Un Grin de littérature avec Mohamed Mbougar Sarr

C’était il y a presque un mois. Mohamed Mbougar Sarr recevait le prestigieux Prix Goncourt pour son quatrième roman La plus secrète mémoire des hommes. Depuis, son visage et sa voix sont partout, à la télé, dans la presse ou à la radio. La tournée des plateaux et des librairies bat son plein. Nous, on a eu la chance de le croiser au Grin, librairie indépendante et café-média. Il sortait tout juste du train, ce vendredi 26 novembre, à 18h30. C’était la première étape d’un week-end bien chargé à Clermont-Ferrand entre rencontre à la Médiathèque de Jaude pour présenter son livre Silence du Chœur dans le cadre du festival Migrant’scène et dédicaces aux Volcans. 

Il faut se l’avouer, on a lu son dernier livre et on comprend l’engouement. Mais grâce au Grin et ses fascinantes rencontres, on a pu prendre la hype du moment à contre-pied et surtout, prendre le temps d’apprécier les mots de Mohamed Mbougar Sarr dans une ambiance apaisée et intimiste afin de mieux comprendre son processus de création. 

Un roman aux mille facettes

La plus secrète mémoire des hommes est racontée par Diégane Faye, jeune écrivain sénégalais qui vit à Paris. Il part sur les traces d’un mystérieux auteur, T.C. Elimane. Ce dernier a publié en 1938 un chef-d’œuvre, « le Labyrinthe de l’inhumain » qui lui vaut le surnom de « Rimbaud nègre » et qui secoue la critique d’alors. Mais Elimane est vite rattrapé par le scandale suscité par les révélations d’un universitaire qui révèle les nombreux emprunts présents dans son livre. Elimane disparaît des radars. 

Le livre est un roman d’apprentissage qui part en quête d’une oeuvre perdue mais surtout de la littérature et de ce qu’elle est.   C’est aussi la quête de soi. On voyage entre l’Afrique, la France, l’Argentine et Amsterdam. On y croise des femmes, toutes liées à l’écrivain mystérieux. La forme est bluffante. Le roman oscille en permanence entre envolées philosophiques et une narration haletante qui frôle parfois le polar. L’enquête est trépidante et bat au rythme des changements de narrateur. On en sort essoufflés avec l’impression d’avoir traversé un labyrinthe, pas si inhumain. 

Un écrivain sous influences

Les coutumiers reconnaitront son fonctionnement. On invite les autres à le découvrir dès que possible. Les rencontres du Grin, ces « traversées littéraires » fascinent. Le principe consiste à demander en amont à l’invité de citer ses références, littéraires, musicales ou cinématographiques. Derrière les portes de la librairie, à peine trente personnes (ce qui signifie salle comble au Grin) et quelques bougies allumées. C’est parti pour le voyage. « Ce lieu, je le conçois vraiment comme un espace de discussion », annonce l’écrivain. Une théière remplie de petits papiers va servir à briser la glace.

Le premier tirage : « Le devoir de violence ». Ça ne pouvait pas mieux tomber.  C’est ce livre ou plutôt son auteur, Yambo Ouologuem qui a inspiré La plus secrète mémoire des hommes. En 1968, pour son roman, il est le premier africain à recevoir le Prix Renaudot. À total contre-courant de la négritude, son livre suscite la polémique. Ouologuem est lâché par son éditeur et tout le cercle des écrivains africains après des accusations de plagiat. Jusqu’à sa mort, le malien se terrera dans le silence. « Cet écrivain a beaucoup compté pour moi », explique Mohamed.

Tout comme Yandé Codou Sène, chanteuse sénégalaise, véritable gardienne de la mémoire. De sa famille composée de sept garçons dont il est l’ainé à sa passion pour Almodovar, on jongle entre l’histoire et les références. Queen, Djibril Diop Mambéty, Super Diamono ou le cinéma de Tarkovski, l’auteur peint une fresque d’inspirations variées qui prennent souvent sens au regard de son dernier livre. 

Deux heures sont passées comme dix minutes. À la fin de la rencontre, l’écrivain prend le temps des dédicaces. Pour nous, « La plus secrète mémoire des hommes, une quête poétique, où le voyage, j’espère, vaudra la destination ». Sans aucun doute, il la valait.

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