« Ma seule boussole c’est l’apaisement et le bien-être de toutes et tous. » Ce sont les premiers mots que la nouvelle présidente, Danielle Ruillon, prononce lors de notre interview.
La cadre de santé à la retraite tente de peser ses mots : « Je peux vous assurer que je me suis mise au travail, et que je suis bénévole à plein temps. Mais dès la prise de ma présidence, la semaine dernière, j’ai tenu à rencontrer les représentants des salariés et je compte recevoir les familles. Toutes les familles qui le désireront. »
Elle-même, maman d’un adulte polyhandicapé, elle sait que tout ça prendra du temps. « Ca a pu paraître long d’ailleurs, mais cet été, il a fallu acter la démission du président et prendre conscience de tout ce qu’il s’est passé. » Confie-t-elle.
C’est un gros challenge
Cette ancienne infirmière parle de la « situation compliquée » dans laquelle l’association est plongée depuis plusieurs mois. « C’est un gros challenge et je ne sais pas si je suis courageuse, mais nous sommes dans le bureau, une équipe très soudée, et très bien accompagnée par l’UNAPEI et nos avocats. Je suis très entourée. »
L’explosion et la mise en lumière des problèmes sont dues, selon la nouvelle présidente à « une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et nous avons pris conscience d’un certain nombre de dysfonctionnements. »
Redevenir une association de parents
Ainsi, elle poursuit « Nous sommes une association de parents, la gouvernance, c’est-à-dire le bureau et les administrateurs doivent mandater la dirigeance qui doit appliquer notre ligne de conduite. Il faut avouer que cela a été déséquilibré ces derniers temps. »
En effet, il a été reproché à la Directrice Générale et son équipe de ne pas prendre en considération le bureau et de faire des actions sans que les administrateurs en soient prévenus.
Les départs des dirigeants demandés par les syndicats
Du côté des syndicats, l’arrivée de la nouvelle présidence a été appréciée, comme nous l’explique FO : « Nous avons été reçus le 19 septembre. Elle nous a bien dit que des salariés qui vont bien réalisent un accompagnement de qualité. Et nous sommes d’accord avec ce constat. » Mais pour le syndicat des engagements doivent être rapidement pris par le nouveau bureau « le départ d’un certain nombre de dirigeants ayant conduit à la crise grave que l’on traverse doivent être actés rapidement. Et nous pensons comme la plupart des salariés que le travail ne pourra débuter qu’après ça. »
Des directeurs, et un DRH en arrêt maladie
Mise en cause, la Directrice Générale Myriam Vala est en arrêt maladie, ainsi que Jean-Pierre Sabarly, directeur de filière. Mais, pour le syndicat CGT qui se ravit de l’élection de Danièle Ruillon, d’autres départs sont attendus. « Nous remettons en cause la structure même des filières. Nous avons 4 directeurs de filière au siège qui sont hors sol. » D’autres demandent le départ du DRH en place : « Il a fait beaucoup trop de mal » selon le syndicat. Il est actuellement absent aussi de l’association. « C’est lui qui a fait tellement de mal. Et c’est lui aujourd’hui qui se plaint. »
Pour la CGT, l’urgence est que salariés et parents retrouvent la confiance. « le sentiment d’avoir été maltraités et dirigés plus par la peur que par l’implication professionnelle est très importante dans la quasi-totalité des établissements. »
Des parents qui attendent des signes forts
Du côté des parents, le discours est similaire. Le collectif qui a lancé une pétition pour demander le départ de la direction s’exprime : « Nous sommes heureux de la présidence et nous l’accompagnerons du mieux que nous le pourrons. Mais il faut des actes forts, comme le départ de ceux qui ont agi mais aussi de ceux qui ont laissé faire. Nos enfants sont en danger, les salariés sont en souffrance. Je sens ma fille en grand stress actuellement. » Explique une maman.
