Formation en éducation aux médias, on vous raconte !

Une certification Education aux médias et à l'information a été mise en place par les organismes de formation. Eloïse a décidé de tenter l'examen...Elle revient d'une semaine de formation dans les Alpes de Hautes Provence. Elle vous raconte tout.

Certains plaisirs ne se boudent pas. Comme celui de s’arrêter sur une aire d’autoroute, de s’acheter un paquet de Maltesers et de le dévorer seule, car les gosses ne sont pas dans la voiture. Partir 5 jours loin du quotidien, c’est la classe. Mais en plus pour se confronter à ses pratiques en Education aux médias, c’est encore mieux.

A la rencontre de soi et des autres

Bon, en revanche, il faut rouler 6 heures pour atteindre le lieu de toutes les attentes : Un mas provençal géré par un groupe de personnes qui a décidé que la vie n’est qu’utopie. 12 adultes, 10 enfants vivent là à l’année et accueillent stages de danse, clown, yoga et se transforment en lieu de formation pour les 8 journalistes et animateurs qui se rejoignent en ce dimanche soir encore chaud. Autour d’une table, le repas végétarien est servi. chacun fait timidement connaissance pendant que je découvre ma chambre sous les toits. Par la fenêtre, je m’approprie une étendue d’arbres apaisante. Il faut dormir, demain, la formation débute.

Vue de ma chambre

Plusieurs centres de formation proposent cette certification. Mais celle-ci me parle davantage. Organisée par la Fédération Audiovisuelle Participative, elle permet de mêler éducation populaire à l’éducation aux médias. Les formateurs, qui viennent de la Friche, s’inscrivent pleinement dans cette démarche.

Un groupe hétérogène qui rappelle les groupes classes

Très vite, je me sens un peu déboussolée par l’hétérogénéité du groupe. Certains n’ont jamais pratiqué l’EMI (Education aux Médias et à l’Information) et ne l’ont même jamais pensé. D’autres, comme moi, viennent dépasser les fondements théoriques et apprendre à renouveler leurs ateliers.

Les discussions vont bon train, un peu trop du goût des formateurs, qui restreignent parfois les débats. Pourtant, j’éprouve un réel besoin d’échanger, même vivement sur la définition de « L’information », sur la nécessité ou pas de censure, ou l’appréhension de la laïcité.

Théoriser ses pratiques

Parfois, je ne me sens plus à ma place. Je venais théoriser mes pratiques. En fait, ici, j’apprends de nouvelles pratiques. Je suis parfois critique. La vie en groupe à 42 ans me passionne. J’observe mes compagnons. Chacun définit sa place. La mienne est celle de leader, cela ne m’étonne guère, même si ça me questionne.

En devenant membre d’un groupe, je transfère sur les groupes devant lesquels je me retrouve. Je me rends compte que certains de mes savoir-faire peuvent mettre mal à l’aise des jeunes qui pourraient être intimidés par la prise de parole.

La violence de l’apprentissage

Je prends des notes sur un cahier d’écoliers, je souligne les mots importants. J’ai parfois besoin de distance, de me ressourcer, de me retrouver. Le groupe épuise. Rester assise aussi. Ce n’est pas vraiment moi, ça. Je réalise la souffrance qu’impose l’école à être enfermé en classe, à ne pas devoir bouger.

Ca tombe bien, dans mes ateliers, on ne fait que marcher, courir, discuter, débattre. Je comprends que toutes mes pratiques ne sont pas bonnes à jeter.

Travail d’éducation populaire

Les formateurs nous donnent des clés, le travail de la cartographie, la réflexion sur la ligne éditoriale, la mise en place d’ateliers.

Lors des repas, on échange sur nos pratiques. Parfois, on préfère parler d’autres choses. La pension complète nous amène à ne nous concentrer que sur nous, notre travail et les autres.

On a tellement bien mangé !

L’éducation populaire consiste à travailler sur la base de l’échange. Parfois, durant la semaine, je dénonce la position consumériste de certains. Les journalistes notamment se positionnent ainsi. Prendre. Ne rien donner. Politiquement, cela me perturbe. Je me renferme, et j’arrête de donner, quelques heures.

Une semaine intense

Puis, la semaine est semée d’embûches. Une d’entre nous apprend les licenciements économiques dans son média. Un soir, une camarade est hospitalisée pour une pneumopathie. C’est moi qui lui donne la main dans la voiture qui l’amène aux Urgences. Et je peux le confier désormais : En fait, j’ai eu peur pour elle.

Mais le dernier jour, nous sommes tous là, à peu près vivants de la semaine, épuisés mais remplis. Et ce vendredi est destiné à nous faire travailler sur le mémoire à rendre en janvier.

Mémoire à rendre !

Je décide de m’atteler à un sujet complexe : « Comment donner du sens à une demande institutionnelle ? »

Basée sur mes expériences, je me rends compte que parfois nous répondons à des appels à projet par besoins financiers ou par intérêt qui se voit rapidement déboussolé par les besoins institutionnels.

Souvent, on doit répondre à des exigences telles que le travail de citoyenneté, laïcité, radicalisation.

Or, nous, journalistes ou éducateurs aux médias, nous prônons en premier lieu la conscientisation, la réflexion et le parcours, le chemin, plutôt que le résultat et la production finie.

Je vois bien que je perturbe un peu avec mes interrogations. Je comprends aussi que ce mémoire doit aussi rentrer dans les cases de l’évaluation. Et que l’évaluation, pour le coup, ça aussi, ça me questionne.

Ressources et ressourcer

Il est 18 heures quand je prends la voiture et que je me décide à repartir de ce lieu absolument magique.

En 5 heures de chemin-retour, je débats avec moi-même. Je réfléchis. Qu’ai-je appris ? Si mon expérience en Education aux Medias est assez solide, j’ai appris de moi, de mon empathie, de mes positions en tant que journaliste, mais aussi en tan qu’actrice de l’Education Populaire.

Le travail chemine encore. Il me tarde la rentrée pour retrouver notamment les jeunes en établissement scolaire.

Faire bouger les choses

On bougera d’autant plus les tables, les idées et les liens.

Au retour, j’ai pris des M&M’s, et je n’en ai pas laissé à mes enfants…Mais je les ai prises fort dans mes bras, en me rappelant qu’une semaine de cours, c’était vraiment prenant …

Si vous êtes intéressés par nos ateliers d’ateliers d’éducation aux médias, n’hésitez pas à nous envoyer un message à redaction@mediacoop.fr

PS : Pour certains stagiaires, cet article n’est pas une information : il raconte un fait qui ne touche que peu de personnes. Pour ma part, toute expérience peut être partagée par tous, et ainsi devenir une information. Surtout, quand comme nous, on ne cherche pas à toucher le plus de monde possible, mais à partager le plus possible. (Tiens encore de l’éduc’pop, ça !)

PS 2 : D’autres organismes proposent la certification, mais pas sous l’angle de l’éducation populaire. Et ici, c’est drôle, le lieu interroge les habitants du village d’à côté. Pour certains, ces gens qui font vivre un lieu commun appartiennent à une secte. Un travail expérimental sur la rumeur serait épatant sur ce territoire !

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