Avant, ici, des milliers de personnes venaient voir des être humains se faire massacrer. Le pouce levé, le pouce baissé en guise de décision à la mort.
Les enfants n’en reviennent pas de cette cruauté, demandant si quand même, on avait le droit de se cacher les yeux. On leur a montré le célèbre film. Et parfois, alors que le sang gicle, et les corps sont coupés en deux, on faisait des grimaces et on détournait le regard.
« Ils étaient fous les romains… ». « Des barbares. »
Mort en direct
20 siècles plus tard, les gens paient pour regarder sur Internet un humain se faire martyriser, frapper par d’autres humains. Tout ça dans la bonne ambiance, le rire jamais loin des agresseurs, véritables stars des réseaux.
Puis, cet humain est mort. En direct. Sous les yeux incrédules des spectateurs. Tous les pouces levés finalement, depuis trop longtemps.
Gladiateur des temps modernes que cette victime ? Pas vraiment, les gladiateurs étaient au 1er siècle, des personnes qui avaient perdu leurs droits civiques. Certains étaient esclaves, d’autres des condamnés, repris de justice. Parfois aussi, des hommes décidaient de devenir gladiateur. Car finalement, certains sombraient dans l’héroisme. Des femmes venaient les voir s’entraîner, les hommes les admiraient.
Les héros de leur époque
On prenait soin à cette époque des gladiateurs. Des médecins, des masseurs, des cuisiniers veillaient à leur bonne santé, à panser leurs blessures post-combat.
Car, en vrai, les gladiateurs se produisaient seulement 2 à 3 fois par an, et avaient 9 chances sur 10 de revenir vivants selon les écrits de l’époque.
Si un homme était blessé gravement, alors on pouvait procéder à sa mise à mort afin d’abréger ses souffrances, d’un coup de couteau dans le cœur.
Alors, ne sommes-nous pas pires que cette civilisation ? Avons-nous perdu notre cœur et notre empathie au point de regarder jour après jour un homme se faire harceler, frapper, ridiculiser ? Peut-on imaginer une seule seconde un consentement de sa part ?
Ne sommes-nous pas revenus à une forme d’esclavagisme où les plus faibles amusent les plus forts ?
Société contemporaine
Notre société a perdu le sens du beau, du partage, du spectacle…
Désormais, on se retrouve dans sa chambre, devant son ordinateur, à regarder mourir un homme, aussi perdu soit-il.
On se retrouve sur le fil Télégram à recevoir des vidéos violentes, à tel point qu’un jour les images d’un professeur poursuivi dans une cour par une jeune homme armé d’un couteau, ne choque plus les jeunes. « On a vu tellement pire. » Souffleront-ils ce jour-là.
La violence des réseaux, des gens qui se bloquent au lieu de se dire qu’ils ne s’aiment plus. La violence des relations où l’autre n’est qu’un objet de consommation utile et agréable, sur l’instant.
Nous nous sommes perdus, il s’agit là d’une évidence. Nous nous sommes perdus de vue.
L’être humain ne devrait pas être fait pour ça. Pour tuer. Pour s’amuser d’un autre.
Appauvrissement culturel
Si la colère est saine, la haine et le mépris le sont beaucoup moins.
Et depuis des jours, on polémique sur la plateforme, on polémique sur les responsabilités.
Mais, de la mort de cet homme, nous le sommes toutes et tous. Responsables de cette société en dérive. Responsables d’avoir laissé plus de place au buzz qu’à la vie.
L’appauvrissement culturel de notre société n’est plus à démontrer, rien qu’à voir les titres des journaux télévisés, les débats politiques et les émissions à la télé. lL paraît que désormais on peut se marier au premier regard. Désormais, on filme deux femmes se détester pour obtenir l’amour d’un agriculteur esseulé.
A l’époque des Gladiateurs, la violence était inouïe, avec des guerres sans fin et des Empereurs sanguins.
Guerres sans fin et empereur souverain
Mais, quand on regarde aujourd’hui, l’état du monde, les guerres sans fin et les empereurs sanguins ont subsisté. A leur place.
Cet été, nous sommes allés voir le Colisée, une des merveilles du monde. Impressionnante. Les bâtisseurs ont fait un sacré boulot. A l’intérieur, des spectacles et des drames s’y sont succédé. Des milliers de visiteurs se ruent chaque année dans cet endroit après avoir jeté leur pièce dans la fontaine de Trévi.
On y raconte les stigmates d’un autre temps. Une autre culture. Une autre époque. On prend cela de haut, avec nos 2000 ans de plus.
Et pourtant, en ce mois d’août 2025, un homme est mort en direct après avoir été frappé et harcelé pendant des semaines et des mois sous le regard amusé des spectateurs qui payaient pour ça, seuls devant leur écran….
2000 ans n’ont pas suffi.