Il est 18h place de Jaude. À cette heure-ci, partout dans le monde, dans les villes ou les villages des rassemblements ont eu lieu. D’autres ne se sont pas encore formés. Le 28 septembre, c’est la journée mondiale pour le droit à l’avortement.
Ici, à Clermont-Ferrand, un rassemblement était organisé à 18h à l’initiative du Collectif 8 mars toute l’année. De nombreuses associations féministes étaient présentes ainsi que des syndicats, des étudiants et d’autres personnes tout simplement venues défendre ce droit.

Le droit le plus fondamental
Le 28 septembre est une journée qui rappelle qu’existent encore dans le monde de trop nombreuses disparités. Aujourd’hui, une vingtaine de pays interdisent totalement l’avortement.
Au Texas, une loi l’interdit après six semaines de grossesse depuis le 1er septembre. La plupart du temps, les femmes ignorent encore qu’elles sont enceintes. La loi ne prévoit pas d’exception en cas d’inceste ou de viol. Les Texans peuvent même dénoncer les patientes et les médecins qui pratiquent l’IVG après ce délai. En Pologne aussi elle est quasiment interdite depuis le 27 janvier 2021. Désormais, les femmes ne peuvent avorter que quand la vie de la mère est en danger ou quand la grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste.
Des lois qui bien souvent ne laissent pas d’autres initiatives que l’avortement clandestin. Dans le monde, une femme meurt toutes les neuf minutes des suites de cette pratique, soit 160 par jour.
En France, continuer à se battre
Ces chiffres ne sont pas les mêmes en France. Pourtant, de nombreuses difficultés persistent pour les femmes souhaitant avoir recours à l’avortement.
« Simone s’est battue pour qu’on l’ait. L’IVG, c’est le droit le plus fondamental et même s’il est autorisé en France, il n’est toujours pas inscrit dans la constitution », constate Gaëlle du Collectif Nous Toutes 63.
Si les associations se battent pour l’inscription de ce droit dans la Constitution, elles condamnent également la culpabilisation des femmes et les obstacles trop nombreux, notamment pour les plus précaires, celles sans papiers, en manque d’information ou qui ne peuvent pas parcourir tous les kilomètres nécessaires.
Le 2 août 2021, la loi bioéthique a supprimé le délai de réflexion d’une semaine et la clause de conscience des professionnels pour les grossesses mettant en danger la santé de la femme. Pour les associations, ce n’est qu’une étape et le chemin est encore long vers la libre disposition de leur corps par les femmes. Aujourd’hui, les médecins peuvent encore invoquer la « clause de conscience » pour ne pas pratiquer les IVG, les femmes ne peuvent pas choisir la méthode d’IVG et le respect de la confidentialité pour les mineures n’est pas systématique. « Quand une maternité ferme, c’est aussi un centre d’IVG qui disparaît », ajoute Gaëlle.
Une lutte qui rassemble
Sur les pavés de la place de Jaude, plus d’une centaine de personnes. Des gens de tous âges et de tous horizons sont venus, preuve d’une lutte qui rassemble. « C’est quelque chose qui nous tient à cœur. Il y a encore des médecins qui refusent de pratiquer l’avortement alors que c’est une opération comme une autre, ils ne devraient pas avoir leur mot à dire », confie Élyne, étudiante. « Certains refusent même de délivrer des contraceptions ! Ce sont des droits acquis mais maintenant, il faut les garder », complète son ami Enzo.
Certaines n’en sont pas à leur première manif. En collectif informel, plusieurs femmes composent la « chorale féministe ». Au milieu de la foule, elles entonnent des chants chargés de sens comme l’Hymne des femmes ou la chanson des Penn Sardin, poissonnières en luttes au début du XXème siècle. « On fait souvent des manifestations alors on a décidé de chanter dans l’espace public. Aujourd’hui, c’était important d’être là », nous explique une chanteuse.


Investir la rue
Plus d’une centaine de personnes donc et tout autant de drapeaux, de pancartes et de slogans. Celui d’Anne Corny, artiste locale, est dans les mains de Gaëlle : « Plus jamais ça ! ». Cette dernière l’expose notamment à la librairie des Volcans jusqu’au 30 septembre. De la place de Jaude à la Place de la Victoire, aux côtés de la militante de Nous Toutes et du Collectif 8 mars toute l’année, bien d’autres associations sont venues faire entendre leur voix. Osez le féminisme, le planning familial, Attac 63 ou la Ligue des Droits de l’Homme. Tout autant d’acteurs venus soutenir un droit fondamental en cette journée mondiale alors que dans sa vie, 1 femme sur 3 aura recours à l’IVG.


