Personnes à la rue : les associations dénoncent la « politique du thermomètre » du préfet

Alors qu’un gymnase avait été ouvert début janvier pour cause de grand froid à Clermont-Ferrand, le lieu dédié à l’accueil des personnes sans-abri a été fermé ce mercredi suite à la hausse des températures, puis rouvert hier. Mercredi 17 janvier, plusieurs associations se sont réunies en conférence de presse pour dénoncer cette « politique du thermomètre » de la préfecture et demander des solutions durables dans un contexte de plus en plus alarmant.

Face à la chute brutale des températures, un gymnase ouvrait ses portes aux personnes sans-abri le dimanche 7 janvier, non loin des Cézeaux. C’est le collectif Partage et Projets qui a géré l’initiative rendue possible par un accord de la préfecture.  

Afin de profiter de l’initiative, il fallait être une personne seule, majeure, ayant été orientée par le 115 ou repérée par la maraude. Malgré ce protocole, de nombreux mineurs étrangers isolés ont été accueillis, accompagnés de collectifs et d’associations de solidarité. Dans un précédent article, nous vous expliquions en détail le fonctionnement du gymnase et vous parlions de l’accueil de ces jeunes.

Les associations alertent sur l’augmentation du nombre de personnes qui dorment à la rue depuis longtemps alors qu’Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand et président de Clermont Auvergne Métropole a averti début décembre la préfecture par courrier.

Monsieur météo

Malgré tout, le préfet du Puy-de-Dôme s’improvise « Monsieur Météo » et a décidé de fermer le gymnase ce mercredi puisque les températures se voulaient plus douces.

« Le temps remonte mais ça ne veut pas dire qu’il ne fait pas froid. », indique Adrien Thépot du Secours Populaire lors d’une conférence de presse le 17 janvier réunissant sa structure, le Secours Catholique, les Restos du Cœur et la Cimade.

Énormément de monde était présent dont les associations organisatrices, une bonne partie des médias du territoire, de simples citoyens et de nombreuses autres organisations de solidarité comme le Collectif Citoyen 63 ou Yapasmieux. Des familles concernées se sont également déplacées.

« Ce n’est pas possible de continuer à balloter ces familles. On veut que les gens soient mis à l’abri, respectés dans leur dignité et leur santé. », explique Adrien Thépot. « Il ne s’agit ni plus ni moins de respecter un principe d’humanité » abonde en ce sens Bernard Fesquet du Secours Catholique. « Dans un pays développé, c’est indigne de laisser des gens dans la rue. », poursuit Bruno Riche, président des Restos du Cœur 63.

Double peine

Lors de la conférence, la Cimade souligne la situation des jeunes étrangers isolés reconnus mineurs par les services du Département et donc non pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Souvent hébergés par des bénévoles, ils deviennent invisibles pour la maraude et font face, comme les autres personnes sans-abri, au silence d’un 115 saturé mais aussi aux manquements d’une préfecture qui ne répond pas pour gérer les questions administratives. « C’est de la violence d’État, tout simplement », lance une membre du RESF.

L’urgence de la situation

Alors que le gymnase a rouvert hier lorsque les températures ont chuté, les associations sont stupéfaites par la fermeture du lieu pour quelques jours seulement. « Nous, on est prêts à discuter, à proposer des solutions. », affirme Adrien du Secours Populaire. Pour d’autres structures, en plus des discussions, il ne faut pas exclure la possibilité d’agir tout de suite. Lors de la conférence, une personne demande : « qu’est-ce qu’on peut faire pour que le gymnase ne ferme pas ce soir ? » Une autre propose de rester ici pour occuper la salle prêtée par la mairie.

La situation se tend dans la salle Chanteranne. « On oblige les privés à ne pas mettre les gens dans la rue pendant la trêve hivernale même s’ils ne paient pas mais pas l’État. Chaque enfant sur le territoire français a droit à l’instruction mais le soir, la maitresse dit bonsoir, va dormir sur le trottoir. On dit les migrants les migrants mais il n’y a que les oiseaux qui migrent. Ce sont des femmes, des hommes, des enfants et ça, il faut le dire haut et fort partout où on passe. », intervient Nicole Rouvet, Présidente du Secours Populaire.

Mercredi, on se quitte là-dessus.  Les structures veulent poursuivre les discussions entre elles.

Au total, 10 familles représentant 38 personnes sont sans solution d’hébergement après une sortie d’hôtel. Il faut y ajouter 85 personnes qui étaient présentes au gymnase lundi soir dont 44 mineur.e.s étrangers.

« En tant qu’élus communistes, nous allons retranscrire ces échanges à la mairie. Le maire a déjà interpellé le préfet et montré notre disponibilité en termes de locaux. Nous allons aussi adresser un nouveau courrier au préfet pour alerter sur la situation. », a indiqué Pierre Miquel, Conseiller municipal et secrétaire du PCF63.

Mercredi soir

Il est vite 17 heures. La nuit tombe. Certaines familles sont prises à l’hôtel mais les autres, « comme d’habitude, vont se cacher dans un trou, dormir sur le parvis de la gare. Y’avait encore entre 8 et 10 familles sur le carreau. Mes équipes se sont faites balader car le 115 n’avait pas de réponse non plus. », nous dit Adrien Thepot ce matin.

Les mineurs isolés, eux, sont retournés chez les hébergeurs solidaires qui les aident au quotidien. Ces gens qui s’engagent ne sont malheureusement pas des milliers à Clermont. « On est allés squatter Jean Richepin, dans les locaux de la LDH avec quelques jeunes.  La mairie ne nous a pas dégagé. Elle nous a même envoyé une sécurité de nuit. », informe un membre du collectif Yapasmieux.

Hier

Jeudi. Il est 11 heures, il fait 12°C. à 17 heures, il n’en fait plus que 3. La neige commence à tomber. Le gymnase rouvre ses portes. On accueille les personnes seules. « Le problème c’est qu’on finit par rentrer dans leur jeu, on prévoit selon la météo. Ça va mal finir cette histoire, il risque d’y avoir un mort. », déplore Adrien Thépot.

Pour les jeunes étrangers, cette fois, c’était plus compliqué. On refuse les accompagnants et on demande que chaque jeune passe par le 115. « Au final, une grosse dizaine a été accueillie et la nuit s’est bien passée. », indique le collectif.

Le gymnase pourrait fermer lundi si les températures augmentent.

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