Albin : « Donner les clefs aux détenus »

Une nouvelle association a été créée sur Clermont-Ferrand afin d'apporter savoirs universitaires et réflexions sur le monde carcéral. Nous avons rencontré Naïs Sabatier, à l'initiative de ce projet.

Albin, voici le nom d’une nouvelle association clermontoise. En référence au personnage, co-détenu de Claude Gueux, dans l’ouvrage éponyme de Victor Hugo. Personnage naïf et pur au cœur d’un roman critique sur les conditions de détention.

Conférences universitaires au sein de la prison

« Nous avons deux volets importants dans notre association. D’nue part, nous voulons offrir des cours universitaires aux détenus en organisant des conférences. Nous pensons que le savoir participe à la réinsertion. » Explique Naïs.

Ainsi, elle sera en charge du pôle philosophie. « Je dispenserai des enseignements philosophiques qui permettront de réfléchir sur le thème de la liberté par exemple. »

A ses côtés, Jules donnera des conférences sur le droit et Juliette sur l’histoire anglo-saxonne du système carcéral.

« Nous interviendrons 3 fois chacun durant 2 heures. Le but est d’apporter le savoir universitaire au sein des prisons. »

Recrutement des étudiants dans différentes matières

Albin recrute donc parmi les facultés. « Nous avons déjà pas mal d’étudiants qui sont intéressés, en psychologie, histoire, français… Nous aimerions pouvoir intervenir dans tous les domaines. »

Les interventions se dérouleront au centre pénitentiaire de Riom. Dans l’établissement, seuls 12 % du taux d’enseignement est réalisé.

Un manque d’enseignements dans les prisons

« Avant, l’association Génépi y donnait des cours. Elle a été dissoute car ses membres estimaient qu’ils validaient le système carcéral en y participant, et ont revendiqué leur tendance abolitionniste. »

Avec la disparition de l’association, les détenus se sont retrouvés sans aucune offre d’enseignement. « Nous ne pouvons dispenser des cours certifiants, ils n’obtiendront pas de diplôme avec nous, il s’agit vraiment de leur offrir des conférences universitaires. »

Un autre volet intéresse l’association. En plus de faire entrer l’université dans les prisons, Albin aimerait que le milieu carcéral s’invite dans les débats organisés dans les facultés.

« Nous aimerions une véritable réflexion sur le droit à la dignité par exemple. » Explique Naïs.

Des conférences à l’université

Ainsi, deux débats sont déjà prévus. L’un en novembre sur « le droit à l’intérieur de la prison » et l’autre en mars, à l’occasion de la semaine de l’égalité sur le thème des femmes en détention.

L’association marche grâce aux adhésions, et a fait des demandes de subvention. « Nous aimerions à terme que nos enseignements soient reconnus comme des modules reconnus. Ce serait un plus pour les détenus qui valideraient un cursus, et aussi pour les étudiants qui pourraient faire valoir au mieux leur expérience d’enseignement. »

Garder le lien avec le milieu carcéral

L’association n’est pas dupe de tous les travers de l’enfermement et des questions sur le rapport à la détention. « Mais, on pense aussi que c’est important de pouvoir continuer à entrer en prison. »

Car, pour l’ensemble des membres de l’association s’instruire c’est aussi se libérer. « Et donner des clefs à des gens enfermés, ce n’est pas rien. Des clefs pour régler des choses avec eux-mêmes mais aussi avec la société. »

D’autres antennes sur le territoire

Albin a son siège à Clermont-Ferrand, mais propose des antennes à Strasbourg, Rennes, Moulins, Uzerche, Montpellier et Roanne.

Réunion d’information le 20 septembre

L’association organise une réunion le mardi 20 septembre, à l’école de droit pour présenter ses actions. Ce sera amphi Chabrol, en présence de Christine Bertrand, présidente de l’institut de droit et gestion Claire Barbat, responsable des enseignements au centre pénitentiaire de Riom, et Bernard Bolze, de l’Observatoire International des prisons.

Si vous êtes intéressé par le projet : association.albin@gmail.com

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