La retraite, en quelques chiffres

Alors qu'une manifestation de grande ampleur s'apprête à remplir les rues françaises afin de dénoncer la nouvelle réforme des retraites, nous avons décidé de nous pencher sur l'histoire de cette cotisation à la française.

1673. Voici la date de la première mise en place des retraites en France. Nous sommes alors sous Louis XIV. Colbert crée une caisse de retraite pour les marins.

S’ensuivent d’autres caisses pour les professionnels liés à l’Etat : Militaires, agents de l’Etat, Cheminots…Des catégories qui d’ailleurs aujourd’hui bénéficient de leurs régimes spéciaux.

Des retraites post-révolution

En 1790, la première caisse de retraite des fonctionnaires est fondée autorisant le départ à 60 ans après 30 ans de labeur, ou pour les métiers dits pénibles, à 55 ans, après 25 ans de bons et loyaux services.

En 1930, le premier régime des retraites obligatoire ne concerne que les fonctionnaires qui perçoivent plus de 15000 francs par an, à la condition de justifier d’une durée de cotisation de plus de 30 ans.

Naissance de la Sécurité Sociale

Il faut attendre évidemment 1945, Ambroise Croizat et la création de la sécurité sociale dont le régime des retraites devient une branche pour voir la naissance du régime par répartition et avec un âge légal pour tous : Les cotisations des actifs permettent de financer les retraites de la même année tout en créant des droits pour la future retraite.

La naissance du régime général permet de toucher tous les salariés du privé (sauf les agriculteurs).

En 1947, naît l’AGIRC, la complémentaire qui fonctionne à points.

1949 voit apparaître la caisse des retraites des professionnels indépendants (professions libérales, artisans, commerçants…)

Naissance du minimum vieillesse

En 1956, le minimum vieillesse est octroyé sans condition de ressources. Il est ainsi destiné à ceux qui n’ont pas assez cotisé et est financé par les impôts et géré par le fonds national de Solidarité ( qui deviendra en 1993 le Fonds solidarité Vieillesse).

Dès 1971, une première réforme surfant sur la croissance des 30 glorieuses permet de relever le niveau des pensions. Le départ à 65 ans est calculé sur la base des 10 meilleures années. Le salarié peut bénéficier de 40 à 50 % de son revenu s’il a cotisé de 30 à 37,5 ans. ( entre 120 et 150 trimestres.)Il s’agit de la réforme Boulin.

En 1972, la complémentaire devient aussi obligatoire pour les salariés de l’agriculture.

Après l’élection de Mitterrand, et dès 1982, la retraite passe à 60 ans après 37,5 ans de cotisation afin de signifier le « droit au repos ».

le livre blanc de Rocard

9 ans plus tard, Rocard sort le livre blanc des retraites. Pour lui, avec l’allongement de la vie, il faut allonger les durées de cotisations et de travail. Il faut indexer les pensions sur les prix et créer des retraites supplémentaires par capitalisation.

En 1993, soit deux petites années plus tard, la réforme Balladur fait passer la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans dans le privé. La pension sera désormais calculée sur les 25 meilleures années et non plus sur les 10 meilleures. L’indexation se fait sur les prix et non plus sur les salaires.

La réforme Juppé

Après l’élection de Jacques Chirac dont le programme était de réduire la fracture sociale, le président de la république explique qu’il doit mener une autre politique vu le contexte de déficit du pays. Le plan Juppé dans ce contexte veut étendre la réforme Balladur à la fonction publique. Mais, le plan prévoit aussi des objectifs de progression dans les dépenses maladies et même la sanction de médecins, un accroissement des tarifs d’accès à l’hôpital. Enfin, La réforme Juppé propose le blocage des allocations familiales et l’augmentation des cotisations maladie pour les retraités et les chômeurs.

La CFDT et le Parti socialiste soutiennent le plan. Mais la réforme se heurte aux mobilisation dans la rue. Un mouvement de grève qui va durer 3 semaines. Le 12 décembre 1995, deux millions de personnes manifestent dans toute la France.

