Extrême-droite : un deux poids deux mesures qui questionne.

La semaine dernière, appelés par des membres d’une organisation d’extrême-droite, les forces de l’ordre ont procédé à un contrôle d’identité sur des militants de gauche alors en pleine discussion sur l’espace public. D'après les témoignages, trois camionnettes et une dizaine d’agents auraient fait le déplacement. Juste avant l’opération, les personnes contrôlées avaient elles aussi appelé la police face aux provocations des militants identitaires, installés sur la terrasse du café d’en face. L’alerte est pourtant restée vaine. Un deux poids deux mesures qui questionne.

« Onze associations et groupuscules d’extrême-droite ont été dissous en Conseil des Ministres depuis que je suis ministre de l’Intérieur. », déclarait Gérald Darmanin le 7 février, devant l’Assemblée.

En ce moment, il faut bien l’avouer, ce dernier est plus occupé à réprimer les manifestations contre la réforme des retraites. Également dans sa ligne de mire, récemment, c’était le mouvement écolo Les Soulèvements de la Terre. Ça, c’était juste après le carnage de Sainte-Soline et juste avant de questionner les financements de la Ligue des Droits de l’Homme.

Derrière la vigilance et l’autorité à l’égard des mouvements d’extrême-droite dont se targue le gouvernement, il faut dire que les groupuscules grandissent dans l’ombre. Une ombre qui n’empêche pas des passages à l’acte toujours plus nombreux, à Lyon, à Clermont et ailleurs.

Protection à la carte

Nous sommes à Clermont, un après-midi. Un étudiant, militant de gauche, vient de finir les cours. Devant son université, deux hommes le regardent avec insistance. Il pense en reconnaître au moins un qui serait proche de la Cocarde, organisation étudiante d’extrême-droite. Déjà intimidé plusieurs fois, l’étudiant préfère appeler des amis. Le groupe, environ six personnes, s’installe à la terrasse d’un café. Un jeu de provocation commence avec les militants identitaires, réunis dans le bar d’en face.

Une militante de gauche décide de prévenir les autorités que des membres de la Cocarde sont à proximité. Elle préfère prendre ses précautions face aux nombreuses intimidations dont elle et ses camarades ont l’habitude. Au bout du fil, on ne semble pas prêter un grand intérêt à ses mots.

D’après les éléments rapportés, quelques instants plus tard, trois camionnettes se garent et une dizaine d’agents rejoignent le groupe de militants de gauche, qui a quitté le bar. Sur les six personnes présentent dans la rue, quatre sont invitées à décliner leur identité en montrant leurs papiers. Les agents auraient été appelés pour « problèmes d’intimidation. ». « À Clermont, l’extrême-droite n’est pas si violente que ça. », aurait déclaré l’un d’eux. La venue des forces de l’ordre questionne. Pourquoi se déplacer après un appel de militants d’extrême-droite et pas avant, lors de la première alerte ? Doit-on penser à une certaine forme de complaisante, un « deux poids deux mesures », une protection à la carte ?

Un danger dont il faut dire le nom

Impossible de regarder ailleurs. L’ultra-droite connait un regain. Les groupuscules se multiplient. Leurs actes aussi, toujours plus récurrents, violents et assumés. À Clermont, on ne compte plus les agressions, dégradations, intimidations, menaces, les tags haineux et racistes.

Faut-il rappeler que sur les 10 dernières tentatives d’attentat en France, 7 venaient de l’extrême-droite ? En 2021, presque la moitié des arrestations menées en Europe dans des dossiers de terrorisme liés à l’extrême-droite l’ont été en France. Ce danger, il faut en dire le nom. Encore faut-il que tout le monde le dise.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

nos derniers articles
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.