« Où est notre dignité ?! » : les retraités en colère demandent la revalorisation de leur retraite.

Jeudi 17 décembre, à 14h30, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées devant la préfecture de Clermont-Ferrand. L’objectif : interpeller le préfet sur les conditions de vie des retraités pour qu’il relaie leurs revendications au gouvernement.

C’est avec, en fond sonore, la musique du groupe « La rue Kétanou » que les retraités se sont mobilisés aujourd’hui. Avant même que la manifestation commence, Georges, engagé auprès du parti politique Lutte Ouvrière, s’approche pour partager son opinion : « Que ce soit pour les retraités du public comme du privé, les retraites actuelles sont insuffisantes. On touche beaucoup moins que le SMIC. » Voilà pourquoi ces personnes âgées, parfois fatiguées, malades ou qui ont tout simplement envie de profiter de leur retraite, reprennent la rue. « Il y a des retraités qui se privent de tout : chauffage, électricité, soins… La misère touche tout le monde. Certains sont même obligés d’aller aux Restos du cœur après avoir travaillé toute leur vie ! Quelle dignité, quelle vie on offre à ces gens-là ? » s’insurge Georges, révolté. Pour lui, il faudrait bien 400 euros de plus pour tout le monde, « et ça n’a rien d’utopique, au vu de l’argent donné par le gouvernement au patronat », alors que les retraités dénoncent fortement la perte de leur pouvoir d’achat depuis plus de dix ans. 

C’est pourquoi les retraités demandent aussi l’abandon complet de la retraite à points. Pierre Pauch, secrétaire général de la CGT retraités de Clermont-Ferrand, explique : « La retraite à points fonctionne en calculant le point selon le PIB. Or le PIB ne fait que baisser, donc nos retraites aussi ! Avec moins de 1 000 euros de retraite par mois, où est notre dignité ? » Le gouvernement a effectivement instauré le fait que la part des retraites ne devait pas dépasser 14% du PIB, ce qui a pour conséquence de déclencher une baisse des pensions, plus exactement du taux de remplacement (le niveau de la pension par rapport au dernier salaire). Avec la part grandissante de retraités dans notre société, ce système risque encore de réduire le pouvoir d’achat de nos aînés. Le gouvernement compte, en plus de cela, continuer à baisser ce pourcentage des retraites sur le PIB pour qu’il ne dépasse pas les 13% d’ici 2050. Un système qui ne risque donc pas d’améliorer les conditions de vie des personnes âgées les plus précaires : « Sur une pension de 1130 euros par exemple, on a une augmentation de cinq euros chaque année, c’est même pas 1% ! Les retraites doivent être indexées sur l’évolution du salaire moyen. On veut qu’aucune pension ne soit en dessous du SMIC », précise Pierre Pauch. Les retraités aimeraient aussi une simplification des régimes de retraite qui leur paraissent trop complexes.

Mais les retraités se préoccupent aussi beaucoup de leur santé : ils demandent plus de lits en Ehpad, un renforcement des personnels soignants, la lutte contre les déserts médicaux, « comme à Saint-Éloy-les-Mines par exemple, où on a une perte de tous les métiers relatifs à la médecine » déplore Pierre.
Mais surtout, l’abandon de la nouvelle loi relative à la dette et l’autonomie. Celle-ci met en place une 5ème branche « autonomie » au sein de la Sécurité Sociale, et vient s’ajouter aux branches maladie, la famille, les accidents du travail et la retraite. « C’est une catastrophe pour les retraités » commente Pierre, « Ça reviendrait à payer notre Sécurité sociale nous-mêmes ». Le problème n’est pas que cette cinquième branche existe, mais son financement. Le projet part du constat qu’il y a une hausse des besoins pour la prise en charge des personnes âgées. Il s’agit de faire face aux dépenses croissantes liées à la perte d’autonomie de ces personnes. Mais au final, il s’agit plus de réorganiser la prise en charge sociale de celles-ci que de leur allouer plus de financements. Pourtant, les besoins sont grandissants et Olivier Véran ne promet qu’ « un milliard d’euros supplémentaires » sur le budget de la Sécurité sociale pour l’an prochain.
La sécurité sociale rembourse certes les soins, mais pas ce qu’il y a autour : l’hébergement des personnes dépendantes, les services de ménage, de repas, le matériel médical comme les fauteuils roulants ne sont pas pris en charge selon les retraités. « Une bonne partie des dépenses liées à la perte d’autonomie est toujours à la charge de la personne et de la famille » explique une retraitée. « Même quand on a une allocation pour la perte d’autonomie, elle est accordée en fonction de nos revenus. Donc une partie des dépenses reste à nos frais », continue Pierre. Les retraités expliquent aussi que la perte d’autonomie peut arriver à tout le monde et à tout moment dans la vie et que faire culpabiliser les personnes âgées de ces dépenses est injuste. Ils dénoncent donc « le résultat d’années de politiques où l’on a cherché à développer l’économie au détriment de la santé. »
La mobilisation reste satisfaisante pour les syndicats et militants, qui ne pensaient pas rassembler autant de monde.

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Publié le 17 décembre 2020
Écrit par Laura Massip

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