ne l’a guère aidé… ». Il sera reconnu coupable et maintenu en détention pendant un an. L’homme dans le box, remercie le juge.
La deuxième affaire c’est celle d’un jeune délinquant de 19 ans, à la gueule d’ange. Il regarde tout autour de lui. SDF, lui aussi, il vit, en ce moment, dans une caravane volée. Il a multiplié les vols du côté de Saint-Genès- Champanelle, d’Aydat, de Besse et de Puy-Guillaume. Dans la salle, nombre de ses victimes. Une moto, un panier de légumes et de fruits, un sac à main, de l’outillage, un vélo. Le gamin a pris tout ce qu’il trouvait sur son chemin. Il est originaire du Loiret. Il a déjà été condamné par le tribunal des enfants d’Orléans, il est donc en récidive et risque gros. 20 ans de prison. Il bossait pourtant jusqu’à un accident. L’avocate montre les courriers de ses parents, son père qui peut venir le chercher à la sortie du tribunal s’il n’est pas maintenu en détention, sa mère qui veut bien l’héberger de nouveau. Mais, le gosse ne sera jugé que le 16 octobre, comme il l’a demandé. En attendant, il retourne en prison par mesure de sûreté. On ne sait jamais où il peut aller. On le garde à la disposition de la justice. Le prévenu regarde autour de lui, le juge lui demande s’il a un projet. » Aucun, monsieur le juge… »
Arrive alors la 3eme affaire. Dans le box, l’homme se lève, il pleure. Il a frappé sa femme, encore une fois. Son casier judiciaire a déjà 7 mentions depuis 2003, majoritairement des délits routiers, mais aussi de la violence conjugale. Une première fois, sur une autre femme. Avec un tel dossier, il a perdu son boulot d’agent de sécurité. Aujourd’hui, il bosse comme réparateur de palettes. Il a d’ailleurs toujours bossé, le procureur lui reconnaît cette qualité. il a toujours été violent aussi…Sur cette femme, une première fois, il a écopé de 2 ans de prison. Sa victime a demandé des parloirs et des droits de visite. ils n’ont jamais coupé le lien. Sous emprise. A sa sortie de prison, il est interdit pour lui d’aller chez elle, ni même dans son département. Malgré tout, leur relation reprend, c’est elle qui vient à lui, les week-ends. Mais, ce week-end a dérapé, elle a découvert qu’il était inscrit sur un site de rencontre, elle hurle, le gifle. il lui assène un coup de poing comme réponse, puis la plaque au sol en la tenant par la nuque. Ils finissent par se réconcilier, apprend-on. Il va chercher des sous à la banque, elle l’accompagne et en profite pour s’enfuir et hurler qu’elle a besoin d’aide. » Les faits sont là, je les reconnais je les assume » dit le prévenu dans un sanglot. » Nous sommes dans une relation totalement toxique, il faut nous en sortir » supplie-t-il. Le procureur le reprend. » Vous êtes dans une relation pathologique. Votre relation est compliquée, certes mais là il faut que l’on vous éloigne l’un de l’autre avec interdiction de vous recroiser et obligation pour vous de vous soigner. Vous avez un sérieux problème avec la violence « . le prévenu lui-même élevé dans un contexte familial violent sortira libre du procès malgré la reconnaissance de sa culpabilité et de 2 ans de prison dont un an ferme aménageable. Avec interdiction formelle d’entrer en contact avec la victime pendant 3 ans. Il pourra reprendre son travail, mais devra suivre des soins. » J’ai un colère que je n’arrive pas à expulser. je regrette, je lui dois tant à cette femme. » Et au juge de rétorquer » Eh bien, ce n’est pas une jolie façon de l’avoir remerciée… »
Arrive le tour de Clément, né en 1993. L’homme sourit à ses camarades venus le » supporter « . Il demande à être jugé aujourd’hui lui aussi. Les affaires se suivent et pourraient se ressembler, mais pas vraiment. Voilà plus d’un mois que son ex petite copine lui demande de quitter son appartement. Il vient y vivre constamment. Elle a des enfants et ne veut pas continuer cette relation. Lui ne veut rien entendre. Il est menaçant et refuse de quitter les lieux. Alors, un matin, elle part avec les clefs pour qu’il ne puisse plus rentrer. Elle va chez le coiffeur, avec son amie. Une jolie frange sur un joli minois. Elle poste une photo sur les réseaux sociaux. » Je suis devenu fou, je ne supporte pas que d’autres hommes s’intéressent à elle. » déclare-t-il. Il l’attend en bas de chez elle. Il la menace devant son amie. Ils montent tous les deux. L’amie restée en bas entend hurler. Il l’injurie, la gifle l’attrape par les cheveux. Il prend des ciseaux et tente de lui couper cette satanée frange. Elle se protège. Son doigt est coupé ( elle aura des points de suture) . Elle saigne et parvient à s’enfuir, tandis que l’amie se fait insulter et menacer à l’interphone. Elle finit par appeler la police. La victime trouve refuge chez la voisine. Mais lui la poursuit, il lui arrache des cheveux qui jonchent le sol de la voisine qui en témoignera. Lorsque la police arrive, il continue » je vais aller en prison, mais à ma sortie, je la retrouverai.. » L’homme est impossible à calmer. Au récit de son histoire, Clément reconnaît les faits en parlant d’une colère et d’une jalousie. Le procureur remet les choses au clair : » Ici, pas de relation pathologique. Elle vous demande de partir, vous refusez, la jalousie n’est pas une marque d’amour mais d’égoïsme. Je ne crois pas un mot de ce que vous racontez, vous n’êtes qu’un menteur. Vous avez dégonflé ses pneus avant. Vous auriez pu la tuer. En 2010, déjà vous étiez condamné pour actes de violence et vous trouvez encore que votre attitude est juste une colère. Vous n’êtes pas honnête, pas même avec vous. Cette femme dont vous dites être amoureux et dont vous dites vouloir le bien a peur de vous… » L’avocate de la défense aura beau tenter de minimiser les faits, le prévenu sera reconnu coupable des faits et prendra un an ferme avec mandat de dépôt. La victime, rencontrée à la sortie du tribunal, ne saura trop quoi en penser. En demandant simplement » Il regrette? »
1 réflexion sur “Chronique d’une violence ordinaire, l’exemple des violences conjugales en comparution immédiate…”
En lien avec votre article sur des exemples de violences conjugales , plasticienne engagée, j’ai réalisé une installation dans un centre d’art sur le violences faites aux femmes. Intitulée « Loi n°2010-769 », elle rend tristement hommage aux 130 femmes décédées en 2018 en France et à toutes les autres décédées dans le monde, victimes de leur partenaire ou ex-partenaire. A découvrir : https://1011-art.blogspot.com/p/loi-n2010-769_2.html
Et aussi « This is not consent » sur la culture du viol : https://1011-art.blogspot.com/p/thisisnotconsent.html
Ces séries ont été présentées à des lycéens, quand l’art contemporain ouvre le débat.