Le SNU, c’est quoi ? Lancé en 2019, le Service National Universel concerne les jeunes Français de 15 à 17 ans dont les parents ont donné leur accord. Il se déroule en trois étapes pour « faire vivre les valeurs et principes républicains, renforcer la cohésion nationale et développer une culture de l’engagement. », comme on peut le lire sur le site officiel. D’abord, il y a le séjour de cohésion. Deux semaines dans un autre département que le sien avec une centaine de jeunes. Ensuite, une mission d’intérêt général d’au moins 84 heures à effectuer dans l’année. Enfin, un engagement volontaire peut s’effectuer en service civique ou en volontariat. Entre 2019 et 2022, le nombre de participants est passé de 2000 à 32.000.
Hésitations
La volonté par le gouvernement de rendre le SNU obligatoire était dans les tuyaux depuis le départ. Mais alors que le l’État a toujours chéri ce souhait, de nombreuses organisations contestent le projet. Fin février, dans la presse, on apprend via une note du gouvernement que ce dernier tend à rendre le SNU obligatoire. La secrétaire d’État chargée du projet, Sarah El-Haïry, confirmait d’ailleurs peu après qu’une généralisation était bien la piste privilégiée. Mais il ne sera pas forcément obligatoire, assure cette dernière. À l’étude dorénavant, une autre formule. Un SNU incitatif avec notamment une formation au permis de conduire offerte pour tout SNU réalisé.
Lors de ses vœux de janvier, le Président de la République avait promis de faire des annonces rapidement. Mais depuis, ce dernier laisse ses équipes souffler le chaud et le froid. Face au contexte social compliqué, on ne compte plus les reports. Sarah El Haïry, elle, réaffirmait que rien n’est tranché dans une interview accordée à Ouest-France, le 30 mars. « On est sur le fonctionnement habituel du gouvernement qui a rarement le courage de ses positions. Ils ne sont vraiment pas à l’aise sur cette question. », déclarait il y a quelques mois Anne-Laure Morel, membre du collectif local « Non au SNU ».
Quand l’engagement devient un danger
Pour le gouvernement, pas question de parler de service militaire 2.0. Ici, il s’agit de porter haut les valeurs de la République et la cohésion tout en se rendant utile aux autres. Mais entre se rendre utile et être une main d’œuvre gratuite ou bon marché, il y a une différence. Rappelons en effet que le SNU prévoit des missions d’intérêt général d’au moins 84 heures et du volontariat ou service civique.
De plus, il ne paraît concevoir qu’une seule forme d’engagement, celui tourné vers la République, procédant à une mise au pas de la jeunesse. Lors des stages de cohésion, le programme repose sur le salut au drapeau, la Marseillaise et le levé à 6h30 chaque matin. « Le SNU emprunte des encadrant à l’armée sur les journées de cohésion. », rappelle Anne-Laure Morel, dénonçant le caractère militaire de cette « formation ». Ces derniers mois, dans la presse, ont également été révélés des cas d’homophobie, d’agressions sexuelles, de racisme et de pratiques sportives dangereuses.
Nouvelle piste
Dans le Figaro, le 15 juin dernier, la Secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Engagement Sarah El Haïry annonçait le lancement d’une nouvelle formule du SNU, intégrée au temps scolaire. Des élèves de seconde issus de lycées volontaires pourront réaliser le séjour de cohésion de 12 jours sur le temps scolaire dans le cadre d’un projet pédagogique de classe. Toujours pas d’obligation à l’horizon en revanche, ni de frais aux établissements ou aux parents. Rappelons qu’un tiers des 9000 encadrants du SNU vient de l’Éducation nationale.
Jamais trois sans quatre
Si l’obligation n’est toujours pas au goût du jour, face à cette généralisation du SNU et son extension à l’Éducation nationale, les syndicats et mouvements de jeunesse poursuivent leurs prises de position. Dans la foulée des annonces gouvernementales, SUD Éducation & Solidaires Jeunesse et Sport ont publié un communiqué le 15 juin.
Mais encore une fois, ce gouvernement semble vouloir faire le choix autoritaire d’imposer un projet dont personne ne veut, dessinant un programme de société dangereux contraire à toutes formes de solidarités et d’épanouissement, en cultivant la mise au pas des individus et la militarisation de la jeunesse. Dans le contexte actuel de la montée de l’extrême droite, ce projet politique anti-démocratique et répressif est très inquiétant et vient renforcer l’autoritarisme montant de ce gouvernement.
Le projet de généralisation du SNU sur le temps scolaire est une aberration supplémentaire.
En plus du projet politique critiquable, il faut rappeler que le SNU est un immense échec, que personne ne pourra sauver, pas même l’école. Et plus qu’un échec, le SNU actuel présente et expose de nombreux dysfonctionnements et dangers :
Le SNU a un coût humain et financier considérable, qu’il est temps de redéployer vers nos services et politiques publiques, dont l’état actuel – à Jeunesse et Sports et dans l’Education Nationale notamment – exige des soutiens de taille, d’urgence.
L’organisation actuelle du SNU met en danger les jeunes mineur.e.s accueilli.e.s. Les méthodes d’encadrements sont inadaptées et autoritaires. De même pour le personnel d’encadrement venant de l’armée ainsi que le manque de formation des équipes. De nombreux cas de maltraitances et de violences sont relevés à chaque séjour sans exception, dont : des agressions sexuelles et viols, des propos racistes et homophobes.
La culture du secret et de l’obéissance exercée par l’administration empêche la remontée d’information pour mettre fin aux pratiques de maltraitance. Cette communication du secret s’oppose directement aux luttes contre les violences (sexistes et sexuelles, racistes, homophobes, transphobes, validistes, …).
Surtout, les détails logistiques ne semblent pas être réglés après trois années d’expérimentation. Cette quatrième connaît son lot de couacs entrainant des abandons de la part des familles ou des des surcoût et beaucoup d’adaptation pour les plus téméraires. Le gouvernement pointe du doigt son sous-traitant. Politis fait un récit détaillé des galères rencontrées par les jeunes et leurs familles dans cet article.
Mobilisation
Les syndicats ne comptent pas s’arrêter là. C’est par exemple le cas à Clermont alors que les opposants avaient été muselés en avril, comme on vous le racontait dans cet article.
En effet, le samedi 1er avril, le collectif local « Non au SNU » qui souhaitait distribuer des tracts d’information s’est vu interdire tout rassemblement par la préfecture. Alors que la « Tournée du SNU » s’arrêtait à Clermont place de Jaude, le colletif a souhaité distribuer des tracts d’information. Mais c’était sans compter sur l’interdiction par le préfet pour crainte de violences urbaines. L’arrêté disponible sur le site de la préfecture du Puy-de-Dôme évoque les risques liés à une « contremanifestation annoncée » et s’appuie sur une déclaration trop tardive. Surtout, on peut lire : « La manifestation est déclarée par le même organisateur que la manifestation du 30 mars 2023 ». On parle ici du rassemblement organisé en soutien aux manifestants blessés à Sainte-Soline. Un joyeux gloubiboulga.