Entretien avec le CIDFF : « Qu’elle soit à Clermont-Ferrand ou en Iran, c’est ma sœur parce que c’est une femme ! »

Depuis ses locaux rue des Hauts de Chanturgue à Croix-de-Neyrat ou sur le terrain, le Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles du Puy-de-Dôme accompagne plus de 5000 personnes chaque année. Alors que de nombreuses organisations engagées pour les droits des femmes subissent un manque de moyens important, nous avons abordé avec plusieurs membres de l’association leur importance et leurs différentes formes d'actions.

Le CIDFF ou Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles est une association de 50 ans. Sa mission : favoriser l’autonomie personnelle, professionnelle et sociale des femmes tout en promouvant l’égalité. Ce combat, il est pluridisciplinaire et transversal avec des actions en matière d’accès aux droits, de lutte contre les discriminations, contre les violences sexistes et sexuelles, pour l’emploi, la formation professionnelle, la création d’entreprise, le soutien à la parentalité, dans la vie familiale, la sexualité, le numérique… Sans oublier des ateliers d’accompagnement psychologique et de la sensibilisation en entreprise.

« Informer, orienter, accompagner. », ça résume bien le CIDFF selon Nathalie Nolot Curien, sa Présidente. Dans les locaux de la branche 63 de l’association, 17 salariés sont là chaque jour. L’an dernier, 2680 personnes ont été sensibilisées et près de 3000 femmes ont pu être accompagnées grâce entre autres aux échanges, au sport, à la sophrologie, à l’action veuvage ou aux accompagnements sur la parentalité. « Ici, il n’y a pas de discrimination. On aide la femme. Toutes les femmes. Tous les âges. On a inauguré un bus le 8 mars qui nous permet de nous déplacer dans les zones rurales aussi. Ça donne du sens à ce que l’on fait.  On a la chance d’avoir un maillage très important sur le territoire. », indique Nathalie Nolot Curien.

«Les femmes que nous aidons peuvent avoir différents parcours. Je suis mère de 4 enfants, j’ai été femme et mère, je n’avais pas cherché d’emploi. Ça peut être un cas comme ça. Mais c’est aussi les violences, le harcèlement, les changements de vie, les questions de santé… en gros, la vulnérabilité et la précarité. », poursuit Nadine Baron, Directrice du CIDFF.

« On enveloppe les femmes »

« Notre spécificité, c’est la synergie qui se crée autour de la personne qui frappe à notre porte.  Elle peut venir pout parler d’un projet d’emploi et par ce biais, on tire une pelote de laine, on voit ce qu’il y a derrière. On accompagne la libération de la parole. C’est en cela qu’on n’est pas pôle emploi. On enveloppe les femmes. On fait de l’accès aux droits au plus près des femmes. C’est une prise en compte globale. Ici, peu importe la place que l’on occupe, on a toutes le même objectif, celui de sécuriser la femme qui a frappé à notre porte. », ajoute Nathalie.

Le CIDFF 63 a la chance de pouvoir compter sur de nombreux partenaires. Mais comme beaucoup d’autres organismes, son fonctionnement dépend de subventions. Depuis plusieurs mois, les structures de protection des droits des femmes en France font face à un manque cruel de moyen. Certaines pourraient même mettre la clé sous la porte.

Grande cause du quinquennat, vraiment ?

C’est en effet ce que promettait Émannuel Macron en 2017. Puis en 2022.

Pourtant, les structures tirent la langue et certaines pourraient devoir fermer par manque d’argent. Des associations sont contraintes de refuser des femmes dans le besoin et certaines subissent des conditions d’accueil imposées, par les préfectures notamment, comme le révélait Médiapart dans un article mardi.

Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ?

Cinq ans après la première publication du rapport « Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? », la Fondation des femmes, dans un nouveau bilan publié le 25 septembre, dresse un constat alarmant : « En 2023, l’Etat aura dépensé 184,4 millions d’euros pour lutter contre ces violences » mais « les besoins atteignent entre 2,6 milliards et 5,4 milliards d’euros ». Des besoins qui croissent en même temps que la libération de la parole chez les femmes. Pour exposer ces chiffres, la Fondation des femmes a calculé le coût de chaque dispositif, le multipliant par le nombre de bénéficiaires potentielles.

« Le budget moyen par femme victime de violences conjugales est en baisse de 26 %. Cela s’explique par le fait que l’explosion des demandes (+ 83 % de plaintes pour violences conjugales en 5 ans, + 100 % de plaintes pour violences sexuelles en 10 ans) n’a jamais été suivi d’investissements à la hauteur des besoins. », explique également le rapport.

De plus en plus, les organismes doivent varier leurs compétences, gardant leur cœur de métier mais devant faire face à la mise en concurrence. Un constat que partagent les membres du CIDFF63.

Porter un autre regard

Au sein de l’association, on peut compter sur un soutien solide des partenaires. En revanche, le contexte n’est pas le plus propice à un travail efficient et le plus bienveillant possible. Les équipes ont l’impression de devoir se plier aux rythme d’une entreprise, aux exigences de la finance, à la compétitivité. « Il y a une distorsion entre les attentes économiques et notre volonté d’être efficients sans être dans la performance. Il faut une respiration humaine qui soit en adéquation avec l’obligation de résultat. On doit avoir une réflexion là-dessus. », explique Nathalie Nolot Curien. « L’accompagnement humain est un sujet sociétal. », ajoute cette dernière.

« Il y a de gros besoins financiers. On est dans un schéma associatif mais on fait la taille d’une entreprise quand même. Et on est tenus aux subventions, aux marchés publics, à des appels à projet, on doit rendre des comptes donc ! », précise Nadine Baron, Directrice de l’association.

Pour les deux femmes, chaque jour, il faut faire un travail d’équilibriste. « On ne peut pas répondre à une question avec deux entretiens ou en cherchant tout de suite du travail. On en revient à la question des moyens. Ici, avec ces femmes, tout est un rapport au temps. », indique Nadine. « Oui, attention à ne pas créer une sur-violence ! », confirme Nathalie.

Mardi, toute l’équipe était en séminaire à Lyon sur le thème des parcours de sortie de la prostitution. « On a terminé en se demandant quels sont nos moyens. Entre le moment où on établit un constat et l’arrivée des moyens, il s’est passé des années. Le besoin a augmenté. C’est là où est le problème aussi. », insiste Nadine.

L’océan à la petite cuillère

Sur le sujet des violences faites aux femmes et de l’égalité, « où en est la société ? Où en sont les mentalités ? », demande-t-on. « Parfois, on a l’impression de vider l’océan à la petite cuillère. Mais il y a aussi des évolutions positives comme le fait de nommer les choses. Il y a quelques années, on avait du mal avec le terme Violence. Maintenant, on parle de plein de choses. Lorsqu’on nomme les choses de façon exacte, on peut beaucoup mieux les identifier. Mais il faut voir plus loin. Pour les hommes, la première étape, c’est de ne pas avoir de déni des constats. », répond Nathalie Nolot Curien.

Dans sa voix, l’émotion grandit. Ses yeux sont un peu embués. Pour elle, ce combat doit être universel. « Que ma sœur soit en Iran ou à Clermont-Ferrand, c’est ma sœur, parce que c’est une femme. La sororité, c’est ma colonne vertébrale. ».

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