Matin. Un peu de soleil rose sur le Puy-De-Dôme. On part projeter un film au cinéma associatif Le Rio pour des services civiques en formation. Plume de Bitume, le film qu’on a réalisé en 2015 avec les SDF clermontois. Un débat s’ensuit. Des jeunes pensent que certains font la manche par plaisir. D’autres répliquent. On débat. Elian, le stagiaire, rassure : « Ils sont jeunes, ils changeront d’avis. »
On rentre bosser le prochain film. Les nouvelles sont bonnes. Une équipe croit en notre projet. On entre dans la cour des grands, avec des professionnels.
Tag racistes à Clermont-Ferrand
Et puis, Antoine, journaliste à Mediacoop enrage. « Putain, il y a encore un nouveau tag de merde sur les murs clermontois. » Vers les facs, vers les arrêts de tram, en lettres rouge sang, des inscriptions racistes pourrissent nos murs. « Mort aux Africains », « Les nôtres avant les vôtres ». On le sait bien que les groupuscules néo-nazis ne cessent de se faire et se défaire.

Le dernier en date « Clermont Nationaliste » a d’ailleurs accueilli il y a peu de temps leurs potes de Bordeaux Nationaliste, avec à sa tête, Tristan Arnaud. Mais si, vous le connaissez, il était du Bastion Social clermontois, a fait de la prison pour avoir cassé une jambe devant le local. Il est pourtant interdit de territoire, celui-là.

On s’agace contre la lenteur municipale. Plusieurs jours que les inscriptions se multiplient, et rien n’est effacé. La tenue de propos raciste publique pourtant est interdite par la loi, punie de 22 500 euros d’amende et son auteur encourt jusqu’à 6 mois de prison ferme. on peut ajouter à cela la détérioration de bien public, avec les tags sur les murs. Rien pourtant contre ces délinquants.

De mémoire de journaliste, je me rappelle pourtant qu’un tag sur un passage piéton lors d’une manifestation pour les retraites avait valu une garde à vue et un passage au tribunal à Will, un militant antifasciste. Il avait commencé à écrire « Wissam » le prénom d’un jeune clermontois, mort au commissariat et dont la famille réclame toujours des explications et la condamnation des policiers.
Etre antifasciste, appeler en ce sens à la lutte contre la haine et les idées mortifères interdites par nos lois, est désormais dangereux. Ca l’a toujours été. De nombreux antifascistes sont morts depuis l’époque des chemises noires de Mussolini.

Désormais, le gouvernement muselle.
Hier, la journée a continué avec une deuxième mauvaise nouvelle. Si les tags néo-nazis trônent dans la capitale auvergnate aux yeux de tous, Nantes Révoltée, média indépendant risque la dissolution comme l’a annoncé Darmanin, le ministre de l’intérieur.
Un média indépendant risque la dissolution
Nantes Révoltée est un média indépendant porté par un collectif bénévole qui publie chaque jour. Ce week-end, le site Internet du média informait de la tenue d’une manifestation antifasciste à Nantes et invitait à y participer. Des vitrines ont été explosées lors de ce rassemblement. Si les auteurs néo-nazis clermontois n’ont pas été inquiétés, les antifascistes ont été mis en examen sur le champ.
Et le média risque de disparaître. La raison en reste floue. « Appel à la violence »? Peut-être.
Se pose alors la question de la liberté de la presse.
Dans son histoire, la presse a souvent défendu les causes qu’elle semblait juste. Du « J’accuse » à l’ouverture des rotatives par certains journaux pour les tracts résistants lors de la seconde Guerre Mondiale. La presse d’opinion a fait vivre le débat et a été garante de démocratie. Depuis longtemps avec la CPML, on se bat aux côtés d’autres médias indépendants pour le pluralisme de l’information et son indépendance.
Des généraux à Valeurs Actuelles contre des antifascistes à Nantes Révoltée
Aujourd’hui, le gouvernement décide de fermer un média car il lui semble dangereux pour la démocratie. Qu’en est-il de Valeurs Actuelles quand le magazine publie un appel de généraux qui évoque la guerre civile et demande la sauvegarde de la nation? L’appel à la violence n’est-il pas là, encore plus criant ? Le média n’a pourtant jamais été inquiété, et les généraux signataires, convoqués devant un conseil supérieur militaire, et pas même devant la justice française.
Pourtant, il est un fait : les idées racistes, discriminatoires reviennent en force, dans notre pays, en Europe et dans le monde. Que des médias s’empressent de les dénoncer n’est pas un droit, mais un devoir. Les idées fasciste et nazies des années 20 ont eu le temps d’infuser car les partis en place, les socialistes et les communistes se chamaillaient entre eux plutôt que de voir l’ennemi commun qui aura valu les atrocités de la seconde guerre mondiale. Nous nous relevons à peine de tout ça, qu’il faut reprendre la lutte.
La lutte continue
Lutter contre le fascisme. Lutter contre les néo-nazis. Lutter contre les idées discriminatoires. En effaçant les Tags racistes. En maintenant la liberté de la presse. En faisant appliquer la loi sur les propos injurieux. En étant juste. Si un taggueur de passage piéton part en garde à vue, un taggueur facho y part aussi. Si un média est condamné pour appel à la violence en informant et soutenant une manifestation antifasciste, un média qui publie un appel de généraux qui incite à la guerre civile doit l’être tout autant.
Alors oui, hier fut une bien sale journée. Mais peut-être le pire restait à venir.
Sale journée
Dans cette société où l’antifascisme est plus punie que le fascisme lui-même, un homme a chuté à Paris. Du haut de ses 84 ans, un photographe notoire s’effondre, rue Turbigo. Malaise cardiaque vraisemblablement. Il reste allongé, des heures. Selon les pompiers, en tombant, il se serait ouvert la tête et souffrait d’un traumatisme crânien.
D’abord conscient, il serait peu à peu mort d’hypothermie. L’homme allongé aux yeux de tous, n’a pas été secouru, et serait resté 9 heures. Allongé. Incapable de se relever seul ou demander de l’aide. Rue Turbigo, les passants sont pressés. Ils n’ont pas prêté attention.
Mourir aux yeux de tous
Ils n’avaient pas le temps de sauver une vie. Ou alors estimaient-ils qu’il s’agissait là encore d’un SDF aviné qui ne mérite aucune attention. René Robert est mort ainsi. J’imagine qu’il n’aurait jamais pensé le monde si laid, morbide et égoïste. J’imagine qu’il a eu espoir, qu’il a attendu sagement, confiant.
Peu à peu, au fur et à mesure où il quittait ce monde, il devait se dire qu’il n’aurait jamais cru ça possible. Puis, il a quitté ce monde, comme ça, par terre, sur le bitume, aux yeux de tous. J’espère que pour petit réconfort, il a pu s’avouer qu’il quitte vraiment un monde qui ne le méritait pas.
Oui, hier était une sale journée.
Ce matin, certains tags sont toujours en place. Une pétition est en ligne pour aider Nantes Révoltée et la presse et les réseaux sociaux s’indignent de la mort indigne du photographe de Flamenco.
https://www.change.org/p/contre-la-dissolution-de-nantes-révoltée-pour-la-liberté-d-expression

1 réflexion sur “Une bien sale journée”
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