Une grève de la faim pour la régularisation de Madama.

Madama est un jeune malien arrivé en septembre 2018 en France. Alors qu’il avait trouvé sa voie et organisé son parcours professionnel, il est menacé de recevoir une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) car il est majeur. Eric Durupt, tuteur de sa famille d’accueil, est en grève de la faim depuis 18 jours pour faire pression sur la préfecture qui refuse de donner un titre de séjour à Madama.

Depuis décembre 2018, Eric Durupt et Véronique De Marconnay vivent avec Madama, un jeune malien arrivé il y a deux ans en France et qui fait aujourd’hui partie intégrante de la famille. « On est une famille recomposée, avec des enfants chacun de notre côté qui sont grands. On avait de la place dans la maison et on était déjà sensibilisés aux luttes de RESF (Réseau éducation sans frontières) et on voulait aider des migrants arrivant en France. On s’est proposé et on a accueilli deux maliens. On n’a plus voulu qu’ils repartent » explique Véronique, très attachée à Madama, qu’elle considère comme son fils. Les juges pour enfants ont ensuite désigné Éric et Véronique comme TDC (Tiers Digne de Confiance) et sont devenus les tuteurs de Madama. « Mais ils ont 19 ans aujourd’hui. Nous ne sommes plus leurs tuteurs légaux puisqu’ils sont adultes. Il y en a un qui est parti faire sa vie et Madama est avec nous » décrit Véronique.

Professeurs en lycées, respectivement d’histoire-géo et d’anglais, Éric et Véronique ont beaucoup aidé Madama au niveau de l’éducation : « Madama a suivi des cours de français et de maths. Il n’avait jamais été scolarisé avant et donc on a fait ça ensemble avec les devoirs le soir etc. Il fait énormément d’efforts pour se perfectionner en français » poursuit Véronique qui est fière de l’intégration de son protégé. « L’intégration s’est merveilleusement déroulée, nous étions responsables donc nous avons fait notre possible pour le suivi médical, l’éducation. On a passé des moment extrêmement agréables, des échanges riches au niveau culturel, social, sentimental » conclut-elle.
En plus des cours de français et de maths, Madama s’est d’abord intéressé au métier de boucher-charcutier. Il avait même obtenu un contrat d’apprentissage. « Mais il a été amené à se réorienter car c’était trop compliqué car il y avait beaucoup de calculs mathématiques à faire. Il n’était pas encore assez à l’aise avec les chiffres » indique Véronique. Le jeune malien poursuit donc ses recherches pour trouver sa voie et s’intéresse rapidement au domaine de l’agriculture. « C’était un moment merveilleux quand il est rentré de son premier jour de stage chez des éleveurs bio. Son sourire était immense, il était fier de nous raconter tout ce qu’il avait fait. Il avait le sentiment que tout allait se résoudre, qu’il avait trouvé sa voie. On ressentait tous ses espoirs » poursuit sa mère de substitution. Madama trouve ensuite une place en CAP pour devenir ouvrier agricole, il fait plusieurs stages et aime s’occuper des moutons et des brebis, le contact avec les animaux.
« Entre temps il a eu 18 ans. Donc il n’a plus le droit de rester sans titre de séjour. Et pour l’obtenir, il lui faut une autorisation de travail. En juin dernier, Madama a trouvé une formation et un travail, mais il lui faut un titre de séjour pour valider ses contrats » ajoute la famille d’accueil, exaspérée par ce serpent qui se mord la queue : Sans contrat de travail, pas de titre de séjour, sans titre de séjour, pas de contrat. La demande de papiers datant du 2 janvier 2020, la famille a donc vécu un an dans l’attente pour obtenir un refus de la préfecture. « C’est comme si on voulait nous enlever notre enfant » conclut Véronique, émue. « Les jeunes français, il y en a beaucoup qui se réorientent et qui ont des difficultés à trouver leur voie et c’est normal, mais ce n’est pas le même traitement pour les migrants qui n’ont pas le droit à l’erreur. C’est injuste » se révolte-elle.

En plus de recevoir un refus de titre de séjour de la préfecture, celle-ci convoque hier Madama pour lui proposer une aide au retour dans son pays, le Mali. Pour la famille d’accueil, il en est hors de question : « Il n’y a rien qui l’attend là-bas, à part la guerre, la misère et des conditions climatiques difficiles. » Face au refus d’une aide au retour, la préfecture annonce au jeune malien qu’une OQTF lui sera envoyée. Pour Éric et Véronique, l’institution ne se rend pas compte des efforts réalisés par Madama pour s’intégrer et souhaite simplement l’expulser, par tous les moyens. « On est révoltés alors que Madama vit dans l’angoisse, mange peu et dort mal. Il est triste, abattu et anxieux alors que c’est un garçon qui a la joie de vivre et qui est ouvert aux découvertes. »
Face à cette situation Éric Durupt décide de mener une grève de la faim. Cela fait 18 jours qu’il ne s’est pas nourri. A l’annonce de l’arrivée d’une OQTF hier, il fait un malaise et doit passer des examens à l’hôpital. « Je me sens fatigué mais suffisamment en forme pour montrer ma détermination et continuer à défendre Madama sans rien lâcher. Je ne suis pas encore à terre » exprime avec force le père de substitution de Madama. Pour lui, la grève de la faim est une des dernières alternatives pour faire pression sur la préfecture, « montrer au préfet que si on risque sa santé voire plus, c’est que la défense de Madama est un en jeu essentiel pour nous. C’est un cri d’appel au secours. C’est aussi parce qu’une grève de la faim, ça mobilise encore plus, parce que l’action est plus virulente » explique-t-il. Même si sa famille et compagne sont inquiets pour lui, ils le soutiennent. La famille d’accueil et Madama est aussi très touchée par tous les soutiens qu’ils ont pu recevoir par des inconnus. « Madama est surpris et ravi de voir tous les soutiens autour de lui, de nous. Tous ces inconnus qui signent la pétition, il n’en revient pas. Il ne conçoit déjà pas ce chiffre (de signataires) puisque il n’en voit pas des aussi gros d’habitude. Ça lui fait chaud au cœur et ça nous permet à tous de tenir, lui, moi etc » conclut Éric. Si les « parents » du jeune malien se mettent autant en avant, c’est aussi pour le protéger : « On ne veut pas qu’il se sente mal, qu’il ne soit pas la cible d’attaques. On reçoit certes beaucoup de messages de soutien mais aussi beaucoup de messages haineux, donc on essaie d’être les principaux interlocuteurs pour le préserver » explique Véronique.

Le couple de professeurs a donc lancé un appel national pour manifester demain, mercredi 17 février, à 10h30, Place Cadelade, à Puy-En-Velay. « On espère qu’elle va mobiliser un maximum de monde. On ne lâchera rien donc nous vous invitons à vous mobiliser avec nous ! Il y aura aussi un grand repas préparé par Madama et ses amis ! » lance Éric avant que Véronique conclut : « Notre espoir à nous, même si on a eu un coup dur hier, c’est aussi que notre combat servira à d’autres jeunes en détresse. »

Une pétition qui a donc reçu ( le gros nombre de 33 700 signatures est aussi en ligne pour régulariser la situation de Madama : cliquez ici !

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