« On ne veut pas juste pouvoir payer notre loyer. On veut vivre. » : les jeunes dans la rue contre la précarité.

Mardi 16 mars, à 10h, une cinquantaine de manifestants se sont réunis devant la présidence de l'université de Clermont-Ferrand pour dénoncer la précarité étudiante. Jusqu'à midi, les étudiants ont chanté, apporté des propositions et des solutions pour qu'ils puissent devenir autonomes financièrement.

Le plan d’urgence à court terme pour réduire la précarité

Alors que la précarité chez les jeunes continue de s’accroitre, des militants étudiants mais aussi de la culture sont venus manifester ce matin devant la présidence de l’Université de Clermont-Ferrand. « Le plan d’urgence que nous demandons c’est d’augmenter les bourses de 100 euros et de les offrir à plus d’étudiants. Sur le long terme, nous proposons la création de l’allocation d’autonomie universelle » expose Paco de l’Unef (Union nationale des étudiants de France). Le syndicat étudiant demande aussi des boitiers 4G et l’accès à des ordinateurs pour lutter contre la précarité numérique et pour un accès égalitaire aux cours.

Malgré la mise en place de certaines mesures pas l’État, l’Unef tient à pousser plus loin ces mêmes mesures. « On souhaite plus de distributeurs de protection hygiéniques pour toutes et contre la précarité menstruelle ! Supprimer ce coût pour toutes les étudiantes. Et bio, qui ne mettent pas en danger notre santé ! » s’exclame Makye. Paco dénonce aussi le fait que les étudiants et salariés du Crous payent l’établissement à un euro des repas de l’organisation. « Le gouvernement n’aide pas le Crous par rapport au coût de ces repas. Donc ce sont toujours les précaires qui trinquent pour les autres. Il y a une forte baisse de quantité ET de qualité dans nos repas. Une entrée avec 4 grains de maïs et une demi tomate, ce n’est pas acceptable. Quant aux agents du Crous, ils vont se mettre en grève car ont des conditions de travail et un salaire précaires. »

Enfin, les étudiants demandent la suppression de la Contribution à la vie étudiante et de campus, qui s’élève à 91 euros. « Le CVEC est aussi un impôt que payent les étudiants alors qu’il n’existait pas avant parcours sup. Il a remplacé la sécurité sociale qu’on payait avec nos frais de scolarité et qui répondait parfaitement à nos besoins. Aujourd’hui, cet impôt, on ne sait pas comme il est réparti par le Crous » explique Lukas, qui préfèrerait retrouver une sécurité sociale correcte.

Sur le long terme : L’allocation d’autonomie universelle

Ce type d’allocation, comme il en existe déjà au Danemark, serait accessible à tous et toutes, et remplacerait ainsi les bourses. Pour les étudiants, cette allocation permettrait non seulement de sortir les jeunes de la précarité, mais surtout de les rendre indépendants. « Ça nous donnerait un statut social qui nous protège et donc des droits qui sont aujourd’hui inexistants. On nous demande à la fois d’être indépendants tout en nous rattachant fiscalement à nos parents par exemple » explique Lukas de l’Unef. Car pour Paco de l’Unef, les étudiants qui travaillent sont exploités avec des horaires dépassant souvent les 20h maximum par semaine, tout en ayant un salaire précaire.

Pour les étudiants, une allocation comme celle-ci serait synonyme d’une meilleure santé physique et mentale entre moins d’angoisses financières, pas de job étudiant précaire, un véritable accès au soins. Mais aussi pouvoir se payer le loyer, les transports, une quantité décente de nourriture. « On va être les premiers impactés par la crise environnementale. On aimerait bien pouvoir faire les petits gestes du quotidien comme manger bio et local. Pour l’instant, on peine à acheter un paquet de pâtes » expose Mayke. Les étudiants veulent aussi bien entendu profiter de leur jeunesse, avoir accès à la culture, voyager, pouvoir avoir des expériences épanouissantes pour leur vie d’adulte.

Tous ne sont pas d’accord avec la stratégie de l’Unef, bien que présents à la manifestation. « Je suis d’accord avec le message de fond. Moi-même j’ai galéré pendant deux ans avant d’obtenir ma bourse. Mais je ne sais pas si une allocation universelle est la solution. Comment la financer ? L’instaurer ? Quelles seront les conditions pour l’établir ? Pour moi, ça va créer une concurrence avec nos voisins. Il n’y a pas que nous qui sommes précaires. Pour moi, c’est une politique impensable durant la crise sanitaire. » explique une étudiante anonyme. Pour elle, il faut prendre exemple sur la région de Bourgogne-Franche-Comté, qui a décidé de d’aider exceptionnellement les étudiants ayant perdu leur emploi, à hauteur de 800 euros. Soit une enveloppe de 4 millions d’euros. L’étudiante préfère donc aider tout de suite pour ensuite repenser le système étudiant et pouvoir réfléchir plus posément à des solutions comme l’allocation.

Comment la financer ?

« A 18 ans, et tant que tu n’as pas de revenu assez conséquent, tu es rattaché fiscalement à tes parents. Comme tu es à leur charge, ils ont des exonérations d’impôts pour t’aider à vivre. On pourrait supprimer cette demi-part fiscale pour financer l’allocation d’autonomie universelle » explique Lukas. « Le crédit d’impôt pourrait aussi être supprimé pour financer cette allocation. C’est un impôt qui est sensé servir à créer des emplois dans la recherche. Mais nous trouvons que ça n’en crée pas tant que ça ! Alors autant utiliser cet argent ailleurs. » poursuit-il en expliquant que beaucoup de choses pourraient permettre ce financement. Comme rétablir l’ISF (Impôt de Solidarité sur la Fortune) par exemple.

L’UNEF demande donc à ce que cette allocation soit à la hauteur du SMIC. « Une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée Nationale. Ils proposent une allocation d’émancipation de la jeunesse, à hauteur de 950 euros par mois environ. C’est le montant du seuil de pauvreté monétaire. Il faut savoir que le seuil de pauvreté globale s’élève à plus de 1 000 euros aujourd’hui. » Pour l’Unef, même si c’est déjà une bonne nouvelle, cette proposition est encore très floue. « Comment la financeraient-ils, comme sera-t-elle répartie etc. »

« On ne veut pas juste pouvoir payer notre loyer. On veut pouvoir vivre. » conclut Mayke, de l’Unef. Pour soutenir les salariés et étudiants qui la font vivre, deux manifestations se préparent. Vendredi 19 mars devant l’école de droit à 12h30 contre la précarité étudiante. Mais aussi lundi 22 mars à 9h, où les agents du Crous feront grève devant leur siège.

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