Tout part d’un constat : les sportifs portent toujours les mêmes marques internationales, dont les vêtements font des milliers de kilomètres avant d’arriver entre leurs mains.
Nicolas Valentin a 24 ans. Lui-même sportif (saut à la perche) puis entraineur, il discute un jour avec ses athlètes en fin de séance. « On a parlé de la dernière chaussure de sport sortie et j’ai pensé qu’en France, il n’y avait pas vraiment les produits qui correspondaient à mes valeurs », explique le jeune homme. Le dimanche suivant, à la télé, il voit un documentaire sur les conditions des travailleurs du textile. C’en est trop. Dans sa tête, une idée germe.
Le Colibri Frenchy
Son idée, c’est une marque de vêtements de sport plus éthiques. Mardi, on est partis à la rencontre de Nicolas qui a investi des petits bureaux à Clermont il y a peu. On lui demande comment il décrirait ses vêtements et sa marque. « 100% made in France, écologique et solidaire », répond l’ancien étudiant de STAPS.
« Lorsque j’étais étudiant en sport, je me suis rendu compte que les vêtements de tous les athlètes proviennent de grandes marques industrielles, qui ne respectent pas forcément les conditions de travail, qui réalisent des milliers de kilomètres avant d’arriver en magasins et parfois nous font payer plus la marque que vraiment la qualité du produit », explique ce dernier sur le site du Colibri.
Alors avec son expérience dans le sport mais surtout son engagement et sa détermination chevillés au corps, Nicolas enchaine les démarchages. Mais au début, pas facile facile. « Pour faire du made in France, c’est compliqué de trouver des usines. Surtout, on m’a beaucoup claqué la porte parce que j’étais un jeune ». Mais heureusement, des partenaires ont bien voulu lui faire confiance. En 2020, Le Colibri Frenchy était né.
Le sport écolo
L’objectif : créer des vêtements à faible impact environnemental. Les tee-shirts du Colibri sont fabriqués à partir de bouteilles plastiques recyclées. Il en faut 12 pour faire un tee-shirt. Nicolas nous explique qu’il a choisi cette matière car elle est plus homogène une fois traitée que les déchets marins, moins confortables pour un vêtement sportif. Les packagings sont également réalisés en matières recyclées.
100% made in France
« Pour la fabrication des vêtements, 80% des usines sont sur la région AURA, 20% dans le Limousin et dans les Pays-de-la-Loire », indique Nicolas. Pour résumer, un tee-shirt du Colibri réalise autour de 900km avant d’arriver chez vous. Significatif lorsque l’on sait qu’un tee-shirt classique parcours plutôt de 40 000km soit l’équivalent d’un tour de la terre. Le procédé de fabrication des tee-shirts du Colibri réduit de 66% la consommation d’énergie, de 50% celle de l’eau et de 34% l’émission de gaz à effet de serre, en comparaison à du fil de polyester classique.
Une marque solidaire
« On travaille avec un ESAT et une entreprise adaptée, ce qui permet d’insérer des personnes en situation de handicap », souligne Nicolas. À l’ESAT de Romagnat par exemple, des personnes porteuses d’un handicap cognitif, on envoie les commandes et les accessoires. Dans les entreprises spécialisées, ce sont plutôt des personnes atteintes de handicaps physiques qui travaillent à la fabrication des accessoires de sport.
Création participative
Enfin, le Colibri a souhaité se positionner comme une entreprise ouverte et collective. Lorsqu’on arrive au bureau, on rencontre Guillaume, jeune stagiaire en 3ème année de STAPS. Il suit la marque depuis ses débuts, notamment en participant aux shootings photo comme mannequin pour présenter les produits.
Au début, Nicolas organise « Les run du Colibri » pour tester directement ses vêtements avec les sportifs. Depuis, c’est une consultation permanente qui s’est mise en place pour répondre au mieux aux besoins des utilisateurs.


À gauche, Nicolas le fondateur de la marque (C : m.photoos) et à droite, Guillaume, stagiaire.
Le sport avant tout
Au centre de la marque, des valeurs donc. Une esthétique aussi. « C’est l’élégance à la française. La plupart des tee-shirt de sport sont sobres et pas forcément très recherchés, nous, on veut mettre de la couleur », lance fièrement Nicolas.
Pour l’heure, le Colibri a déjà sorti plusieurs produits comme des chaussettes, plusieurs tee-shirts des sweats et combinaisons de sport. Mais le produit phare de la marque, c’est l’Auvergnat qui retrace les lignes de nos volcans.
Mais au-delà de tout cet aspect, c’est le sport qui prime. « On est partis sur une coupe particulière pour s’adapter à l’effort. Les vêtements sont développés pour être hyper confort. Par exemple, les coutures sont spécifiques pour éviter l’irritation pendant l’effort et il n’y a pas d’étiquettes ». Le jeune créateur utilise aussi la méthode de la sublimation (encre directement imprimée dans le tee-shirt) au lieu du flocage ou de la sérigraphie pour éviter une perte de qualité.
« À cause du Covid, on a sorti notre premier manches courtes un 22 décembre, les usines ne faisaient plus que des masques », s’amuse Nicolas. Une mésaventure qui leur a peut-être porté chance. Depuis, la marque enchaine les partenariats avec de grands évènements sportifs comme l’Event Trail de Royat, le Grand Raid des Pyrénées, l’Ultra Marin, le Grands Trails d’Auvergne ou le VVX de Volvic. « Sur les courses, les gens viennent beaucoup discuter pour connaître le produit », se réjouit l’entrepreneur.
Agir à son échelle
Notre dernière question : « pourquoi ce nom et ce logo ? ». Nicolas explique que le colibri est un petit oiseau alliant rapidité, élégance et performance, comme ses vêtements. Surtout, c’est un clin d’œil à la légende du colibri. L’animal s’adapte à tous les terrains, ce qui fait de lui le parfait symbole du monde du sport. Vous connaissez l’histoire de l’incendie dans la forêt? Le colibri prend une goutte d’eau dans son bec et enchaine les aller-retours pour stopper le feu. « Nous aussi, on agit à notre échelle, selon nos compétences », conclue Nicolas.
La suite pour le Colibri, c’est l’extension de la gamme de produits, la formation d’alternants et la sortie d’un prochain produit porteur d’une toute nouvelle technologie.