Au Sénat, le texte sur le droit à mourir a été rejeté, cette semaine. Marion s’en ravit. En l’état, le texte dépourvu de son sens, aurait été à contre-sens de la question. « Le Parti socialiste et le parti de Retailleau ont voté contre ce texte, mais pour des raisons diamétralement opposées. »
Un texte retoqué au Sénat
D’abord, il faut bien comprendre qu’il existe 2 textes très distincts, l’un sur les soins palliatifs, l’autre sur le droit à l’assistance pour mourir. « Ce n’est pas un hasard. Il s’agit de tenter de renforcer la question des soins palliatifs pour tenter d’effacer la question du droit de mourir. » Explique la sénatrice.
De retour de l’Assemblée Nationale, le texte sur la fin de vie et le droit d’être accompagné à la mort se résume surtout à l’article 4, qui prévoit les conditions dans l’assistance de fin de vie. « Le débat portait sur la temporalité, par exemple. »
« Rien n’est figé ni simple dans cette question«
Et Marion s’est questionnée, remise en question. « J’ai regardé des vidéos, des témoignages, et je me souviens de cette femme à laquelle on annonce la maladie de Charcot. Elle annonce au début du documentaire qu’elle partira mourir en Belgique dès qu’elle ne pourra plus se laver les dents. Puis, on la revoit quelques mois plus tard, elle ne peut plus se laver les dents, mais elle a trouvé une autre échéance. J’ai compris que rien n’était figé ni simple. »
Mais pour elle, les sénateurs proches de B. Retailleau vont trop loin. « Ils excluent toute possibilité d’assistance à mourir. »
Alors, le texte, cette semaine a été rejeté. « Nous, parce que l’article 4, le plus important a disparu au fil des discussions, et les LR parce qu’ils ne veulent pas entendre parler du droit de mourir. »
Retour à la case départ ?
Le texte doit donc retourner à l’Assemblée Nationale, dans son contenu initial, avec un article 4, et des dispositions très claires sur cette question. « Mais rien n’est joué, puisque ce même texte va revenir en l’état au Sénat. Soit, on retoque ce même texte, soit on prévoit une motion de procédure qui permet de ne pas étudier le texte et laisser la main aux députés. »
Le gouvernement a demandé à ce que soient actées les décisions concernant cette question avant fin mai.
Soins palliatifs, 27 ans de combat
L’autre texte porte sur les soins palliatifs. « En 1999, le premier projet de loi s’intitulait Garantir l’accès aux soins palliatifs, en 2026, le texte porte exactement le même nom ! Pour dire comme on avance ! »
Marion enrage aussi sur cette question. « Nous manquons cruellement de services. 2000 enfants ont accès aux soins palliatifs quand 7500 en auraient besoin. »
En plus de a création de service au sein des hôpitaux, il faut réfléchit au droit de mourir chez soi. « 60 % des français y sont favorables. Mais là encore, je mets des limites. Ce n’est pas simple de retourner dans une chambre qui a été le lieu des derniers instants d’une mère, d’un enfant, etc…Tout ça est à réfléchir en toute conscience. »
Manque de moyens et d’unités de soins
Le texte demande donc quelques retouches. « Il faut donner vigueur à l’action publique avec le droit opposable. Appliquer une loi de programmation pluriannuelle pour avoir des moyens à long terme. »
Aujourd’hui encore, une vingtaine de départements ne bénéficient pas d’unités de soins palliatifs. « Nous demandons le doublement des crédits, tout en renforçant l’hospitalisation à domicile. » Le texte devrait proposer aussi 2 unités par département de soins palliatifs pédiatriques. « Et développer les maisons d’accompagnement pour les aidants et les personnes endeuillées et que ce soit à but non lucratif. »
Pour Marion, les débats sur ces textes ont été intenses. « Au Sénat, on ne se dispute pas, ce n’est pas l’Assemblée. Mais, les derniers jours, on a eu droit à des remarques du RN, absent à tous les débats, mais venu le dernier jour nous dire que nous étions pour le permis de tuer. »
Maintenir le service public dans la santé.
La quadragénaire ne veut absolument pas une dérive du texte. « En fait si le texte dérive, ce sera parce que la société aura dérivé, et qu’on aura privatisé les soins. » En effet, aux Etats-Unis, des personnes sont obligées de faire des crédits pour payer leur chimiothérapie. « On pourrait arriver à des gens qui préfèrent l’assistance à mourir que de laisser une dette à leurs enfants. D’où l’importance de se battre pour le service public. »
Des fins de vie encore inhumaines
En France, actuellement, les personnes en fin de vie, sont sédatées et meurent de soif. « Malgré la sédation, il est fort probable que les gens souffrent beaucoup trop. la mort met entre 2 et 5 jours, c’est très long pour les proches. » Marion, qui n’a de cesse de se documenter sur le sujet témoigne de la difficulté d’assister aux auditions de médecins, philosophes, associations. « Je veux que chacun se sente libre de mourir, s’il le souhaite. On ne peut pas demander aux gens de se suicider, les assister médicalement est plus digne. Mais je ne veux pas que certains pensent qu’on tuera les gens parce qu’ils coûtent trop chers, qu’ils sont trop vieux, etc. D’où l’importance d’un vrai texte cadré, réfléchi. »
De Montaigne à Roger Quillot
Puis cette maxime de Montaigne que Marion cite et a fait sienne : « On ne fait pas les lois contre les voleurs, elles se font pour eux. Ceux qui les ignorent et ne s’en servent pas ne les craignent point. » Afin de répondre à celles et ceux qui auraient peur que cette loi.
Mais, on lui préfère celle de Roger Quillot que Marion connaît par coeur, elle si actrice de cette question. L’ancien maire de Clermont-Ferrand avait choisi sa mort, aux côtés de son épouse. Un suicide à deux auquel elle survivra, à son grand désarroi. Mais avant de vouloir se donner la mort, le couple avait laissé un long courrier se terminant ainsi : « Voilà, nous avons fait notre temps, je n’ai pas un tempérament de spectateur. »
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1 réflexion sur “La difficile question du droit de mourir débattue au Sénat”
Oh non pas vous…
Sérieusement. Est-ce qu’un seul média va ENFIN donner la PAROLE aux militants ANTIVALIDISTES qui ne sont pas des conservateurs, mais qui ALERTENT sur la gravité de cette loi dans la conjoncture actuelle ???? Je suis anticlérical, profondément progressite. Et je suis opposé à cette loi.
Je vous invite à lire les billets de blog d’Elisa Rojas sur le sujet : https://auxmarchesdupalais.wordpress.com/2025/02/16/fin-de-vie-une-loi-inutile-et-dangereuse-partie-1/
Cette loi est une abomination eugéniste. Même si vous ne changez pas d’avis sur le sujet, inquiétez-vous de sa formulation, qui va bien plus loin que les autres pays. Le danger est réel dans un monde qui se fascise partout. La pression de certain soignant sur les malades existent déjà. Je regrette infiniment que la parole de Monsieur André Chassaigne n’ait pas eu plus d’écho, car il avait alerté lui-aussi… Quand tous les budgets de santé et de soin disparaissent, et que la seule alternative, c’est la mort, alors oui, certains choisiront la mort. Mais pas par choix, par pression. Ne pas vouloir être un poid pour la société n’est pas une bonne raison pour tuer.
Plusieurs études montre que lorsque l’accompagnement est meilleur, les demandes de mort diminue drastiquement…. Je n’ai pas les mots pour dire toute ma colère face à cette loi.