Mega-bassines, la question de l’accaparement de l’eau

Le 11 mai, différentes associations organisent une rando festive, dès 9 heures, à Billom, dans le Puy-de-Dôme afin de dénoncer la construction d'une méga-bassine en plein coeur de la Limagne.

Le mouvement pour la défense de l’eau s’organise en ce mois de mai, afin d’alerter sur la construction de méga-bassines en Auvergne. L’eau est un bien commun. Or, 36 exploitants, dont la majorité travaille pour Limagrain, se sont associés afin de mettre en place la construction d’une méga-bassine de plus de 15 hectares du côté de Bouzel. Une autre est à l’étude, mais pour l’instant, le projet de cette dernière est arrêté.

C’est quoi une méga-bassine ?

Les méga-bassines sont de grosses réserves d’eau qui serviraient ici à arroser le maïs semence. « C’est ce qui nous dérange. » Commence un militant de Bassines Non Merci 63. « Le maïs semence est voué à partir à l’étranger, notamment en Amérique du Sud. Avec le changement climatique, continuer à produire des plantes qui demandent autant d’eau, c’est une bêtise. »

Argent public pour 36 exploitants

Pour mettre en place ce projet, la région a subventionné à hauteur de 115 200 euros la réalisation de l’étude de faisabilité. Elle a donc pris en charge la moitié du coût.

17 500 000 euros sont pris en charge pour la construction des méga-bassines par les fonds publics, ce qui représente 55 à 70 % du coût total du projet. « En gros, l’Etat, et donc nos impôts serviront à financer le projet de 36 paysans. » enrage l’un des militants.

Autre problématique, l’eau sera pompée dans l’Allier. « On sait déjà qu’on connaît des sécheresses hivernales. Cette eau elle est utile à l’écosystème. »

Car, les bénéficiaires de ces méga-bassines ne pourront puiser l’eau que de novembre à mars, lorsque le débit dépasse 47 M3. « C’est impossible au vu du changement climatique, les bassines ne seront jamais pleines. Alors, ils pourront demander des dérogations pour puiser quand même. »

Une eau privatisée …

La méga-bassine sera installée sur d’actuelles zones agricoles. « On perd des champs, des lieux d’exploitations, mais les bassines ça ne se mange pas contrairement aux produits que l’on pourrait faire pousser à cet endroit. »

Le combat contre les méga-bassines s’attaque plus globalement au modèle agricole qui, pour les militants, va droit dans le mur. « Tout ça ce sont des solutions à court-terme. Mais, il devient urgent de revenir à une agriculture non-intensive. Il faut désormais travailler avec des plantes moins consommatrices d’eau. Le maïs semence a besoin d’eau en juillet, aout, septembre. C’est une hérésie. »

Changer le modèle agricole

Les associations n’ont pas encore pu rencontrer les 36 agriculteurs. « Certaines réunions ont eu lieu mais seulement avec les élus, nous n’avons pas pu y assister. »

La mode des méga-bassines atteint la France notamment en réponse à la colère des agriculteurs. « Le gouvernement a trouvé ça comme solution pour calmer les exploitants. Mais, regardons autour de nous, de nombreux pays font marche arrière. Et pourquoi l’eau se ferait accaparer par une poignée d’humains. L’eau appartient à tous. Pour quelques gros exploitants qui travaillent pour des multinationales, nous devrions accepter de voir l’écosystème se dégrader, manquer d’eau. Nous ne sommes pas d’accord, l’eau est un bien commun auquel il faut faire attention et que nous devons partager. Il n’est plus l’heure de gaspiller. »

2,3 millions de m3 pompés dans l’Allier

Or, les méga-bassines seraient alimentées par pompage dans l’Allier (2,3 millions de m3 nécessaires) et devraient desservir 800 hectares de terres pour l’instant non irriguées. L’eau pompée équivaut à la consommation annuelle de 42.600 personnes.

Dans les méga-bassines, 20 % de l’eau s’évaporent, soit pour celle qui nous préoccupe en Auvergne, 200 mille m3 par an. En France, 30 % des espèces d’oiseaux perdent leur habitat naturel à cause de l’agriculture intensive et doivent s’adapter voire sont en voie de disparition.

Des collectifs en lutte

La méga-bassine devrait voir le jour fin 2026. Mais, BNM 63, collectif créé pour lutter contre les mega-bassines, Extinction Rebellion, La Confédération paysanne, les Faucheurs Volontaires, les soulèvements de la terre s’associent pour lutter contre son implantation. « On verra les recours juridiques possibles. En attendant, on organise cette rando festive pour faire de la pédagogie. Expliquer pourquoi ces méga-bassines ne doivent pas exister. »

Pur plus d’informations, rendez-vous sur le facebook et l’Instagram de bassinesnonmerci63

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1 réflexion sur “Mega-bassines, la question de l’accaparement de l’eau”

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