C News et nous …

Vous avez été nombreux, sur nos réseaux sociaux à réagir à notre post sur C News. En effet, nous avons eu l’honneur de recevoir un message d’une de leurs journalistes qui voulait récupérer nos photos d’une manifestation sur Clermont-Ferrand. On vous explique…

Bon. Antoine voulait répondre à chaud, « les remettre à leur place ». Au début, j’ai préféré l’ignorance. On en a parlé. Et finalement, c’est Antoine qui avait raison.

Parce que le message reçu en dit long. Et que derrière une demande de confrères à confrères, on peut y lire toute la division du monde médiatique.

Mais, repartons du début. Antoine couvre une manifestation devant le lycée Brugière de Clermont-Ferrand. Il y est question de liberté vestimentaire concernant les filles. Après le Crop top interdit, (car on le sait mesdemoiselles, c’est à nous de nous protéger face aux yeux pervers de nos homologues masculins qui pourraient tomber sur un bout de nombril…), les filles se défendaient de pouvoir porter les dérivés de l’abaya.

Si, à la base, cette robe longue et ample trouve ses origines dans les coutumes musulmanes, elle est désormais détournée par de nombreuses jeunes filles qui la trouvent pratique.

Finalement, comme à une époque où certains portaient des boucles d’oreille ou de longs colliers avec des croix sans jamais avoir cru en un seul dieu.

Mais, deux concepts s’opposent. Certains pensent que c’est une dérive des religions pour mettre un pied dans les écoles, quand d’autres justement pensent que c’est une façon de détourner l’objet de la religion.

Une enseignante, quinquagénaire, s’étonne du barouf : « Ce sont toujours les nanas qui trinquent. Les mecs pourront toujours porter des pantalons déchirés, des chemises ouvertes, des colliers en or qui brillent, des cheich aux couleurs de la Palestine, et tant mieux. Les filles n’ont pas le droit de s’approprier une robe pratique, qui se vend à H&M. Quand je parle avec certaines d’entre elles, elles expliquent que c’est justement pour dénoncer, se rebeller. Elles ont 16 ans, quoi… »

Bref, sur place, le débat se positionne plutôt autour de la liberté vestimentaire des filles. Pour une fois, on les écoute. La manif se passe très tranquillement. Antoine rentre écrire son papier. On s’envoie des messages. Il râle sur la récupération du président de région qui s’empresse de brandir le drapeau de la laïcité. De son entrave. Pourtant, Antoine était le seul journaliste sur place. Il n’a perçu aucun discours religieux. Juste des filles qui s’essaient à leur première mobilisation, soutenues par quelques garçons. I s’arrache les cheveux en lisant l’article de La Montagne. Aucun journaliste du titre n’était présent à la mobilisation.

Alors, quand quelques jours plus tard, on reçoit sur la messagerie de Mediacoop, ce message, Antoine bondit. Moi, je suis à des centaines de kilomètres, en formation. Je prends du recul.

Et, nous analysons.

Ce message, que montre-t-il?

D’abord, si la journaliste veut récupérer nos photos, c’est qu’elle n’était pas là. Antoine était le seul journaliste. (On l’a déjà dit, mais c’est important) Ca peut arriver de louper un truc, surtout quand on bosse à Paris et que la Province, c’est toujours beaucoup trop loin.

Mais, concernant l’abaya et la polémique qui enfle autour de cette tenue, il vaut mieux se méfier des gens qui veulent récupérer nos photos. C News.

Comment dire ? Cette chaîne télé a embauché Eric Zemmour, est une propriété de Bolloré. D’ailleurs lorsque ce dernier est mis en examen en 2018, la chaîne ne fera dérouler qu’un simple bandeau.

2 ans auparavant, 100 des 120 journalistes démissionneront de la chaîne après 31 jours de grèves. Les salariés dénoncent la ligne éditoriale et notamment la mise en place d’une émission de Morandini à heure de grande écoute.

Mais, dès 2019, Zemmour devient la vedette de la chaîne, malgré la mise en demeure du CSA pour ses propos. En mars 2021, la chaîne est condamnée pour « incitation à la haine » à 200 mille euros d’amende. Zemmour, toujours lui, prétend sur le plateau, sans contradicteur, que les mineurs isolés sont des voleurs et violeurs.

