Les enseignants avertissent d’une rentrée 2021 impossible sans moyens supplémentaires

Mercredi 10 mars, une cinquantaine de personnes se sont réunies devant le rectorat de Clermont-Ferrand pour dénoncer la casse du service publique de l'Éducation nationale. Parents, élèves et professeurs ont expliqué que les économies sur le budget de l'éducation ainsi que la suppression de postes et de classes nuisaient aux conditions de travail et d'apprentissage.

Face aux suppressions de postes et de classes, aux coupes budgétaires et à la dégradation des conditions de travail, les enseignants s’insurgent une nouvelle fois contre le rectorat et le gouvernement. Épuisés par la crise sanitaire et la charge de travail qui s’accroit d’année en année, ils demandent une revalorisation de leur poste et l’embauche immédiate de professeurs mais aussi d’accompagnants spécialisés pour les enfants en difficulté. Mais quels sont les besoins spécifiques à chaque niveau d’étude ?

Le premier degré

  • Le premier degré, qui regroupe les classes maternelles, élémentaires et primaires, va voir 26 de ses classes se fermer sur le Puy-de-Dôme. Malgré les annonces du gouvernement, ce seront des fermetures qui auront lieu dans les communes de moins de 5 000 habitants, soit au sein du milieu rural. Ce sont donc les écoles de mairies qui seront par exemple visées. « Il y a 4 ans, le gouvernement mettait en place des conventions avec les collectivités pour empêcher ce genre de fermetures. Au final, ça a donné lieu à des fusions d’écoles » s’indigne le syndicat Sud Éducation. Pour lui, la baisse constante des budgets dédiés à l’éducation entraîne forcément par ricochet la suppression de postes. Le syndicat tient donc à rappeler que les professeurs n’enseignent pas à des effectifs chiffrés, mais bien à des élèves.

    Et la crise sanitaire n’arrange rien aux conditions de travail des enseignants. « Comment pouvons nous comprendre la décision de fermer des classes, de surcharger en effectifs celles qui restent alors qu’on nous impose un protocole sanitaire strict et impossible à mettre en place dans ces conditions ? » s’insurge un militant de Force Ouvrière. « Il faut revoir la carte scolaire. Ouvrir des classes et recruter des professeurs. Comment ? En titularisant les contractuels qui le souhaitent ou en embauchant ceux qui ont raté de peu le concours de l’Éducation Nationale et en les stagiairisant. Pour le Puy-de-Dôme, il y a déjà 26 contractuels. »

    Parallèlement, des classes de Grande section, de CP et de CE1 vont être dédoublées au sein des établissements d’éducation prioritaire. « Sauf que le gouvernement supprime des postes et ferme des classes dans les autres établissements. Cela signifie que l’on va certes dédoubler des classes mais en même temps en surcharger d’autres pour compenser. Il faut d’abord créer des emplois pour dédoubler les classes » explique Sylvie, enseignante en maternelle. « Or, un petit nombre d’élèves est essentiel pour faire notre travail correctement » poursuit-elle.
  • En plus du manque de professeurs titulaires, les remplaçants seront affectés par département à défaut de l’être sur une école. Cela pose donc d’autres problèmes, comme le fait que les professeurs en poste de direction auront une surcharge de travail. « Je m’occupe de ma classe et de la direction de mon école. Normalement, un remplaçant s’occupe de ma classe un jour par mois pour que j’effectue ces tâches de direction. Mais comme on ne recrute pas de remplaçants, ce n’est pas appliqué. Je dois faire mes tâches administratives le soir, après les cours » expose Sylvie.