« Il faut agir vite. Et je n’ai pas encore confiance en cette nouvelle présidente qui a l’air de ne pas mesurer la gravité des faits. Quand on l’a rencontrée, elle a montré un certain déni quant à la situation. » Les parents se disent prêts à s’investir dans le bureau. « Et si les choses ne bougent pas assez vite, nous nous mobiliserons. Mais en tant que parents, nous avons toute notre place dans les décisions à prendre dans le conseil d’administration ou le bureau. » Assène un père qui trouve que les choses vont lentement. « On sait de qui vient le problème, à un moment, il faut agir, certes en face ce sont des malins qui vont tenter de partir avec des sommes astronomiques, c’est bien la preuve qu’ils s’en fichent de nos enfants. Ils veulent juste de l’argent. »
De nombreux anciens salariés regardent depuis des mois ce qu’il se passe à l’ADAPEI et voient d’un bon œil la nouvelle présidence. « Le bureau a l’air solide et d’avoir pris conscience des problèmes. Il faut désormais que tout le monde travaille dans le même sens. » Explique un ancien cadre du siège. « Les syndicats, parents, salariés, doivent venir en soutien à ce bureau. Ce sera long. »
Quant à la présidente, elle termine son entretien en expliquant que souvent « les crises sont salutaires. »
Une lutte devenue collective
Et au regard de ce qu’il est en train de se produire, une maman souffle : « Il ne faut pas négliger la force du collectif. C’est notre union de toutes et tous qui a fait notre force. Syndicats, salariés, parents, et désormais bureau. En médiatisant cette affaire, on a enfin pu faire bouger les choses. Comme quoi, les puissants, ceux qui s’accrochent à leur siège doré ne peuvent rien faire contre les démarches collectives. Quoi qu’il arrive, ils ont déjà perdu, comme tous ceux qui les soutiennent. Ils ont perdu leur dignité. Avec le management toxique, ils se sont crus intouchables. Ils nous ont méprisés. Mais, finalement, la vérité a fini par éclater, et ils vont devoir répondre de leurs faits. » Même si les parents et syndicats estiment « ne pas être au bout de leur peine. »
Des excuses demandées aux membres de la direction
Un papa lâche, un peu désabusé : « J’estime que l’ADAPEI doit des excuses aux résidents, parents et salariés pour tout ce qu’ils ont vécu sous la direction de Myriam Viala. Et surtout, il est temps de faire revenir les salariés injustement licenciés sous cette ère de management toxique. »
Partir la tête haute et non les poches pleines.
Enfin, après avoir repris son souffle, il conclut : « Ces gens-là ne lâchent pas comme ça. Alors qu’au moins pour leur honneur, ils auraient intérêt à partir la tête haute et pas les poches pleines. Ils pourraient avoir l’intelligence de nous laisser reconstruire. »
Parents et syndicats se disent prêts à recourir à un mouvement social si les départs ne sont pas actés rapidement.
2 réflexions sur “Adapei 63, une nouvelle présidence, et des actes attendus.”
Mettre une infirmière dans une fonction de dirigeante d’un établissement social c’est déjà s’engager dans histoire qui va vite dépasser les compétences de cette personne.
car même si elle a fait une formation de cadre de santé, et si le soin infirmier est tout à fait nécessaire dans ce type d’établissement, elle se trouvera vite en manque de savoirs pour diriger un Iieu de vie dans lequel la prise en charge relationnelle peut être altérée par de multiples facteurs. Comment garantir le bien être de tous alors que la réalité institutionnelle n’est pas prise en compte. Il est en effet question d’argent, de dirigeance, de gouvernance, de bureau et d’administrateurs. « Les dysfonctionnements… c’est salutaire. » Non. La direction doit se pencher dans le projet d’établissement, dans l’évaluation qualitative de celui-ci et engager tous les personnels à un travail de réflexion sur ce que ça veut dire de travailler dans un tel lieu : sans maltraitance et sans se sentir menacé et donc avec des moyens humains suffisants et de la reconnaissance. La seule référence étant ce qui aura été construit théoriquement par les salariés ( y compris la direction qui est aussi salariée). Article L312-1 du Code de l’action sociale et des familles.
Ça tombe bien ! Son rôle n’est aucunement la « dirigeance » mais seulement la gouvernance de l’association. La dirigeance, ce sont les professionnel·les s employé·es et qualifié·es pour gérer les équipes.
Par ailleurs, vous semblez faire reposer ce rôle sur une personne seule. Ça n’est, et ça ne devrait jamais être le cas. La gouvernance se partage avec le bureau et le conseil d’administration. De même que la dirigeance est censée répartir ses forces. Centraliser et faire reposer tous les rôles et toutes les décisions sur une personne, seule, est d’une part, très dangereux et irresponsable, d’autre part, faussement efficace. Tout n’est qu’image et superficialité. Cela amène à des situations où des gens sont pressurisés dans leur travail, n’ont plus aucune autonomie, et ne sont que les bras armés d’une personne omnipotente. Une telle situation n’est tenable et souhaitable pour personne. Elle dénote d’un rapport au travail malsain et ne peut aboutir qu’à des comportements inhumains.
Toute ressemblance avec une situation antérieure ne serait bien sûr que fortuite… Ou pas.