Alors, C News, ce n’est pas vraiment notre tasse de thé…

On se doute que les photos de la manifestation serviraient à alimenter la thèse raciste. Si on ne peut et on ne doit pas entraver le pluralisme de l’information, on peut ne pas en être complices.

Et, pire, cette journaliste, qui nous demande de l’aide, nous promet que l’on sera crédité. Pas payé. Non, cité.

Dans C News.

La honte.

Mais cela montre plusieurs choses : On ne paie plus les photos, les informations. Et surtout, cela devrait être un honneur pour nous de passer dans un des médias dominants.

Mais même payés rubis sur ongle, nous aurions décliné l’offre. Certaines valeurs n’ont pas de prix.

Alors, ici, on dénonce le système médiatique dans son ensemble.

Des journalistes qui ne se déplacent plus, qui attendent que les médias locaux aient fait le taf, ça évite de payer des correspondants ou des pigistes. On leur promet en échange d’être crédités.

Un système qui exploite ses journalistes. Nous n’avons pas fait de recherches réelles sur celle qui nous a écrit. Mais, on ne peut que s’imaginer qu’elle a reçu des ordres de récupérer des images du mouvement lycéen. Qu’elle a fouillé et trouvé que nous. On se dit qu’elle est peut-être précarisée du système, et qu’elle a mis ses valeurs de côté. Ou alors, qu’elle partage les valeurs de C News.

Finalement, cela ne nous regarde que très peu, voilà pourquoi nous n’avons pas mis son nom. Et que nous n’avons pas voulu non plus la contacter. Elle n’est dans cette histoire qu’un pion.

En revanche, nous pouvons parler de C news et des aides publiques que le groupe « Bolloré » reçoit.

D’ailleurs, les 7 milliardaires reçoivent plus de la moitié des aides à la presse. A eux seuls.

Ca peut toujours servir, les sous des contribuables pour continuer à faire évoluer la société capitaliste et élargir les inégalités de richesse.

Alors, non, à C News, nous ne filerons rien. Pas une photo, un centime ni même un oeil.

Et, nous appelons nos lecteurs à nous soutenir. Car nous voulons continuer à nous déplacer pour couvrir nos reportages. Nous voulons juste faire notre métier.

Qui n’est pas tout à fait le même que celui des journalistes de C news…

Notre cagnotte, c’est par là :

https://www.okpal.com/mediacoop/#/

PS : voici notre réponse officielle :

C news….Comment te le dire ….Si tu es journaliste, et que tu veux des infos, tu te déplaces sur place. Tu fais tes interviews et tes photos. Parce que c’est super dur de parler d’un truc quand on n’est pas sur place ..Et puis aussi je voulais te dire, ça nous embêterait drôlement d’être crédité chez toi.

Parce qu’on a bien compris que les photos de la manif devant le lycée Brugiere tu allais t’en servir pour parler de l’extrémisme religieux alors que si comme nous, tu avais interrogé les lycéennes, ça aurait fait foirer tes plans racistes…

Donc merci hein d’avoir besoin de nous. De nos photos et de nos reportages. Pour t’éviter de faire le déplacement en province. Pour éviter d’être mal reçu devant le lycée car ta réputation de chaîne TV te précède. Mais voilà, on ne mange pas de ce pain-là. On le dénonce même. Quant à la journaliste qui a fait la démarche en ton nom, on ne sait pas trop.

Précarisée du système médiatique, elle fait peut être ce qu’on lui impose. Elle est peut être hyper en accord avec ta démarche. On ne sait pas. Alors on préfère incriminer le système plutôt que les gens qui peuvent en être victime ou moteur. Et on anonymise son message ..Voilà notre réponse.

On ne filera pas une photo, un crédit, un œil à ta chaine Télé. Parce qu’en fait tu représentes tout contre quoi on lutte : les inégalités entre ton puissant patron et les pigistes à bout de souffle. Les discours qui divisent. Les aides publiques que tu récupères tout en te développant dans le capitalisme. Voilà C News, on te l’a déjà dit la dernière fois : toi et moi on ne fait pas le même métier. Bisous

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1 réflexion sur “C News et nous …”

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