3 enfants dorment dehors, la solidarité leur trouve un hébergement

Alertés par les associations, et certains enseignants, nous avions décidé d’écrire un article sur une famille avec trois enfants qui dort dehors. Mais, grâce aux réseaux sociaux et la solidarité d’un grand nombre, cette famille bénéficiera d’un hébergement jusqu’à la fin de la trêve hivernale par le 115. Récit d’une journée incroyable.

Fanny de la Cimade m’appelle tôt ce matin-là. Elle a appris qu’une famille dort dehors depuis une quinzaine de jours. « Avec des enfants? Fanny, dans quel monde vit-on ? »

Pendant la récré, c’est l’enseignante d’un des enfants, qui me raconte « Il est lumineux cet enfant, mais épuisé. Il tousse, il a besoin de dormir. Il tombe dans la cour. » Une autre enseignante qui a dans sa classe de maternelle la petite soeur raconte à son tour : « Elle parle l’allemand, mais très peu le français, elle est arrivée, il y a trois semaines, et déjà elle progresse. On lui apporte des gâteaux le matin, on voit qu’elle a dormi dehors. Elle a parfois les cheveux tout emmêlés. »

Le directeur de l’école apporte les pains au chocolat et a alerté la mairie de la situation. Les enseignantes ont lavé le linge. « Ils ont dormi dans un hôtel sale, ils étaient plein de plaques à cause de punaises de lit. » Explique le corps enseignant.

Un post sur Facebook pour tenter de trouver une solution. Chantal Charrade, en charge de la prise en charge des réfugiés à la mairie découvre le post. Elle connaît la situation. « Cette famille a refusé le retour au pays donc le 115 ne leur donne pas d’hébergement. Mais, je vais renvoyer des mails encore. »

Au 115, on me donne le numéro d’une cheffe de service. Elle me rappelle pourtant elle est en repos. Au départ, la discussion est tendue, « nous manquons cruellement de logements, en 2021, on en a ouvert encore 300. Mais, nous priorisons les places pour les plus fragiles. »

« Ben, les enfants, il ny a guère plus fragiles quand même. Et puis, on doit mettre à l’abri sans condition quand même… » retorque-t-on en regardant la neige tomber et en sirotant un thé près du feu.

« Il manque des immeubles, de la place, des associations pour prendre en charge ces hébergements. Le préfet nous a promis qu’il pouvait financer, mais qu’il n’avait pas de lieu. »

Ca nous énerve, on connaît les 10000 appartements vacants, les grands immeubles prêts à être démolis du côté des Vergnes.

Puis, on parle du quotidien de cette famille, qui dort dans le souterrain de la gare et quand parfois elle en est chassée dort dans le square en face, en plein vent.

Notre interlocutrice s’adoucit. « Je ne savais pas qu’ils dormaient dehors. Parfois on nous dit qu’ils n’ont pas de solution, mais souvent ils sont hébergés chez des amis, je pensais que c’était leur cas.« 

Après quelques recherches, elle se rend compte que cela fait au moins 15 jours que cette famille dort dehors, la maraude ne l’a pas signalée. « Ils se cachaient sans doute. »

Notre interlocutrice se rend compte aussi qu’ils appellent régulièrement le 115. « A Clermont, nous hébergeons chaque nuit, 1250 personnes. Pour une vingtaine d’entre eux, nous n’avons aucune solution. Mais, là, oui, avec trois enfants et au vu des conditions dans lesquelles ils dorment depuis plusieurs jours, je vous confirme qu’ils seront pris en charge jusqu’à la fin de la trêve hivernale, à l’hôtel. »

Cri de la victoire, larmes aux yeux. Rien qu’en pensant à l’annonce par le corps enseignant ce soir à la sortie de l’école. « Voilà, vous n’allez pas dormir dehors, ni cette nuit, ni les autres. »

On se rappelle, les associations, Chantal, les enseignants. On a gagné.

Mais, Chantal m’alerte. « Ben je dois te laisser, là, on m’informe d’une femme enceinte de 8 mois et ses 4 enfants qu’on vient de mettre à la rue. Je dois m’occuper du dossier. »

Dehors, il neige, sur Clermont-Ferrand.

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