Expulsé sans relogement à 81 ans

À 81 ans, Henri a été expulsé avec son fils sans ménagement et sans option de relogement. Pris en charge par l’association Droit au Logement, ces derniers, sous le choc, dénoncent un abus de pouvoir des autorités et de l’Ophis.

L’histoire part d’une simple réclamation contre des matchs de foot incessants sous les fenêtres de son appartement. « Vous nous emmerdez avec vos rappels de plaintes », répond l’Ophis, organisme gérant de l’habitat social dans le département. 

Engrenage

Alors que l’agence doit veiller à ce que chacun jouisse de son logement, Henri, son fils et sa femme apprennent en 2016 qu’ils encourent l’expulsion. Leur bail est rompu. En 2017, sa femme décède et les déconvenues s’enchainent. Daniel, le fils, raconte. « Ma mère est décédée et il y a eu une baisse des ressources. En plus, mon père est très généreux. Il a prêté de l’argent qu’on ne lui a jamais rendu ». 

Alors que le bail est coupé et que les dettes s’accumulent, les Roche décident de faire passer le paiement du loyer après d’autres priorités. Comportement que l’Ophis et le juge ont utilisé selon eux pour légitimer le projet d’expulsion. Au tribunal, un juge valide l’expulsion une première fois. L’appel de la décision n’y changera rien. 

Pour Daniel, la décision a été prise sans que l’affaire ne soit vraiment étudiée. « On a payé le loyer à nouveau dès 2020. On a demandé à tout rembourser, à payer chaque mois mais l’agence ne voulait rien savoir. On a fait face à un mur infranchissable. Ils voulaient que l’on parte ».

La honte

Lundi 25 octobre, lui et son père de 81 ans partaient faire les courses. « J’ai remarqué une voiture avec une mention menuisier-serrurier, un policier en brassard orange et le concierge, j’ai trouvé ça louche », explique Daniel. Demi-tour. Mais devant la porte, les trois hommes sont déjà là. On va expulser un homme malade de 81 ans.

« Je me suis mis en travers pour dire non, pour dire qu’il il y avait des procédures ». Daniel proteste mais on le menace de le placer en garde à vue. La porte est dégondée et les deux hommes ont 15 minutes pour emporter leurs affaires. « On était sonnés, on a pris notre chien et deux ou trois bricoles. On n’a pas de quoi se laver, pas de quoi se changer, je n’ai même pas les médicaments de mon père ».

Des expulsions abusives

Surpris, les deux hommes l’étaient. Le préfet s’était engagé par écrit à ne pas expulser sans relogement. Une lettre à destination de l’huissier que finalement personne n’a respectée. « Henri est un homme doux et généreux. Il rend service aux gens », confie son fils. L’ancien routier et horloger est invalide depuis quelques années. « Son frère, mon oncle a fait le Mont Mouchet et a été résistant. Il est mort en Indochine à 19 ans en 1946. On peut lire son nom sur le monument du square Blaise Pascal vers l’Hôtel de Ville. Son nom, Daniel, comme moi. C’est pour ça que je m’appelle comme ça.  On met le frère d’un héros à la rue ».

Lettre du préfet ou pas, l’expulsion va à l’encontre de la circulaire Wargon de 2021 qui prévoit que « À l’issue de la trêve, si une expulsion doit avoir lieu, elle sera assortie d’une proposition d’un autre logement, ou à défaut d’une proposition d’hébergement le temps qu’une solution plus pérenne soit trouvée (…) Les ménages les plus vulnérables, du point de vue sanitaire ou familial, seront maintenus dans le logement. ». Henri a été expulsé sans relogement. Vulnérable, il l’est, il a 81 ans et est invalide à 80%.

Des expulsions abusives que dénonce également le DAL qui explique s’occuper de plus en plus d’affaires de trêve hivernale non respectée et de remboursements APL qui n’apparaissent pas sur les loyers. « Une mère de famille s’est retrouvée enfermée dehors alors qu’on lui avait changé sa serrure », nous indique-t-on. 

Demande de renouvellement

Henri vivait dans son appartement depuis 1974. L’expulsion a été un choc pour le vieil homme cardiaque et pour son fils. La porte a été dégondée et remplacée par une autre, blindée. L’huissier ne rouvrira que vendredi pour que ces derniers puissent prendre des affaires supplémentaires. « Ça fait plus de deux ans qu’on s’attaque à l’Ophis parce qu’il y a des abus. Il y a eu le départ de l’ancienne direction et des mouvements de grève des salariés juste après donc il y a des problèmes à plusieurs niveaux », explique le DAL. Une grève que Médiacoop a suivi il y a quelques semaines. 

https://mediacoop.fr/04/10/2021/les-salaries-de-lophis-en-greve-notre-dg-a-casse-notre-structure/

En attendant, Daniel et son père logent chez un membre de l’association. Vendredi, ensemble et soutenus par le DAL, ils essaieront de faire renouveler leur bail. 

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