« Sauve qui peut le court métrage » sauve son festival cinématographique en le mettant en ligne.

L'association Sauve qui peut le court métrage organise son festival international cinématographique du vendredi 29 Janvier au samedi 6 Février. La 43ème édition du plus grand festival mondial de court-métrage sera diffusé en ligne sur leur site en raison des causes sanitaires.

L’idée de créer une semaine dédiée au court-métrage est née en 1979, par des étudiants de la fac de lettre de Clermont-Ferrand qui souhaitaient organiser une manifestation permettant l’accès à de nombreux court-métrages. « Ils étaient allés à un festival mais trouvaient qu’ils n’y avait pas assez de films proposés » explique Laura Thomasset, chargée de communication du festival. « En 1981, ils créent l’association Sauve qui peut le court-métrage pour organiser une semaine chaque année de diffusion de films. Ils ne se doutaient pas que ça prendrait une telle ampleur ! » poursuit-elle. Les compétitions entre productions cinématographiques n’arriveront que plus tard, en 1982. D’abord nationales, les compétitions s’élargiront ensuite au niveau international. Le labo sera aussi une compétition crée en 2002, « qui regroupe des filmes qui sortent des sentiers-battus. On a des plasticiens, des musiciens qui créent un court-métrage original, dans le fond ou dans la forme. Ils sortent des conventions habituelles du cinéma. » Aujourd’hui, le festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand, en terme d’audience et de présence professionnelle, est le deuxième festival de cinéma en France après Cannes. L’édition 2020 a enregistré 172 566 entrées et accueilli plus de 3600 professionnels.

Alors que le festival est maintenant habitué à accueillir énormément de téléspectateurs, venus du monde entier, l’édition de cette année prend un tournant peu commun. En pleine crise sanitaire, il devra effectivement se tenir en ligne. « Ce qui était bizarre, c’est que l’année dernière nous avons eu la chance d’accueillir beaucoup de monde, et que trois semaines après, nous étions tous confinés chacun de notre côté » décrit Laura. Le festival avait d’abord été envisagé en hybride, donc à la fois en ligne et en présentiel. Mais les annonces du gouvernement ont balayé ces espérances. « On voyait que ça allait être compliqué mais on avait quand même prévu des séances au Rio et dans la salle Jean Cocteau, remplies à 50% » expose la chargée de communication. « On est évidemment déçus mais je pense qu’on a été moins déconcertés que d’autres évènements qui ont dû être annulés. On avait quand même prévu cette possibilité », poursuit-elle. Elle nous rappelle aussi que l’ambiance sera très différente, puisque le festival de Clermont-Ferrand est aussi connu pour son côté festif et accessible à tous les publics : « On a un monde incroyable d’habitude, avec des agriculteurs, des étudiants, des producteurs, réalisateurs, là ça va faire vide. On a aussi souvent des concerts et fanfares devant les salles de cinéma. Cette fois, on ne pourra pas manger de truffade et boire un verre tous ensemble jusqu’à deux heures du matin » évoque Laura, se rappelant des années précédentes. Les réalisateurs sont aussi déçus : « Les droits des films appartiennent au producteurs mais les réalisateurs sont désespérés, puisque depuis 1 an, ils voient leurs créations être diffusées sur des ordinateurs plutôt que sur grand écran. C’est frustrant pour eux. »
Pour ce qui est des téléspectateurs, difficile d’établir un pronostic. 172 000 tickets d’entrées ont été vendus l’année dernière, mais cette fois-ci ce sera différent : « L’achat des pass donne accès à toute la programmation, soit environ 43 tickets. Donc même s’ils achètent le pass, les téléspectateurs ne regarderont sûrement pas toutes les séances » explique Laura. Compter les entrées sera donc déjà plus complexe. Quant à l’audience, sera-t-elle à la baisse à cause de la Covid et de la réticence à assister à un festival en distanciel ? Ou au contraire, cela permettra-t-il à de nombreuses personnes éloignées géographiquement d’assister à un évènement auquel ils n’auraient pas pu participer sans sa mise en ligne ? « C’est le grand suspens de cette édition » conclut Laura. Hier matin, 2 200 pass avaient d’ors et déjà été achetés.

Mais comment s’est adapté le festival à cette distanciation obligée ? Malgré le fait que les thèmes choisis au départ ont été reportés à 2022, la bande annonce du festival transmet un message d’espoir. Plusieurs extraits de court-métrages de la programmation y sont présentés. « On traverse toutes les émotions, au départ c’est lent et mélancolique, triste même. Puis tout s’accélère et on retrouve du positif et de l’énergie, avec un message pour dire qu’après cette période, on pourra enfin revivre » décrit la chargée de communication. Il y aura en tout 212 films. Mais 153 d’entre-deux ont été sélectionnés pour participer aux trois compétitions du festival cinématographique : 78 court-métrages seront en concurrence au niveau international, 51 au niveau national et 26 pour le labo. Pour chaque compétition, un jury professionnel et un jury étudiant, soit 6 en tout. Il y aura aussi le prix du public, qui sera donc voté par les téléspectateurs. Ces concours seront récompensés par des prix nommés les « Vercingétorix » :« Ce seront le Grand Prix pour la première place, le Prix spécial pour la seconde et enfin le prix du public pour la troisième » expose Laura. Les jurys seront les seuls à pouvoir assister aux séances devant un grand écran, étant six dans une salle. « On voyait mal comment des juges qui ne se connaissent pas pouvaient délibérer par zoom. C’est aussi important qu’ils visionnent les créations sur grand écran, surtout pour le réalisateur. »
Pour remplacer les débats et rencontres en présentiels, l’association Sauve qui peu le court-métrage a donc décidé d’interviewer les réalisateurs avant la diffusion du court-métrage, où ils parlent de la genèse de leurs production. « Des rencontres seront aussi organisées en ligne, notamment avec Jean-Marc Vallée, grand réalisateur canadien. D’autres rencontres seront aussi en anglais, notamment celles qui concernent les films présentés en labo » présente Laura. Des vidéos tutoriels ont été réalisées pour remplacer les ateliers de cinémas, où on apprenait à filmer, gérer le son, etc. Enfin, le marché du film court sera tout de même mis en place : ce sont des rencontres entre réalisateurs et producteurs pour permettre d’établir un contact entre ceux qui ont pleins de projets et ceux qui peuvent les financer. « On a déjà eu Netflix qui est venu une fois, mais aussi des boîtes de production indienne par exemple. Cette année 26 nationalités seront représentées ! » termine Laura. Ce dernier se déroulera du 1er au 06 février.

Dès la clôture de cette 43e édition, une nouvelle programmation palmarès permettra aux festivaliers connectés de profiter une semaine supplémentaire des films fraîchement primés, jusqu’au samedi 13 février. Le pass coûte 12 euros pour avoir accès à toute la programmation. « Seule contrainte : On ne peut visionner qu’une fois chaque film ! Donc si vous avez adoré un court-métrage, vous ne pourrez pas le remontrer à des amis. » conclut Laura.

Un article de Harlem Kinzonzi et Laura Massip

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