Les salariés de Just Eat en grève, le 15 juillet

Dans une vingtaine de villes, dont Clermont-Ferrand, Just Eat a décidé de licencier 200 de ses salariés. Pourtant, l'entreprise avait, en 2021, un chiffre d'affaires de 5,3 milliards d'euros avec une augmentation de 33 % par rapport à 2020. De plus, les salariés dénoncent des conditions de travail indignes. Explications.

Anthony, hier, a fait une journée de travail de 8 heures. Il a dû la passer sur un banc à attendre les commandes. Finalement, il n’en aura eu qu’une. « Mais, je n’ai pas le droit d’aller chez moi, je dois attendre au point face à la préfecture. » Il le reconnaît, Just Eat, ça ne marche pas vraiment à Clermont-Ferrand. « En fait, ils font tout pour que ça ne marche pas, vous avez déjà vu de la pub ? Deliveroo ou Uber Eat, ça marche mieux, parce que les entreprises communiquent. »

Le 11 juillet devait se tenir la réunion de négociation pour les salaires et pour le Plan de Sauvegarde de l’Emploi. Mais, l’entretien a encore été repoussé.

Licenciement dans 20 villes

Les salariés ont donc décidé de se mettre en grève, vendredi 15 juillet dans les 20 villes touchées par les licenciements. « Le vendredi soir, c’est là où on travaille le plus. » Explique Anthony.

Just Eat est une entreprise de livraison. Contrairement à Deliveroo ou Uber Eat qui font appel à des micro-entrepreneurs, elle salarie ses agents. « Nous avons des CDI. A Clermont, je suis le seul à 35 heures. Sinon, ce sont des temps partiels de 10 heures à 28 heures. » 15 salariés en tout sur Clermont-Ferrand.

Obligés de fournir vélo et téléphone

S’ils bénéficient d’un contrat de travail, ils doivent fournir leur vélo, leur téléphone. « On nous file des t-shirts et le sac de livraison à l’effigie de la marque, ainsi qu’un casque et un porte-téléphone. »

Remboursés 15 centimes du kilomètre, et 3 centimes de l’heure pour le forfait téléphone. « Sur ma fiche de paie, j’ai gagné, pour l’utilisation de mon portable, 3,03 euros pour 151,67 heures de travail. »

6 jours sur 7 et deux soirs par week-end

Anthony et ses collègues doivent fournir 150 % de leurs disponibilités chaque semaine. « Sur les 52 heures que je propose, Just Eat va disposer mes 35 heures de travail. On travaille 6 jours sur 7, avec obligation de deux soirs par week-end. »

Typiquement, la journée se déroule souvent de 11h à 15 h et de 17H30 à 21 heures ou de 19 heures à 23h30. « Ils nous font arrêter avant minuit, sinon, il faudrait nous payer en heures de nuit. »

La convention collective du transport prévoit pourtant des heures de nuit, des primes du dimanche et des paniers repas. Mais les accords d’entreprise ont fait fi de toutes ces obligations.

Chiffre d’affaires record pour l’entreprise en 2021

Et bientôt l’entreprise prévoit de licencier. « On comprend que ça ne marche pas, on pense que c’est fait exprès, ils ne font pas d’effort. Mais, ils nous proposent seulement 6 mois de reclassement payé à hauteur de 65 % de nos salaires et 3000 euros de budget de formation. On pense que c’est légitime de négocier! Surtout, que nous n’avons ni prime, ni 13ème mois. Nous ne pouvons pas poser une journée. Nous sommes obligés de poser une semaine complète sinon c’est considéré comme sans solde. C’est même à nous d’assurer nos vélos. »

Il faut dire que l’entreprise a bénéficié d’un Chiffre d’affaires de 5,3 milliards d’euros, en 2021, soit une augmentation de 33 % par rapport à l’année précédente. De quoi indemniser ses salariés sur le carreau.

A l’appel de la CGT, les salariés de Just Est seront donc dans la rue des vendredi 15 juillet à 19h, dans plusieurs villes de France.

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1 réflexion sur “Les salariés de Just Eat en grève, le 15 juillet”

  1. bonjour,
    encore un excellent article sur un type d’emploi sorti de l’ombre ou des bas fonds du salariat.
    Mais ce que cachent ces conditions de travail démentielles surtout si on les considère à durée indéterminée, c’est le consentement social ou pour le dire autrement : quelles sont les personnes qui font appel à ce genre de prestations ? En effet le portage de repas à domicile est compréhensible pour des personnes isolées ou en difficultés, personnes âgées ou souffrant de pathologies invalidantes, mais pour le citoyen normal, il serait temps de se poser la question éthique. Peut on contribuer à la dégradation de la dignité humaine pour satisfaire des besoins non essentiels .
    Just Eat et consort embarquent dans leurs galères modernes des cohortes de salariés jeunes afin de répondre à la satisfaction un peu égoïste de citoyens affamés. Les mêmes qui peuvent dénoncer les conditions de travail inadmissibles dans certains pays éloignés. Un boycott de cette entreprise pendant 2 mois par les usagers seraient sans doute assez efficace pour relayer les demandes des salariés. Quant au CDI, c’est le meilleur moyen de « garder » les salariés afin d’en tirer le maximum de profit. Ce ne serait pas le cas avec des CDD qui partiraient beaucoup plus facilement de ces plateformes esclavagistes et cela mettrait l’entreprise en grande difficulté. Donc le CDI c’est tout bon pour Just Eat mais cela ne donne aucune garantie aux salariés ou le minimum dévolue autrement aux CDD.

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