2022 : une rentrée loin d’être optimale

À la veille de la rentrée, de nombreux professeurs manquent à l’appel. Avec un recrutement massif de contractuels, le gouvernement essuie de nombreuses critiques quant au manque de formation et d’expérience de ces derniers. Y aura-t -il un professeur devant chaque classe demain ? Avec quels moyens ? Quels outils ? Quelle reconnaissance ?

Demain, c’est la rentrée. 859.000 enseignants passeront le portail de leur établissement pour retrouver plus de 12 millions d’élèves. Et le casse-tête ne fait que commencer. Ou peut-être a-t-il commencé il y a bien longtemps et qu’il se complexifie chaque année. « La rentrée devrait se dérouler dans des conditions convenables » mais « pas optimales », annonçait jeudi 25 août le ministre de l’Éducation nationale Pap Ndiaye. En effet, ce 1er septembre s’annonce tendu. Manque de profs, contractuels à la pelle et peu formés, problèmes de fond pas résolus, sorties de l’exécutif et imprécisions : on fait le point.

Les profs manquent à l’appel

La situation n’est pas inédite. Des problèmes d’effectif, il y en a depuis longtemps. Mais en 2022, le manque de professeurs titulaires bat des records. On en cherche. On fait des annonces dans la presse, sur Le Bon Coin, on organise des job-dating. Au total, 4000 postes n’ont pas été pourvus sur 27.300 ouverts.

Plusieurs raisons à cela : d’abord, le métier n’attire plus. « On s’étonne qu’il n’y ait pas de recrutement d’enseignants mais ce n’est a pas un scoop. Ça fait cinq ans que des contreréformes dégradent les conditions de travail. On est sous payés, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une crise. Ça va des enseignants jusqu’aux AESH, les AED et d’autres. Quand t’es payé 1,4 fois le Smic au début de ta carrière alors que tu as fait cinq ans d’études, ça ne fait pas envie. », explique Frédéric Campguilhem de la CGT Éduc’Action 63.

De plus, des incohérences reviennent chaque année. Les différents concours d’accession à la profession ne sont pas assez fournis en candidats ou certains titulaires ne se voient attribuer aucun établissement alors que des contractuels y ont été embauchés. Pire, un des exemples les plus frappants est à quelques kilomètres d’ici. Deux enseignantes de Montluçon, en poste depuis deux ans et fortes d’un rapport de service impeccable ne pourront pas reprendre le travail demain. En cause ? Leur nationalité. Pas françaises. Scandaleux, surtout lorsque l’on sait que de nombreuses écoles primaires cherchent encore des instits.

3000 contractuels

« Le métier n’attire plus parce qu’on a fait du prof-bashing depuis longtemps, ce qui va avec le fonctionnaire–bashing en général. C’est un vrai métier pourtant, ça s’apprend, c’est quelque chose de complexe. », se désole Arnaud*, professeur d’histoire-géographie. Ce dernier a un master en enseignement. En presque dix ans de métier, il en a vu passer des élèves et des académies. Mais il est toujours contractuel. « Tout ce que j’ai pu voir dans les médias ou les journaux, la formation de 4 jours… Pourquoi appeler autant de nouveaux contractuels formés à la va vite alors qu’on est un certain nombre à avoir été formés, suivis et qu’on n’a toujours pas été appelés ? », se demande-t-il.

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Car oui, la première conséquence de ce manque de titulaires, c’est le recours aux contractuels, des professeurs qui n’ont pas, pour la plupart, de diplôme dans l’enseignement. Cette année, 3000 ont été embauchés. « La vaste majorité de nos enseignants contractuels enseignaient déjà l’année passée, voire les années précédentes. On peut estimer que 80 % à 90 % des enseignants contractuels ont déjà une expérience d’enseignement », a assuré Pap Ndiaye lors d’une conférence de presse le 26 août dernier.

4 jours de formation

Mais le problème n’est pas là. Pour la majorité des contractuels eux-mêmes, pour leurs collègues titulaires, les élèves et les parents, il réside dans la formation très rapide des nouveaux contractuels. Elle dépend des académies. Souvent, il s’agit d’une formation de quatre jours. À Clermont-Ferrand, elle est uniquement en ligne. Parfois, il n’y en a pas. Mais on ne devient pas prof en quatre jours. Le ministre le dit lui-même.  « Je ne peux ni rassurer, ni informer les parents d’élèves. », avoue Frédéric Campguilhem.

