My Girl’s Street : « 100% des femmes ont subi le harcèlement de rue »

Une association née en mars 2019, à Clermont-Ferrand, a réalisé ces dernières semaines une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux afin de dénoncer le harcèlement de rue, en photos. Nous avons rencontré Caroline, la fondatrice et présidente.

Look à la Amy Winehouse, Caroline, souriante, boit son café sereinement. Cela n’a pas toujours été le cas. « Je ne me sens pas toujours en sécurité dans la rue. Bon, la journée ça va, mais le soir, je fais même attention à la façon dont je m’habille. Je n’ai pas la liberté de m’habiller ni même de circuler librement à cause du harcèlement de rue. » C’est après une fois de trop, une homme qui siffle, une remarque déplacée sur sa jupe, son décolleté, sa façon de marcher, que Caroline se plaint auprès de deux de ses amies et ensemble elles créent l’association « My Girl’s Street ». « Notre première idée a été de proposer des cours de self-défense gratuits aux femmes. Nous avons reçu une subvention de la mairie qui nous a permis de les mettre en place avec l’association Mouvement de Soi, rue Blatin. » Très rapidement, le cours intéresse de nombreuses femmes. Malheureusement le Covid passe par là et casse un peu la dynamique. Il en va de même pour les cafés-débats dont le premier a été organisé au café des Augustes. « Comment aborder les femmes sans être lourd? » Une thématique à destination des hommes. « Nous intervenons aussi sur le sexisme dans les milieux scolaires. » explique Caroline qui triture son sifflet anti-viol accroché à son porte-clef. « Je l’ai toujours avec moi, c’est une alarme qui a tendance à faire fuir le gros lourd, et à avertir autour de soi. » L’association en a distribué plus de 80 en quelques mois.

Campagne sur le harcèlement de rue organisée par My girl’s street

Le but de My Street Girl est d’apprendre aux femmes à se défendre, « C’est hyper triste de devoir dire ça, mais nous sommes dans une société où la femme doit encore se protéger de son homologue masculin. » Mais aussi de faire prendre conscience aux hommes que la femme n’est pas un objet. « Siffler une femme c’est irrespectueux… » Caroline a donc trouvé ses techniques pour éviter d’être confrontée au harcèlement de rue. « La journée, il m’arrive de répondre, mais la nuit, j’ai vraiment peur donc je marche vite ou je fais croire que je suis au téléphone. » L’association s’est rapprochée de différents collectifs comme celui des Colleuses (Vous pouvez voir de nombreux collages anti-féminicides dans de nombreux endroits clermontois), Nous Toutes ou Osez le Féminisme. « Samedi, nous avons participé à la manifestation Je Te Crois organisée par le collectif Soeurcières de Caen. Vingt femmes sont venues témoigner avec une pancarte de leur viol, en silence, place de Jaude. C’était très émouvant. Même si notre cœur d’action est vraiment le harcèlement de rue, nous n’hésitons pas à rallier les causes féministes dans leur ensemble. »

Le débat est d’autant plus ouvert avec la polémique sur la tenue républicaine dans les établissements scolaires. « Je trouve dingue que l’on dise à une femme comment elle doit s’habiller sans éduquer les hommes à respecter la liberté de la femme. » Selon Caroline, depuis le discours du ministre de l’Education Nationale, certains professeurs en profitent pour humilier la gent féminine. « Des enseignants n’hésitent pas à dire que certaines tenues déconcentrent les camarades. » Et cela commence très tôt. « Mon fils avait une comptine toute mignonne à apprendre, mais ça parlait de la maîtresse toute jolie. Il faut vraiment déconstruire tout ça dès l’enfance, en luttant contre les jouets genrés, les stéréotypes du style un garçon qui danse n’est pas un homme… »

Pourtant, caroline le reconnaît, la nouvelle génération a l’air plus à l’aise avec ces questions. « Le féminisme devient un peu à la mode. » Mais, politiquement,i l reste de grands pas à faire. « On nous dit qu’un budget est dédié à l’éducation contre le sexisme. Sauf que je ne sais pas où il passe…Alors, c’est sûr, on devient un peu hargneuses dans nos combats…Mais ça fait tellement longtemps que ça dure…Car il faut quand même retenir un seul chiffre : 100% des femmes ont subi le harcèlement de rue…« 

L’association a de nouveaux projets, en plus de continuer à mettre chaque semaine sur les réseaux une photo d’une victime de harcèlement de rue. Elle espère notamment rapidement travailler sur la sensibilisation auprès des tenanciers de bar, en faisant signer une charte  » Bar sans relou ».

crédit photo : Amandine Baudet

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À propos de cet article

Publié le 28 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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