La Furtive : Ouverture d’un squatt pour la convergence des luttes

Samedi 17 octobre 2020, le collectif La Furtive prend possession de la Tour Pascal, place Louise-Bourgeois, à Clermont-Ferrand. Cette action citoyenne est menée pour insister sur l’urgence de créer un lieu physique où toutes les luttes puissent converger, que ce soit sociales, climatiques ou culturelles.

Il est 13h30. On nous a donné rendez-vous devant l’ancienne Maison des Associations, fermée fin 2019, comme un symbole. Celle-ci est aujourd’hui louée à l’école de commerce située à côté, à prix modique, en échange de travaux financés par de grands groupes immobiliers. On nous dirige vers l’arrière du bâtiment, où on nous lit la tribune écrite concernant les objectifs de cette action. Cette tribune a été signée par dix-neuf associations qui soutiennent le projet mais n’y prennent pas forcément part. Le but aujourd’hui est de mener une action citoyenne, de désobéissance civile, en s’appropriant un lieu appartenant à la municipalité, car « cela appartient à la collectivité et donc, rappelons-le, aux citoyens » comme le dit la tribune. Cette action répond au fait que l’urgence climatique a été déclarée il y’a plus d’un an mais que, pour le collectif, cette urgence n’est pas prise au sérieux. En effet, plusieurs associations ont d’ores et déjà demandé à la municipalité de leur laisser acquérir un lieu où l’on puisse se rassembler et créer des ponts entre les luttes. Une association avait même déposé un projet concernant la tour Pascal que le collectif investit aujourd’hui. Mais aucune réponse n’avait été donnée. 14h. Après la lecture de la tribune, on attend qu’on nous donne le feu vert pour partir. On nous donne comme consigne de se déplacer par petits groupes de moins de 10 personnes, pour qu’on ne puisse pas nous arrêter avec les mesures imposées liées au Covid. Plusieurs groupes partent, les uns après les autres. Le lieu où nous commençons à nous diriger reste encore secret. Nous traversons le jardin Lecoq. Ce n’est pas encore l’heure. A 14h30, nous arrivons enfin à la Tour Pascal. Et nous entrons pour squatter ce lieu.

L’idée de La Furtive nait il y a un an, lors d’une journée de convergence des luttes et d’une réunion à Lieu’topie. Le nom a été inspiré par le fait d’être rapide et efficace face à l’urgence et l’illégalité de l’action. C’est un message pour dire qu’ils sont discrets, et que si on les expulse, ils trouveront un autre endroit à occuper. Il montre une capacité d’adaptation. « On l’a aussi féminisé pour éliminer les rapports de domination et de discrimination » ajoute Jeanne, une des organisatrices de l’action. Le choix sur le lieu à squatter est fixé en juin dernier. Le projet a été ralenti par le confinement mais les militants se refusaient à attendre encore six mois pour agir. « Il est donc impératif de créer des lieux où faire converger les luttes » et surtout « créer une culture commune pour travailler ensemble, s’ouvrir à l’extérieur, aux autres cultures et luttes » espère Jeanne. « Je ne veux pas gérer le lieu, j’impulse mais il faut de l’endurance pour continuer derrière. Ça me fait peur donc je veux que les gens le fassent aussi, qu’on soit en autogestion commune », continue t-elle. « Du coup je suis anxieuse de la suite mais super contente d’avoir réussi à ce que ça se passe bien aujourd’hui, j’ai beaucoup d’espoir, de fierté à avoir réussi à travailler avec les cinq personnes de départ. Aujourd’hui on a été rejoints par d’autres, investis dans le projet. »

Environ trente personnes ont un rôle défini aujourd’hui : Les « ouvreurs », pour accéder à l’intérieur du bâtiment mais aussi le sécuriser car il est désaffecté, les « bloqueurs » qui restent jour et nuit pour ne pas se faire priver du lieu par les autorités (des tours de garde sont donc mis en place), les « désescaladeurs de violence » chargés d’expliquer à la population pourquoi ils investissent un lieu illégalement et les « dialogueurs », qui parlementent avec les autorités et renseignent la presse. Nous sommes donc environ quarante cet après-midi pour ouvrir le site. Il faut l’aménager car il est désaffecté et mettre en place une autogestion du site. « Dans l’idée, on aimerait d’abord un espace de coworking pour que chacun puisse venir y travailler, une salle de réunion pour les associations, et un lieu de stockage pour le matériel ». Aux alentours de 17h, l’Assemblée Générale commence, d’autres personnes arrivent et s’intègrent au groupe. La police est sur place et discute avec les organisateurs tandis que les bloqueurs se tiennent prêts. Pour le moment, les organisateurs ont mis en place des tours de garde jour et nuit pour garder la demeure.

Vous pouvez retrouver le collectif sur les réseaux sociaux (instagram et facebook) ainsi qu’à la Tour Pascal !

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Publié le 17 octobre 2020
Écrit par Laura Massip

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