Mobilisation ce jeudi pour les étudiants étrangers

L’UNEF appelle à la mobilisation ce jeudi à 16 heures devant la préfecture de Clermont-Ferrand pour dénoncer les conditions de vie et de scolarité des étudiants étrangers. Le rassemblement est soutenu par l’intersyndicale, des partis politiques et des associations telles que la CImade ou la Ligue des Droits de l’Homme. Paco, syndicaliste à l’UNEF nous fait un point sur la situation.

Un banc au soleil dans la cour de l’université de Lettres de Clermont-Ferrand. Paco y roule une clope avec un café, en ce mardi matin. Il regarde son téléphone, en attente de réponses sur les chiffres des étudiants étrangers doctorants. « Un étudiant étranger n’a pas la nationalité française, et là on parle des extra-européens, qui eux ont les mêmes droits que les étudiants du territoire. Leur parcours est assez effrayant. Lorsqu’ils décident de venir étudier en France, ils s’inscrivent sur Etudes en France, une plateforme gérée par Campus France. La candidature est payante. Ils doivent ensuite passer des tests de langue, signifier leurs moyens : Ils doivent prouver qu’ils peuvent assurer 615 euros par mois et déposer cette somme sur un compte bancaire. Puis, ils doivent payer leur visa pour venir. Ils doivent aussi avoir un garant en France ou payer à l’avance 3 mois d’hôtel. Il faut donc sacrément des moyens. »

Etudier en France : le prix à payer

Rien que le test de langue coûte 90 euros, un visa 80 euros, une véritable dépense quand on sait par exemple, que le SMIC en Algérie est à peu près de 200 euros mensuels. Mais le parcours du combattant ne s’arrête pas aux contraintes financières. S’ensuivent les démarches administratives, comme l’explique Paco. « Une fois sur le territoire, tu as deux mois pour faire valider ton visa, et tu dois recevoir un récépissé afin de pouvoir circuler librement. Sauf, que la préfecture ne donne quasi plus ce sésame, donc aucune preuve ne subsiste quant aux démarches faites, ce qui amène l’étudiant à vivre en situation irrégulière. Et donc à perdre ses droits étudiants. » Le seul droit dont bénéficient les étudiants étrangers est l’obtention des APL pour couvrir un peu de leur loyer. « Et si, le récépissé arrive, souvent avec 6 mois de retard, rien n’est rétroactif. » poursuit Paco. Ainsi, l’étudiant est souvent sans-papier, il ne peut plus travailler ni faire de stage. Certains ne peuvent même pas passer leur examen. « A l’UNEF on a gagné sur 2 dossiers au Tribunal Administratif, mais la préfecture n’a pas pris en compte la décision juridique. »

A Clermont-Ferrand, où étudient 40 mille personnes, 5500 sont étrangers. « Et ils participent grandement au rayonnement universitaire de notre pays. On dénombre de nombreux chercheurs notamment dans les laboratoires scientifiques. » L’UNEF, avec la complicité de l’université a fait passer un questionnaire. Plus de 150 étudiants ont répondu ne pas avoir les papiers et donc les conditions de vie pour étudier tranquillement, 20 jeunes ont même reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français. « Et encore, ces chiffres sont très en-dessous de la réalité puisque nous avons les réponse uniquement de ceux qui osent, d’autres ont peur de dire leur situation irrégulière. »

Détresse psychologique et conditions de vie déplorables

La période Covid a augmenté la précarité de 12,3 % chez les étudiants français, et de 46,3 % chez les étudiants étrangers selon l’UNEF. « Plus de 46% des étudiants étrangers sont en détresse psychologique d’après nos études. » Rajoute Paco. « Là où un étudiant français risque une amende parce qu’il ne respecte pas le couvre-feu, un étudiant étranger risque le centre de rétention. » des situations improbables ont d’ailleurs eu lieu ces derniers temps sur Clermont-ferrand : Un jeune étudiant s’est vu notifier d’un contrôle d’identité chez lui, au 5eme étage d’un immeuble. Un autre a été mis en centre de détention alors qu’il dormait dans sa voiture. « Entre septembre et décembre, nous voyons débarquer des centaines d’étudiants étrangers avec leur valise car pour eux c’est plus compliqué de trouver un logement. Alors ils dorment dehors. »

Aussi, l’UNEF revendique le fait que la carte étudiante soit considérée comme titre de séjour, que le système de bourse soit ouvert à tous, qu’il y ait maintien des APL lors des retards ou oublis de la préfecture, et que le titre de séjour soit pluriannuel, au moins le temps complet des études. « Il faut aussi plus de moyens dans les préfectures pour faire face aux demandes. »

Une fac pour riches

Malgré ces conditions difficiles, les étudiants étrangers réussissent souvent leurs études. « Ils viennent ici pour découvrir une autre culture, comme lorsque nous européens nous partons étudier au Canada. Pourquoi n’auraient-ils pas les mêmes droits? » interroge Paco pour qui la stratégie gouvernementale est d’accueillir seulement les étudiants les plus riches. « Tout a été mis en place pour trier à la richesse. Avant, la fac était un service public, ouvert à tous. Aujourd’hui, ce n’est plus ça. Pas seulement pour les étudiants étrangers d’ailleurs, mais eux sont les premiers à en être les victimes. »

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