La mobilisation sociale se déconfine: manifestation au CHU Gabriel Montpied

En début d’après-midi, syndicats, soignants et citoyens se sont rassemblés devant la direction générale du CHU Gabriel Montpied pour dénoncer la paupérisation de l’hôpital public et exiger des conditions dignes de travail.

Après un 1er Mai passé en confinement, on aurait pu croire que l’épidémie de coronavirus étoufferait durablement les mouvements sociaux. Pourtant, aux alentours de midi trente, une petite centaine de soignants, de représentants syndicaux et de citoyens (dont certains arboraient fièrement leurs gilets jaunes) a bravé l’interdiction de la direction du CHU Gabriel Montpied pour organiser un rassemblement devant les bureaux de leurs supérieurs.

Pour Pascale Guyot, secrétaire générale du syndicat Force Ouvrière du CHU, cette interdiction n’a pas lieu d’être : « Nous sommes partis du principe que c’est normal que des salariés s’entassent dans les transports en commun pour aller travailler et on n’aurait pas le droit de se réunir dehors pour une assemblée générale ou une manifestation ? Non. On refuse d’attendre qu’un énième groupe de travail, qu’une énième commission accouche d’une souris. »

Quelques dizaines de minutes plus tard, le directeur général de l’établissement sort des bureaux, un discours à la main. Il tente d’expliquer que sous sa houlette, le centre hospitalier a débloqué des fonds, des lits et des postes supplémentaires. Il évoque le « Ségur de la santé », une « grande réunion multilatérale » annoncée par le Ministre de la Santé, Olivier Véran, qui est censée répondre aux revendications du personnel soignant, ce qui lui vaut une série de huées désabusées. Son discours ne semble pas convaincre l’assemblée, dont les représentants prennent la parole.

« On voudrait nous faire croire que les restructurations améliorent le service alors qu’elles suppriment des postes de support, comme le bio-nettoyage. Comment vaincre le virus si chaque poignée de porte, chaque bouton d’ascenseur contaminé crée de nouveaux patients ? »

Christophe Cibert, Secrétaire général adjoint du syndicat CGT du CHU

Tous dénoncent l’impréparation et la paupérisation de l’hôpital public : le manque de masques et de tests, les restructurations acharnées, les suspensions de postes et les fermetures de lits, qui nuisent non seulement aux conditions de travail et à la santé des personnels soignants, mais aussi à la qualité des soins fournis. « Avant le confinement, il y avait déjà une quinzaine de services en permanence qui étaient en grève » explique Pascale Guyot, « avec le confinement, nos conditions de travail ne se sont pas améliorées, et donc nos revendications ne se sont pas arrêtées ».

« Notre travail, c’est soigner. On l’a fait, et on continuera de le faire. Mais cela n’excuse pas que l’on nous envoie en première ligne sans matériel, sans masque et sans dépistage. On nous a même fourni des masques périmés ! »

Delphine François, secrétaire de section syndicat Sud Santé-Sociaux du CHU d’Estaing

Pour résoudre les problèmes de l’hôpital public, le personnel soignant et ses représentants syndicaux demandent notamment le dégel du point d’indice (sur lequel sont indexés les salaires), le paiement des heures supplémentaires et l’ouverture de nouveaux lits. Pour Pascale Guyot, « le seul moyen de faire sortir l’hôpital de ce marasme, c’est d’en finir avec le système d’objectifs nationaux de dépenses de l’assurance maladie (ONDAM). » Depuis la création des ONDAMs, en 1996, le Parlement fixe chaque année un montant à ne pas dépasser pour les dépenses de santé, et avec lequel les soignants doivent composer pour répondre à l’ensemble des besoins de soin : « Nous, ce que l’on veut, c’est que l’on parte des besoins pour définir un budget ». « Ces décisions-là, on sait bien qu’elle ne se prennent pas au niveau de la direction, mais la direction a aussi des possibilités : c’est à elle de faire les dossiers qui permettent au personnel d’obtenir les primes promises par le Premier Ministre, à elle d’arrêter de proposer des suppressions de postes ou de lits, à elle de répondre aux revendications des services du CHU ».

Finalement, aux alentours de quatorze heures, le directeur général a accepté de recevoir une délégation de représentants syndicaux pour ouvrir les négociations. Affaire à suivre.

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Publié le 19 mai 2020
Écrit par Avril Dutheil

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