Attention, dans le corps enseignant, dont les contractuels font partie depuis des années, pas question de rejeter la faute sur les non-diplômés. Ces dernières subissent déjà bien trop les conséquences d’un statut précaire. Ils sont souvent très précieux. Arnaud, jeune professeur l’assure : « j’ai toujours été accueilli avec solidarité. ». Pour la CGT : « Ce n’est pas nouveau non plus. Il y en a qui sont là depuis des années, ce qu’on revendique, c’est qu’ils soient titularisés, sans condition de concours ni de nationalité. ». Le gouvernement, lui, promet pour l’heure d’accorder un soutien et un suivi tout particulier aux nouvelles recrues.

Et ici ?

Dans l’académie de Clermont-Ferrand, 217.000 élèves feront leur rentrée cette semaine pour 17.000 profs. Actuellement, 650 contractuels ont été engagés dans l’académie. Leur formation a eu lieu en ligne. Selon le Recteur et ses équipes, tout est fin prêt pour une rentrée sereine. Au niveau national le ministre de l’Éducation a annoncé le 26 août un concours exceptionnel, en 2023, pour « titulariser de nombreux profs et pouvoir en mettre un devant chaque classe. ». Affaire à suivre.  

Les rentrées passent et se ressemblent

Le manque de profs, d’accord. Sauf que cette réalité en engrange d’autres. Les classes surchargées par exemple. Tout ça s’additionne au manque de moyens, au manque de reconnaissance, au manque de salaires décents. L’an passé, on ne compte plus les fois où on est descendus dans la rue pour suivre le personnel de l’Éducation nationale. À la veille de la rentrée, on a cherché à joindre plusieurs jeunes professeurs, parfois profs pour la première fois cette année. On leur a parlé ce matin. Le sentiment qui domine ? Le manque de reconnaissance de leur hiérarchie et la fatigue de l’imprécision des annonces et donc, de leur futur proche.

Pourtant, Macron et Ndiaye ont multiplié les sorties ces dernières semaines. Le président affirme vouloir placer les enjeux éducatifs au cœur de son nouveau quinquennat. Il parle de revalorisation, de nouveau pacte, de grande concertation. « Aucun professeur ne gagnera moins de 2 000 euros en début de carrière et tous les enseignants, quel que soit leur niveau d’ancienneté, recevront 10% d’augmentation de salaire.», a-t-il déclaré il y a quelques jours.  « Un professeur en milieu de carrière gagne autour de 1800€. Qu’un nouvel arrivant gagne 2000€, très bien mais il faut revaloriser l’ensemble des salaires. Par contre, il a dit qu’il y aurait des contreparties avec des tâches supplémentaires. C’est hors de question. », affirme Frédéric Campguilhem.

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La contestation fait sa rentrée

À l’aube de la rentrée, la gronde se fait déjà entendre. C’est une année sous tension qui s’annonce. Pap Ndiaye le sait, sa première rentrée en tant que ministre se fera dans « un contexte de tension inédite ». Demain, dans la métropole clermontoise, les transports seront en grève. Partout en France, des établissements le seront aussi, pour dénoncer le manque d’effectif ou des fermetures de classe. Demain, y aura-t-il un adulte devant chaque classe ? Sera-t-il un professeur ?

*Ce nom a été modifié.

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1 réflexion sur “2022 : une rentrée loin d’être optimale”

  1. pas assez de profs dans les établissements scolaires et donc il faut s’adapter. En juillet, l’équipe Macron a fait voter une énième niche fiscale pour les plus fortunés et pour anticiper le manque d’enseignant. Les solutions.
    1. Des classes vont donc ouvrir avec des personnels peu formés mais sans doute motivés.
    2. Par contre, une autre solution existe : un prof à la maison mais pas pour tout un chacun. Voilà ce que je lis sur le site du gouvernement !
    « Le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile ; réduction d’impôt pour frais de scolarisation des enfants.
    Si vous prévoyez d’employer un enseignant à domicile pour aider vos enfants, sachez que vous pourrez peut-être bénéficier d’un crédit d’impôt pour vos dépenses de soutien scolaire.
    Le montant de l’avantage fiscal est égal à 50 % des dépenses engagées dans la limite de 12 000 €, éventuellement majorée. »
    Site economie.gouv.fr
    Il s’agit bien de recruter des enseignants et pas un ou une employé(e), ce qui est possible par ailleurs car les familles riches avec enfants perçoivent aussi des allocations familiales.et elles ont droit aussi à un crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile.
    Ces réductions d’impôt soit 24 000 euros éventuellement pour un prof et un domestique à la maison sont en partie financées par tous les citoyens qui s’acquittent péniblement de l’impôt sur le revenu.
    Heureusement la grande majorité des familles n’est pas oubliée et pour faire face aux dépenses engendrées par la rentrée scolaire ; le gouvernement accorde aussi un crédit d’impôt conséquent de 61€ pour un collégien. Bien loin des 12 000 € pour les plus fortunés.

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