Madama en garde à vue après une convocation de la police des frontières.

Mardi 9 mars, à 9h30, Madama était convoqué au commissariat de Gerzat pour répondre à des questions concernant ses papiers d’identité maliens. Quinze militants étaient présents pour le soutenir dans sa démarche et réclamer sa régularisation. Madama est en France depuis ses 16 ans mais est aujourd’hui menacé d’expulsion. Mediacoop avait expliqué sa situation dans un article que vous pouvez retrouver en cliquant ici.

Un acharnement contre Madama ?

Alors que Madama devait simplement être interrogé après une convocation de la police des frontières, il s’est retrouvé en garde à vue. D’après la police, les papiers maliens prouvant son identité seraient faux. « La Préfecture du Puy-en-Velay s’était engagée à faire une expertise rapide des documents d’identité fournis le 25 février 2021, afin d’apporter dans un délai rapide une réponse à la demande de titre de séjour de Madama » explique Véronique de Marconnay, mère de substitution du jeune malien. Elle qui rassurait son protégé avant d’aller au rendez-vous, lui expliquant qu’ils avaient les bons papiers, qu’ils allaient enfin avancer, que ça allait bien se passer, la voilà sous le choc avec son compagnon Éric.

Ce dernier avait réalisé une grève de la faim durant 3 semaines en février, afin de faire pression sur la préfecture du Puy-en-Velay qui refusait un titre de séjour à Madama. Le garçon avait pourtant trouvé une formation et un emploi, appris la langue française alors qu’il n’avait jamais été scolarisé, et vit depuis ses 16 ans chez le couple de professeurs, qui le considèrent comme leur fils. Il avait d’ailleurs été reconnu comme mineur par une juge, qui avait désigné le couple de professeurs comme ses tuteurs. Les documents d’identité qui ont été examinés, ont été envoyés par le maire du village natal de Madama, Doualé. Le consulat du Mali a confirmé l’identité de Madama auprès des autorités. Malgré toutes ces preuves, la police des frontières et la préfecture semblent toujours douter de l’identité du jeune malien. « On ne comprend pas cet acharnement sur lui, surtout que même si les papiers étaient faux, c’est nous qui avons fait la démarches pour les avoir du Mali. Ce serait donc à nous d’être en garde à vue. » explique, inquiet, Éric. « Madama ne sait même pas comment nous avons effectué les démarches pour retrouver ses papiers. Il ne pourra pas répondre à ce genre de questions. »

Une procédure déshumanisante et humiliante

« Lorsqu’on reçoit un courrier destiné à Madama, il y a écrit « Adressé à X, qui se dit Madama Diawara. » Comme si il avait inventé son identité. S’il a menti après deux ans avec nous, ce serait un formidable acteur, il faudrait le garder » essaie de dédramatiser le couple de professeurs. Face à cette déshumanisation que subit Madama, les militants s’insurgent : « C’est humiliant. Et cette garde à vue permet à la préfecture de faire planer le doute sur sa sincérité. Ça va aussi décourager les autres jeunes migrants à vouloir attester de leur identité et de se rendre au commissariat. C’est pour leur faire peur à eux aussi ». Un autre militant ajoute : « C’est une prise d’otage d’enfermer quelqu’un de manière aussi injustifiée. Même s’il n’avait pas de papiers, il n’a pas commis d’infraction et la France est sensée être une terre d’accueil. »

Entre crainte et colère

Entrés à 9h30 au commissariat de Gerzat, Madama et ses parents de substitution ont été auditionnés pendant environ 3 heures chacun leur tour. « Les policiers nous ont demandé comment il était arrivé chez nous, comment il était avec nous, en gros toute sa vie depuis deux ans. Ils nous ont aussi demandé comment on avait obtenu ses papiers d’identité maliens » décrit Éric. Le couple n’a donc pas pu accompagner Madama lors de son audition, comme cela était initialement prévu. « On ne sait plus quoi faire, à chaque fois qu’on leur apporte un papier que la préfecture nous demande, il en faut toujours un autre ou il y a toujours quelque chose à redire » déplore le professeur d’histoire-géo. Véronique et Éric ne savent pas quand et si Madama sera relâché. « La police a contacté le préfet qui doit d’abord rendre sa décision concernant la situation de Madama. Mais on a l’impression d’avoir été de bonne volonté avec la préfecture et de s’être fait piéger » poursuit le père de substitution. « On est très mal. Les policiers ne veulent pas qu’on le voit, ils nous disent qu’il va bien et qu’il a mangé. Mais bon, ils ne nous diraient pas le contraire de toute manière » dit-il, ému et inquiet pour son fils de cœur. « Madama n’a plus rien au Mali, plus de contacts. Son père est mort, il n’a plus que nous. Il veut rester dans sa famille, vivre et travailler en France » conclut-il. A 19h, Madama était emmené pour être mis en centre de rétention à Lyon. Son avocate, Maître Royon, va déposer un recours devant le tribunal administratif afin de contester la décision du préfet. Une manifestation est organisée mercredi 10 mars, à 14h, devant la préfecture du Puy-en-Velay, en contestation de cet acharnement contre Madama.


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