Le second degré

  • Avec 220 millions d’euros d’économie sur l’année, le budget de l’Éducation Nationale oblige les enseignants à être toujours moins chers. « On nous demande de coûter moins cher, soit d’être précaires ! » dénonce Sud Solidaire. Patrick Lebrun, délégué syndical chez F.S.U (Fédération syndicale unitaire), enchaîne : « En 2019, le gouvernement a supprimé 82 postes d’enseignants sur le département. En 2020, c’était 99 postes en moins. Cette année, 54 de plus sont amenés à disparaître. Le tout transformé en HSA pour épuiser les professeurs et démanteler le service publique que l’on représente ! »

  • « Les HSA sont des heures supplémentaires annualisées. Elles sont en augmentation constante. Cette année, on aura droit à 2 heures de cours en plus, ce qui fait 4h de travail en réalité, soit une demi-journée. Ce n’est pas rien » explique Elise, professeure d’histoire-géo au collège. « On dépasse déjà largement les 36 heures de travail par semaine en bossant environ 48h/semaine. Sans parler des réunions non rémunérées. Dans quel état va-t-on retrouver nos collègues avec ces 4 heures de plus ? On a aussi une vie personnelle et le gouvernement croit qu’on est à sa disposition » s’insurge Élise. « On ne se plaint pas des heures de travail mais bien des conditions dans lesquelles on travaille » rappelle David, professeur de mathématiques pour des classes de seconde au lycée. « Le gouvernement nous gèle nos salaires depuis des années tout en nous demandant de travailler plus, avec plus d’élèves » poursuit-il. Les professeurs se retrouvent donc face à des heures supplémentaires obligatoires tandis que leur pouvoir d’achat continue de baisser.
  • En tout, ce sont 319 classes prévues de 28 élèves dans les collèges du Puy-de-Dôme à la rentrée 2021. Pour les membres de l’Éducation Nationale, le gouvernement cherche à entasser de plus en plus d’élèves possible dans des classes aux effectifs bientôt illimités. Tout cela pendant que les enseignants exigent depuis des années la réduction des effectifs en classe. « Arrêtez de détruire le service public de l’éducation nationale ! Rappelons que nous sommes le dernier rempart pour défendre la république à certains endroits et que les politiques finissent par décourager les gens à être profs ! » s’insurge Elise, qui gère en moyenne 150 élèves.

La situation des accompagnants

Malgré plusieurs mobilisations dans ce sens, le ministère de l’Éducation Nationale refuse toujours un statut de fonctionnaire aux AED (Assistant d’Éducation) et AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap). Leurs conditions de travail et leur rémunération restent donc précaires. Et surtout, des élèves en situation de handicap sont toujours en attente d’un accompagnant. « On me demande d’organiser des dispositifs personnalisés pour mes élèves en difficulté alors que j’ai des classes de 25 élèves. J’ai un élève qui a des troubles de l’attention. Comme on n’a personne pour l’accompagner pour l’instant, il coupe la parole, il se roule par terre. Et moi je dois le gérer tout en faisant cours » expose Elise. L’enseignante explique qu’elle peut aussi avoir des élèves dyslexiques ou qui ne savent pas lire le français. « Il faudrait que je sois à côté d’eux tout le temps, que j’ai des activités préparées spécialement pour eux. Sauf que si je me consacre à un élève, dans une classe de collège, ce seront les autres que je n’arriverais plus à gérer » poursuit-elle.

Les syndicats dénoncent aussi ce manque d’accompagnement. Pour eux, la mise en place des PIALs (pôles inclusifs d’accompagnement localisés), qui servent à organiser le travail des AESH, n’aide pas ces derniers. Au contraire, ils dégraderaient les conditions d’accueil et d’accompagnement des enfants en situation de handicap ainsi que les conditions de travail des AESH. « Il faudrait créer des postes. Au final, le rectorat et le gouvernement remettent en cause ce travail difficile. Les pials envoient les AESH sur plusieurs établissements à la fois et leur demandent parfois de s’occuper de beaucoup plus d’enfants en situation d’handicap que les enseignants. »
Pour les syndicats, cette situation entraîne des changements réguliers d’accompagnants pour les élèves qui en ont besoin. Or, cela déstabilise à la fois l’élève et l’accompagnant qui doivent réapprendre à se connaître, ce qui n’est pas évident. « On leur impose aussi le temps partiel avec des salaires très bas à 750 euros par mois ! C’est pour ça qu’il y a beaucoup de démissions » conclut Fabien Claveau, syndiqué au FSU.

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