Le 15 décembre, le gouvernement retire sa réforme sur les retraites. Cependant, une ordonnance du 24 janvier 1996 permet la non-revalorisation des prestations familiales et une réorganisation de la sécurité sociale avec des unions régionales et la création de la carte vitale.

Les lois de financement de la sécurité sociale sont introduites par la loi constitutionnelle du 22 février 1996. Des objectifs de dépenses sont désormais mis en place pour une rentabilité de la santé publique…

Jospin et le fonds de réserve

En 1999, Jospin crée un fonds de réserve pour les retraites afin de protéger la génération Papy Boom. Il entend assurer la pérennité du régime en taxant les revenus du patrimoine et les placements.

En 2000, le Conseil d’Orientation des retraites composé d’experts, élus et partenaires sociaux est créé.

En 2003, la réforme Fillon étend les cotisations jusqu’à 41 ans, et aligne le public sur le privé. Il propose des surcotes pour encourager le report de la date de départ.

En 2007, Une réforme impose aux régimes spéciaux de se calquer sur le régime général.

62 ans avec Eric Woerth

Eric Woerth, en 2010, sous le prétexte du déficit de 2008 impose le départ à la retraite à 62 ans et un report à 67 ans à taux plein.

En 2014, sous Hollande, Marisol Touraine fait une réforme qui permet la prise en compte de la pénibilité du travail. Mais, elle signe la fin des droits cumul emploi-retraite, elle propose le rachat de trimestres qui se comptent désormais à 172.

2023

En 2023, Macron entend donc rallonger de nouveau le temps de travail pour arriver à 65 ans en 2031, et un taux plein à 67 ans. Une revalorisation des petites pensions à 85 % du SMIC permettraient à ceux qui ont eu, à ce jour, une carrière complète au niveau du SMIC de toucher 1200 euros. Il aimerait la fin de tous les régimes spéciaux pour les nouveaux embauchés.

Enfin, pas tous les régimes spéciaux, nous en reparlerons.

Un fonds d’un milliards d’euros sera destiné aux emplois dits « pénibles » : Policiers, militaires, pompiers et les aides soignants dans le public. Les aidants auprès d’un parent âgé ou d’un enfant âgé pourront être pris en compte.

Mais, en fait, les retraites ça touche qui ?

Actuellement, 15,9 millions de retraités bénéficient de leur pension. 42 régimes différents existent sur le territoire. Et la moyenne de la pension est de 1576 euros. 1806 euros pour les hommes et 1367 euros pour les femmes.

Inégalités dans l’espérance de vie

Les hommes cadres vivent en moyenne 22,7 ans à la retraite, alors qu’un ouvrier ne profitera de sa retraite que 19,9 ans, atteignant 80,1 ans. Les agriculteurs bénéficient de leur pension 20,8 ans.

Chez les femmes, même constat : Les inégalités sont féroces. Les ouvrières vivront 25,6 ans à la retraite, 3 ans de moins que leurs consoeurs cadres.

Inégalités dans les pensions

Les inégalités ne s’arrêtent pas là : Un cadre touche 2890 euros par mois de pension, plus du double de l’ouvrier (1423 euros par mois)

En 2018, 12 % des hommes étaient déjà morts avant l’âge de la retraite. Parmi eux, 26 % font partie des personnes les plus pauvres, et 5 % des plus riches (qui gagnent plus de 5800 euros par mois.)

94 % des femmes arrivent à la retraite mais là encore avec des disparités. 12% des plus pauvres seront mortes avant de toucher leur pension. Elles ne seront que 4 % dans la tranche des plus riches.

La différence de l’espérance de vie entre les personnes les plus riches et les plus pauvres est de 13 ans.

Et la retraite des sénateurs et des députés ?

Enfin autres inégalités : celles des traitements.

Un député n’a besoin de cotiser que 5 ans pour toucher 700 euros de pension. 10 ans pour toucher les 1200 euros touchés par les salariés au SMIC. Les sénateurs touchent plus de 1800 euros à la retraite pour 6 ans de mandat ! Ces régimes spéciaux ne sont pourtant pas inquiétés par cette nouvelle réforme…

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