Les salariés de l’Ophis étaient réunis ce matin devant leur siège à Clermont-Ferrand pour dénoncer la gestion de leur structure. En deux ans, l’Office Public de l’Habitat et de l’Immobilier Social est en déclin économique et stratégique. Les employés dénoncent aussi une position managériale catastrophique.
Ils sont nombreux ce matin à se réchauffer autour d’un café, en attendant les élections de leur nouveau Conseil d’Administration, ce jour-même. Depuis deux ans, l’équipe a été, selon elle « maltraitée » par leur Directeur Général, qui partira ces prochains jours pour un nouveau poste à la Réunion. « Nous avons souffert, nous avons vécu sous la terreur. » exprime une salariée. « En deux ans, nous avons 30 postes. Nous ne sommes plus que 290. Notre charge de travail est de plus en plus importante nous éloignant de notre rôle de lien social de proximité. » Rajoute un de ses collègues.
800 logements vacants
Aujourd’hui, 800 logements sont vacants. « Des gens attendent d’être installés, mais, parce que nous ne sommes plus assez nombreux et parce qu’aucune stratégie n’est mise en place, la situation est catastrophique. » S’insurge un salarié de l’agence de Riom. « Nous sommes en sous-effectif, donc nous n’avons personne pour faire visiter ou remplir les dossiers. Parfois, nous avons des logements disponibles, mais on ne nous donne pas le feu vert pour donner les clés. personne ne vient signer le bail. »
Pourtant, les salariés sont rendus responsables de la situation par leur hiérarchie. « On nous dit que c’est notre faute. Mais rien n’a été géré correctement. 120 % du budget étaient déjà dépensés fin août ! » Fait remarquer un autre employé. « On attend les ordres qui ne viennent pas, en attendant des gens dorment dehors alors que les logements sont disponibles. »
12 directeur recrutés et 30 départs d’agents
« On a fait partir des gens, et en parallèle, 12 directeurs ont été recrutés. Ils ont leur voiture de fonction, etc. Et nous sur le terrain, nous manquons largement de main d’oeuvre. » Explique un gardien qui doit tourner désormais sur plusieurs sites. Les douze directeurs ont été recrutés par une agence Mercury à Lyon. Les arrivants n’étaient jamais basés sur Clermont et ne connaissent pas le territoire.
Humiliés par leur DG
Aussi, la situation est si dramatique, que la médecine du travail et l’Inspection du travail ont alerté après avoir reçu une centaine d’agents. « Notre Directeur Général n’a fait que nous répéter que nous étions mauvais, que nous étions responsables de la situation. » Soupire un agent d’un site clermontois.
Aucune nouvelle construction prévue
De plus, aucun projet n’est déterminé pour les années à venir. « Aucune construction n’est prévue par nos services. » Explique une salariée de la Direction Développement et Maitre d’Ouvrage (DDMO). « Nous n’avons plus de boulot. En moyenne, chaque année, on construisait 300 hébergements, aujourd’hui à peine une centaine est en cours, et aucun pour les années à venir.«
Le service juridique a fermé. Désormais, pour l’entretien des habitations, on fait appel à des entreprises sous contrat. « Avant, on faisait travailler les entreprises locales. Sur place, elles connaissaient nos bâtiments et agissaient vite. En plus, elles coûtaient moins cher. »
Plusieurs recours aux prud’hommes
Aussi, du point de vue salarial, de nombreux départs ont été mentionnés. Certains licenciements font l’objet de recours aux prud’hommes. « Plusieurs personnes ont été poussées au départ ou licenciées pour faute grave. Ca fait 30 ans que je suis dans cette structure, c’est la première fois que je fais grève. On assite à des mises à pied régulièrement. La façon de faire est tyrannique. »
Pour preuve, certaines réunions ont marqué les esprits. « Nous avons été insultés publiquement. Le DG nous répétait sans cesse que nous ne faisions rien depuis 30 ans. »
De plus, les salariés ont même reçu en février 2021, de la part du Directeur Financier, une lettre sur ordre du DG qui les traite de « Fainéant ».

Deux grèves en 70 ans
L’office n’a connu que deux grèves dans toute son histoire, depuis 1951. Deux grèves ces deux derniers mois. Un gardien raconte : « Nous sommes dans un navire et nous naviguons à vue. on se sent abandonnés. Mon contrat de travail n’est pas clair. Nous n’avons pas de fiche de poste. On bouche des trous, on bouge tout le temps de site. On a besoin d’un capitaine. En deux ans, le Directeur Général a mis en péril notre embarcation, je ne suis pas sûr que l’OPHIS se remettra de ces deux ans avec ce directeur. »
Un membre du CSE relève parfaitement les trois problématiques : « Chaque mois, nous avons 200 hébergements vacants en plus. C’est un problème stratégique car ca révèle une mauvaise organisation du personnel et du temps. On n’ a aucune vision sur les prochaines mois. De plus, on ne construit plus donc on se confronte aux problèmes économiques. Si on ne loue pas de logement, on ne fait pas rentrer d’argent. Enfin, on rencontre de vrais problèmes psycho-sociaux. »
« L’inspection et la médecine du travail ont émis une injonction pour réaliser une enquête psycho-sociale. Nous avons de nombreux agents en arrêt maladie et d’autres qui ont dû partir tant le travail était une souffrance. On vit la maltraitance. La preuve, les gens étaient tellement tétanisés qu’ils n’auraient même pas pu faire grève, il y a 6 mois. Les agents sont dehors aujourd’hui, car ils savent que le DG part et parce qu’aujourd’hui, un nouveau CA va être élu. »
« Un seul homme peut détruire une structure«
« On veut que ce nouveau CA nous aide à réparer les erreurs d’un seul homme. Monsieur Thierry Ouillon part à la Réunion après avoir saboté notre structure. Un seul homme peut détruire une boîte et la vie professionnelle de nombreuses personnes. Ca pose d’ailleurs la question de l’implication d’un Conseil d’Administration. Nous attendons beaucoup de la nouvelle équipe. Du prochain Directeur général. Ce qui est sûr, c’est que nous avons beaucoup à reconstruire. » Concluent de concert les nombreux salariés réunis.
L’Ophis gère aujourd’hui 17 mille logements dans tout le Puy-de-Dôme. L’OPHIS a été créé en 1951 par le Conseil Général pour la mise à disposition de logements sociaux. Le Conseil départemental préside le Conseil d’Administration composé de 23 membres.
2 réflexions sur “Les salariés de l’OPHIS en grève « Notre DG a cassé notre structure »”
Excellent article.. bien résumé la situation
à suivre
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